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Le Salon de l'Agriculture ouvre ses portes dans un climat de crise

  • PubliĂ© le 27 fĂ©vrier 2016 Ă  08:14
Des vaches au Salon de l'Agriculture, à Paris, le 26 février 2016

Crise, tension, dĂ©prime, le Salon de l'Agriculture qui s'ouvre samedi Ă  Paris en prĂ©sence de François Hollande, n'a pas le coeur Ă  la fĂȘte et les politiques qui se risqueront dans la "plus grande ferme de France" sont prĂ©venus: ça peut chauffer dans les allĂ©es.


"A partir du moment oĂč il y a un problĂšme de revenu dans les exploitations, la fĂȘte ne sera pas complĂšte" reconnaissait vendredi Jean-Luc Poulain, prĂ©sident du Salon. MalgrĂ© "une certaine morositĂ©" annoncĂ©e, il dĂ©ment toute dĂ©fection ou annulation.
Avec l'effondrement gĂ©nĂ©ralisĂ© des cours agricoles qui frappe en particulier les Ă©leveurs, plus de 40.000 exploitations sont en situation d'extrĂȘme urgence, selon le ministre de l'Agriculture StĂ©phane Le Foll.
Plus de 60.000 (sur 490.000) ont réclamé de l'aide alors qu'un éleveur de porcs, en Bretagne, perd jusqu'à 6.000 euros par semaine.
Des chiffres que François Hollande aura forcĂ©ment en tĂȘte quand il inaugurera le Salon samedi Ă  l'aube, Ă  son retour d'AmĂ©rique du Sud.
- "Le coeur n'y est pas" -
Stéphane Le Foll, bousculé jusque dans son jardin et dont 73% des Français jugent qu'il a un bilan négatif, selon un sondage OpinionWay pour le Figaro, et le chef du gouvernement Manuel Valls n'ont rien ménagé ces derniers jours pour calmer les esprits à l'approche de ce rendez-vous annuel, foire-exposition de l'excellence des terroirs français et d'un modÚle qui s'interroge sur son avenir.
MĂȘme le commissaire europĂ©en, l'Irlandais Phil Hogan, est venu jeudi Ă  la rescousse, assurer les agriculteurs français de sa dĂ©termination Ă  trouver des solutions.
Rien ne dit que ce sera suffisant, mais les professionnels n'entendent pas boycotter pour autant cette sortie, parfois l'occasion unique de l'année de quitter sa ferme plusieurs jours et retrouver les collÚgues.
"Les éleveurs seront là et viendront avec leurs animaux" rassure aussi Xavier Beulin, président de la FNSEA, le premier syndicat agricole. "On est là pour avoir une vraie discussion avec le public".
"On y va mĂȘme si le c?ur n'y est pas. C'est souvent la seule semaine de vacances des agriculteurs, mais ils sont Ă  fleur de peau" confie Florent Dornier, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de Jeunes agriculteurs (JA). Sans prĂ©dire de "dĂ©bordements", il reconnaĂźt que "c'est peut-ĂȘtre un des salons les plus compliquĂ©s depuis 20 ou 30 ans".
"Les politiques, il va falloir qu'ils fassent trÚs attention à ce qu'ils nous disent. Il y a un risque de douche froide" prévient-il.
Par ailleurs le contexte sécuritaire et l'état d'urgence ont réduit les festivités: outre les contrÎles renforcés aux entrées, les nocturnes et la soirée des professionnels, le jeudi, ont été annulés.
- Cul des vaches et petit verre -
Pourtant, Ă  l'approche du compte-Ă -rebours Ă©lectoral de 2017 et en vue des primaires Ă  droite, plus que jamais le rendez-vous du Salon sera aussi celui des politiques - surtout de l'opposition - qui s'apprĂȘtent Ă  fouler en rangs serrĂ©s les allĂ©es parmi les prĂšs de 700.000 visiteurs attendus jusqu'au 6 mars.
Entre taureaux de compĂ©tition et bĂȘtes Ă  concours, vont ainsi se glisser le Premier ministre dĂšs 7h00 lundi, et dans l'opposition Marine Le Pen (mardi), Nicolas Sarkozy et François Fillon (mercredi), Alain JuppĂ© (jeudi) et Bruno Le Maire, ancien ministre de l'Agriculture qui a prĂ©vu un triplĂ© minutĂ© - lundi, mardi, mercredi.
A tous, la FNSEA a adressĂ© un questionnaire en 13 points: sur le rapport de forces producteurs/distributeurs, les rĂ©glementations sociales et environnementales, l'installation des jeunes, le bĂ©tonnage des terres agricoles, la prĂ©sence des loups ou la volatilitĂ© des prix agricoles... "Ceux qui n'auront pas rĂ©pondu feront mieux de ne pas s'arrĂȘter Ă  notre stand" reprend Xavier Beulin. "Le cul des vaches, le petit verre qui va bien et le sourire sur photo... aujourd'hui on est sur autre chose" avertit-il carrĂ©ment.
Il ajoute que son syndicat n'appelle pas à manifester pendant le Salon. "Ca ne veut pas dire qu'il n'y aura pas quelques mouvements, y compris contre le président de la FNSEA...", reconnaßt-il. Sur les barrages et dans les manifestations qui s'enchaßnent depuis plus d'un mois, le nom de Xavier Beulin a été plusieurs fois conspué par une base excédée.

Par Sophie LAUBIE - © 2016 AFP
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