Nicaragua

L'église pousse au dialogue, les blocages de l'opposition continuent sur les routes

  • PubliĂ© le 7 juin 2018 Ă  07:34
  • ActualisĂ© le 7 juin 2018 Ă  08:45
Des opposants au président nicaraguayen, le 5 juin 2018 à Masaya

Le prĂ©sident nicaraguayen Daniel Ortega rencontrera jeudi les Ă©vĂȘques pour Ă©tudier une reprise du dialogue avec l'opposition, qui intensifie la pression sur le gouvernement en bloquant de nombreuses routes, aprĂšs de violentes manifestations qui ont fait plus de 120 morts.


La rĂ©union, proposĂ©e par la hiĂ©rarchie catholique (qui joue le rĂŽle de mĂ©diateur dans le conflit), "a Ă©tĂ© acceptĂ©e par le prĂ©sident et se tiendra demain jeudi 7 juin Ă  15H00 (21H00 GMT) Ă  la Maison des peuples", a dĂ©clarĂ© la ConfĂ©rence Ă©piscopale du Nicaragua (CEN) dans un communiquĂ©. Le rendez-vous a pour objectif d'"aborder les sujets si indispensables Ă  notre patrie, la justice et la dĂ©mocratie, dont dĂ©pend toujours la paix, dans le but d'Ă©valuer l'opportunitĂ© de reprendre le dialogue", ont indiquĂ© les Ă©vĂȘques dans une lettre adressĂ©e au prĂ©sident.

Les Ă©vĂȘques avaient pris la dĂ©cision de suspendre le dialogue aprĂšs la mort de 16 manifestants, le 30 mai, dans des manifestations Ă  travers le pays. Le lendemain, ils avaient annoncĂ© que le dialogue ne reprendrait pas tant que la rĂ©pression continuerait. La CEN s'est posĂ©e en mĂ©diateur depuis le mois de mai, essayant de rĂ©unir Ă  la mĂȘme table le gouvernement et l'opposition, formĂ©e de reprĂ©sentants des Ă©tudiants, d'entreprises et de la sociĂ©tĂ© civile.

Le dialogue vise à sortir le pays de la grave crise politique et sociale dans laquelle il est plongé depuis le début des manifestations, le 18 avril. Réprimées d'une main de fer par les autorités, elles ont fait 121 morts et 1.300 blessés, selon un dernier bilan de l'ONG Centre nicaraguayen des droits de l'homme (Cenidh).

La Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a dénoncé mercredi, à Washington, les "nouvelles formes et pratiques répressives" du gouvernement du Nicaragua contre les manifestants.

- "Défendre Masaya" -

"Nous voulons tous la paix, nous voulons le dialogue, nous voulons travailler ensemble et nous écouter, discuter de tous les sujets parce qu'il y a une solution à tout", avait assuré lundi Rosario Murillo, PremiÚre dame et vice-présidente du pays. Dans une apparente tentative d'apaisement, elle s'était dit "engagée en faveur du dialogue, du travail, de la sécurité et de la paix".

Mais sur le terrain, la situation est loin d'ĂȘtre apaisĂ©e. Les opposants ont assurĂ© mercredi que la majoritĂ© des routes du pays Ă©taient bloquĂ©es, en particulier au sud de la capitale, dans le but de protĂ©ger la ville de Masaya, cible de pillages, d'incendies et d'offensives des forces antiĂ©meutes.
"L'idée est d'augmenter les blocus pour défendre Masaya, qui est devenue une cible de la dictature", a déclaré à l'AFP l'ex-guérillera et dissidente du sandinisme au pouvoir, Monica Baltodano.

Les barrages routiers de l'opposition concernent Ă©galement l'accĂšs Ă  Grenade, un centre historique et touristique, oĂč de nouveaux affrontements ont fait au

moins un mort, mardi.
"Nous sommes attristés par les événements d'hier (mardi) dans la ville historique de Grenade, patrimoine culturel du Nicaragua, qui a été dévasté, incendié comme à l'époque (du flibustier américain) William Walker", qui s'était fait élire président du Nicaragua en 1856, a déclaré Murillo.
Selon le gouvernement, les incendies ont touché des édifices publics, des bùtiments du parti au pouvoir et des commerces.

- "Il tue son peuple" -

Les protestations sont menées par des jeunes qui défendent leurs villes avec des pierres et des mortiers faits maison face aux balles réelles des forces antiémeutes du gouvernement.

"Notre seule arme est ce mortier (...). L'objectif est d'essayer de continuer à nous défendre jusqu'à la fin", a déclaré à l'AFP Álvaro Torres, un mécanicien qui a passé l'aprÚs-midi à fabriquer des mortiers artisanaux avec trois voisins pour défendre leur quartier à Masaya, à 30 km au sud de la capitale.
"C'est injuste ce que fait Daniel Ortega,(...) il tue son propre peuple", a dénoncé Zeneyda del Rosario Cuesta, mÚre d'un adolescent de 17 ans tué dimanche par un coup de feu, dont la famille affirme qu'il venait de la police.

Mardi, l'assemblée générale de l'Organisation des Etats américains (OEA) a adopté une déclaration "en soutien au peuple nicaraguayen", dans laquelle elle exhorte le gouvernement Ortega et tous les membres de la société à dialoguer de maniÚre constructive face à la crise et à mettre fin à toute violence.

AFP

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