Les Australiens se rendaient aux urnes samedi pour des élections législatives marquées par le clivage sur le climat, ce qui pourrait profiter à l'opposition travailliste, donnée légÚrement favorite.
Quelque 17 millions d'électeurs de l'ßle-continent doivent choisir leurs représentants. Les deux principaux candidats pour former le gouvernement sont le Premier ministre sortant, le libéral-conservateur et climato-sceptique Scott Morrison, et le travailliste Bill Shorten, sensible à la thématique environnementale.
Ce dernier est donnĂ© favori pour devenir le sixiĂšme Premier ministre en une dĂ©cennie, mĂȘme si les derniers sondages laissaient entendre que l'avance de cet ancien syndicaliste s'Ă©tait rĂ©duite. "Si le peuple australien votait pour arrĂȘter le chaos et pour une action contre le changement climatique, nous serions prĂȘts Ă nous mettre au travail dĂšs demain", a dit M. Shorten samedi matin en votant Ă Melbourne.
Le rĂ©chauffement climatique a largement pesĂ© dans la campagne, aprĂšs un Ă©tĂ© austral marquĂ© par des inondations historiques et des canicules record qui ont alimentĂ© des feux de forĂȘts dĂ©vastateurs.
- Shorten et la dépense publique -
TĂŽt samedi matin dans une banlieue de Sydney, des Ă©lecteurs se rendaient dans un club de surf transformĂ© en bureau de vote pour accomplir leur devoir, dans un pays oĂč le vote est obligatoire. Des militants portaient des T-shirts orange oĂč Ă©tait inscrit "I'm a climate voter" ("Je suis un Ă©lecteur du climat") et distribuaient des tracts. "Je m'inquiĂšte du climat et du fait que l'Australie n'en fait pas assez", a dit Ă l'AFP la militante Catherine Willis.
Si M. Shorten a toutes ses chances, c'est aussi parce que l'électorat traditionnellement à droite pourrait se détacher de la formation qui le représente, le Parti libéral de Scott Morrison. Dans les campagnes, les fermiers frappés par la sécheresse réclament des mesures, et dans les banlieues aisées, les électeurs de centre-droit s'ouvrent à l'écologie et pourraient donc se tourner vers le centre-gauche.
Le Parti travailliste a affiché des ambitions dans l'énergie renouvelable, tandis que les Libéraux refusent de mettre en péril l'économie du charbon. Ceux-ci ont du coup mis l'accent sur le coût financier du programme de l'opposition, qui promet une hausse des dépenses publiques dans de nombreux domaines, notamment le traitement des cancers.
"Cette Ă©lection est un choix de Premier ministre", a dĂ©clarĂ© M. Morrison, qui bĂ©nĂ©ficie du soutien des mĂ©dias conservateurs du magnat Rupert Murdoch. "Bill Shorten, le +Bill+ que vous ne pouvez pas vous permettre, ou le Premier ministre que je suis qui soutient ceux qui travaillent dur et les aspirations honnĂȘtes des Australiens", a-t-il ajoutĂ© dans un jeu de mot sur le prĂ©nom "Bill", qui signifie aussi "facture" en anglais.
- Morrison isolé -
Mais Scott Morrison, qui avait pris le pouvoir en août aprÚs un "putsch" interne à son parti, s'est trouvé presque seul à défendre son bilan. Plusieurs de ses ministres ont refusé de s'impliquer quand d'autres ont été maintenus à distance pour ne pas desservir la cause.
La campagne aura Ă©tĂ© violente, avec des candidats agressĂ©s et d'autres qui ont jetĂ© l'Ă©ponge aprĂšs des envolĂ©es racistes ou sexistes sur les rĂ©seaux sociaux. Vendredi, un homme de 62 ans a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© et accusĂ© d'avoir enfoncĂ© un tire-bouchon dans le ventre d'une personne portant des banderoles Ă©lectorales.
Alors que le clivage centre droit/centre gauche a toujours rythmĂ© le jeu politique australien, des outsiders ont Ă©mergĂ©, dont des populistes et des candidats d'extrĂȘme droite. Comme Clive Palmer, un millionnaire qui n'est pas sans rappeler Donald Trump avec son slogan "Make Australia Great" et qui pourrait bien entrer au SĂ©nat aprĂšs avoir dĂ©pensĂ© sans compter et saturĂ© l'espace mĂ©diatique.
La fin de campagne a été marquée par le décÚs jeudi, à 89 ans, du dirigeant travailliste Bob Hawke, qui dirigea le gouvernement australien de 1983 à 1991. Immensément populaire jusqu'à sa mort, l'ex-leader syndicaliste avait la culture du consensus plutÎt que de la confrontation.
Les bureaux de vote ont ouvert samedi Ă 08h00 heure locale (vendredi 22h00 GMT) et les premiĂšres estimations sont attendues dix heures plus tard, vers 18h00 locales.
AFP


