Afrique du Sud

Le vote-marathon de l'ANC pour le successeur de Zuma continue

  • PubliĂ© le 18 dĂ©cembre 2017 Ă  11:07
  • ActualisĂ© le 18 dĂ©cembre 2017 Ă  11:14
Les délégués du CongrÚs national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud depuis 1994, ont voté toute la nuit de dimanche à lundi pour élire le successeur de leur trÚs contesté président Jacob Zuma, un scrutin vital pour l'avenir du parti et du pays.

Les délégués du CongrÚs national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud depuis 1994, ont voté toute la nuit de dimanche à lundi pour élire le successeur de leur trÚs contesté président Jacob Zuma, un scrutin vital pour l'avenir du parti et du pays.


Epilogue d'une campagne aussi ùpre que serrée, cette élection-marathon oppose l'actuel vice-président Cyril Ramaphosa à la candidate soutenue par M. Zuma, son ancienne épouse et ex-patronne de l'Union africaine (UA) Nkosazana Dlamini Zuma. Ouvert tard dimanche soir, le scrutin se poursuivait lundi matin, lentement mais sans incident, avec le vote des derniers des 4.776 délégués appelés à se prononcer.

Son verdict devrait ĂȘtre connu plus tard dans la journĂ©e, a fait savoir le parti sans autre prĂ©cision. A l'image des dĂ©bats qui ont marquĂ© la rĂ©union depuis son coup d'envoi samedi dans un centre de confĂ©rences de Johannesburg, le dĂ©pouillement s'annonce long et tendu. "Ca va ĂȘtre trĂšs serrĂ© et les bulletins vont ĂȘtre comptĂ©s et recomptĂ©s", a pronostiquĂ© auprĂšs de l'AFP l'analyste politique Susan Booysen, spectatrice assidue des confĂ©rences de l'ANC.

Le vainqueur de ce duel au couteau pourrait devenir dans deux ans le prochain président du pays à la fin du mandat de Jacob Zuma, en cas de victoire de l'ANC aux élections générales.
Soutenu par l'aile modéré du parti, trÚs apprécié des marchés, Cyril Ramaphosa, 65 ans, a vivement dénoncé la corruption du clan Zuma. Ancien syndicaliste reconverti en richissime homme d'affaires, il a aussi promis de relancer l'économie du pays.

- 'Le meilleur' -

Au sein du parti, ses critiques lui reprochent de dĂ©fendre les seuls intĂ©rĂȘts des classes les plus aisĂ©es. "Cyril est le meilleur candidat", a dĂ©clarĂ© lundi aprĂšs son passage dans l'isoloir un de ses partisans, Siya Kolase, 35 ans. "Il va s'occuper de la question de la corruption (...) avec lui, notre Ă©conomie va pouvoir se redresser". Le chef de la majoritĂ© parlementaire ANC, Jackson Tembu, a annoncĂ© sur Twitter avoir votĂ© pour l'actuel vice-prĂ©sident "pour sauver mon ANC et mon pays".

De son cÎté, Nkosazana Dlamini Zuma, 68 ans, a repris le discours de son ex-époux sur la nécessaire "transformation radicale de l'économie" au profit de la majorité noire.
Un quart de siĂšcle aprĂšs la chute de l'apartheid, des millions de Sud-Africains continuent Ă  vivre dans la pauvretĂ©. Ses adversaires la soupçonnent d'ĂȘtre la "marionnette" de Jacob Zuma et de lui avoir promis l'immunitĂ© dans les nombreux scandales politico-financiers oĂč il est accusĂ©.

"Il est temps qu'une femme nous dirige", a estimé Arthur Raymond, un délégué de 39 ans. "Elle est capable. Elle a sa propre expérience politique", a-t-il plaidé, "vous ne pouvez pas juger quelqu'un sur son seul nom". "Je n'ai pas dormi depuis vingt-quatre heures mais je m'en fiche", a renchéri une autre, Patience Nomodi, 62 ans, enroulée dans une couverture. "Je veux voter. Je veux qu'une femme devienne présidente avant de mourir".

- Déclin -

Le choix de l'ANC s'annonce déterminant pour son avenir. Son étoile a sérieusement pùli depuis sa victoire aux premiÚres élections libres de l'histoire de l'Afrique du Sud en 1994 et l'arrivée au pouvoir de son icÎne Nelson Mandela. Affaibli par la crise économique et les accusations de corruption qui visent Jacob Zuma, le parti a déjà subi un sérieux revers aux élections locales de 2016 en cédant à l'opposition le contrÎle de villes de premier plan comme Johannesburg et Pretoria.

"Notre Ă©chec Ă  rĂ©gler les problĂšmes a commencĂ© Ă  peser sur notre mouvement", a concĂ©dĂ© samedi M. Zuma dans son discours d'adieu de chef du parti, citant "la corruption, la criminalitĂ© et l'emploi". "Les petites querelles internes (...) doivent s'arrĂȘter", a-t-il exhortĂ© ses "camarades". Mais la bataille pour la succession de l'actuel chef de l'Etat a dĂ©chirĂ© les rangs de l'ANC.

Nombre d'analystes anticipent déjà son éclatement, quel que soit le vainqueur de la course à la succession, et lui prédisent une défaite historique aux élections générales de 2019. L'issue du scrutin à l'ANC est également attendue avec impatience par les marchés financiers, qui s'inquiÚtent depuis des mois des "incertitudes politiques" qui pÚsent sur l'économie de la premiÚre puissance industrielle du continent africain.

"Les divisions vont continuer d'agiter l'ANC en 2018", a déjà tranché l'analyste George Nicholls, du cabinet Control Risks. "Les factions rivales vont nourrir (...) l'instabilité politique et, probablement, contraindre le président Jacob Zuma à démissionner avant la fin de l'année prochaine".

AFP

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