Le tribunal de Tokyo a annoncé mardi qu'il acceptait la mise en liberté sous caution de l'ancien PDG des constructeurs automobiles Nissan et Renault Carlos Ghosn.
Il s'agit d'une surprise qui pourrait permettre Ă M. Ghosn, incarcĂ©rĂ© depuis plus de trois mois, de sortir de prison dĂšs mardi, Ă moins que le bureau du procureur ne le rĂ©arrĂȘte sur de nouveaux chefs d'accusation ou qu'un appel n'inverse la dĂ©cision. Le montant de la caution a Ă©tĂ© fixĂ© Ă un milliard de yens (8 millions d'euros). Le tribunal a estimĂ© que le risque de fuite ou d'altĂ©ration de preuves est faible, a prĂ©cisĂ© la chaĂźne publique NHK.
Cette décision intervient en réponse à une troisiÚme demande de mise en liberté sous caution, les deux premiÚres ayant été rejetées. Elle intervient en outre au lendemain d'une conférence de presse du nouveau principal avocat de M. Ghosn, Junichiro Hironaka, surnommé "l'innocenteur" pour avoir obtenu nombre d'acquittements d'inculpés de haute volée.
Il avait prĂ©sentĂ© sa requĂȘte comme "convaincante", prĂ©cisant qu'il proposait que M. Ghosn soit placĂ© sous la surveillance de camĂ©ras et dispose de moyens limitĂ©s de communication vers l'extĂ©rieur. "Nissan ne joue aucun rĂŽle dans les dĂ©cisions prises par les tribunaux ou les procureurs et n'est donc pas en position de commenter", a rĂ©agi le constructeur japonais dans un message transmis aux mĂ©dias.
"Les investigations menées en interne chez Nissan ont montré des conduites (de M. Ghosn) manifestement contraires à l'étique (...) et d'autres faits continuent d'émerger", a ajouté le groupe dans lequel était arrivé M. Ghosn en 1999 pour le sauver de la faillite.
- Innocence -
Carlos Ghosn avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© le 19 novembre Ă son arrivĂ©e Ă Tokyo et placĂ© dans le centre de dĂ©tention de Kosuge, dans le nord de la capitale, oĂč il se trouve encore depuis plus de 100 jours. Sa famille avait annoncĂ© lundi avoir dĂ©cidĂ© de saisir les Nations unies, estimant que les "droits fondamentaux" de l'ancien dirigeant de Renault et Nissan n'Ă©taient pas respectĂ©s.
Carlos Ghosn a été inculpé pour minoration d'une partie de ses revenus pour un montant de 9,23 milliards de yens (74 millions d'euros) de 2010 à 2018, dans les rapports de Nissan remis aux autorités boursiÚres. Il a également été mis en examen pour abus de confiance. Il avait dénoncé fin janvier, dans un entretien avec l'AFP, sa détention prolongée, un traitement qui "ne serait normal", selon lui, "dans aucune autre démocratie".
L'homme d'affaires franco-libano-brésilien avait décidé de changer mi-février son équipe de défense japonaise, au moment d'aborder la phase de préparation de son procÚs, qui n'interviendra pas avant plusieurs mois. "Je suis impatient de pouvoir me défendre, avec vigueur, et ce choix représente pour moi la premiÚre étape d?un processus visant non seulement à rétablir mon innocence, mais aussi à faire la lumiÚre sur les circonstances qui ont conduit à mon injuste détention", avait-il alors dit. Il estime avoir été victime d'un "complot" ourdi par Nissan pour faire échouer son projet de rapprochement avec Renault.
- © 2019 AFP

