Réformes sociales, procÚs de la voiture brûlée

Les "antis" d'extrĂȘme gauche veulent rebondir

  • PubliĂ© le 9 octobre 2017 Ă  15:13
  • ActualisĂ© le 9 octobre 2017 Ă  15:16
Des membres du groupe anarchiste Black Bloc manifeste contre les réformes du code du travail  à Paris le 23 septembre 2017

RĂ©guliĂšrement dans la rue depuis deux ans, les militants anticapitalistes, "antifascistes" et autres autonomes d'extrĂȘme gauche veulent profiter de la semaine, entre manifestations contre les rĂ©formes sociales et jugement dans l'affaire de la voiture de police brĂ»lĂ©e Ă  Paris en 2016, pour rebondir.


AprÚs une pause estivale, les autonomes, déjà mobilisés au moment de l'élection présidentielle aux cris de "Ni le Pen, ni Macron", sont revenus battre le pavé en septembre contre la réforme du code du travail.
Plusieurs milliers d'entre eux, plus ou moins radicaux - des mouvements lycĂ©ens aux quelques centaines de "black blocs" masquĂ©s, vĂȘtus de noir et rĂ©guliĂšrement accusĂ©s d'ĂȘtre des casseurs ? y ont reformĂ© le "cortĂšge de tĂȘte" dĂ©filant en amont de la manifestation, hors des contingents syndicaux traditionnels qu'ils considĂšrent comme trop timorĂ©s face aux autoritĂ©s.
Alors que leur mobilisation a faibli par rapport à 2016, certains se joindront mardi à la manifestation parisienne du secteur public. Mais ils cibleront également la "répression policiÚre" contre le mouvement social, à la veille du jugement dans l'affaire de la voiture de police brûlée le 18 mai 2016 quai de Valmy à Paris.
"On y sera pour sensibiliser les gens au jugement du lendemain", a indiqué à l'AFP un militant d'un groupe antifasciste parisien.
Deux rassemblements sont prévus dans la capitale mercredi, devant le palais de justice le matin et dans le quartier de Ménilmontant (est parisien) le soir, en soutien aux neuf prévenus contre lesquels des peines de prison de douze mois avec sursis à huit ans ferme ont été requises.
Ces derniers sont soutenus par divers mouvements autonomes, anarchistes, antifascistes, jeunes, certains militants syndicaux, mais aussi quelques intellectuels comme Frédéric Lordon ou la députée de La France Insoumise DaniÚle Obono, qui redoutent des condamnations "disproportionnées" et "pour l'exemple" dans un procÚs, symbole pour eux, de la "répression sans précédent" de la contestation sociale.
La voiture de police avait été incendiée en plein Paris en marge d'un rassemblement à l'appel de syndicats de police contre la "haine anti-flics", aprÚs plusieurs mois de manifestations et d'affrontements entre forces de l'ordre et manifestants anti-loi Travail.
Les autonomes avaient alors organisé une contre-manifestation et certains, masqués, avaient incendié le véhicule et s'en étaient violemment pris à deux policiers.


- Dissuasion et 'loups solitaires' -


Mi-septembre, plusieurs incendies volontaires, revendiquĂ©s sur un site alternatif d'extrĂȘme gauche comme des gestes de solidaritĂ© avec les prĂ©venus, ont contribuĂ© Ă  faire monter la pression : des voitures en partage Autolib? aux Lilas (Seine-Saint-Denis), cinq fourgons et bus de gendarmerie Ă  Limoges, et au moins 30 vĂ©hicules de gendarmerie mobile et 2.000 m2 de locaux dĂ©truits dans une caserne de Grenoble.
L'affaire du quai de Valmy "est trÚs symbolique et il y a aussi des groupes radicaux qui l'utilisent comme symbole. Nous, on voit ça de loin", relativise toutefois un membre du collectif de soutien "Libérons-les".
Le mouvement de solidaritĂ© avec les inculpĂ©s du quai de Valmy est "dĂ©centralisĂ©", "avec les mĂȘmes Ă©lĂ©ments de la mouvance autonome qu'on retrouve dans la mobilisation contre la loi Travail, y compris en province", explique le chercheur indĂ©pendant Jacques Leclercq, spĂ©cialiste des mouvements autonomes.
Un membre du collectif de soutien l'assure : "s'il devait y avoir des condamnations lourdes, c'est-à-dire conformes aux réquisitions, il y aurait certainement un embrasement social et politique" qui "relancerait les mobilisations sociales sur les violences policiÚres".
D'autant qu'aujourd'hui, "il y a peut-ĂȘtre plus d'espoir de rassembler les jeunes autonomes contre les violences policiĂšres que sur les ordonnances, qui sont de toutes façon passĂ©es", souligne le militant antifasciste. Voire mobiliser au-delĂ , ajoute-t-il, comme dans certaines banlieues oĂč les cas de prĂ©sumĂ©es bavures policiĂšres mortelles du type Adama TraorĂ© donnent, eux, trĂšs rarement lieu Ă  des procĂšs.
En cas de lourdes condamnations mercredi, la réplique "sera au maximum clandestine" car elles pourraient avoir un "effet dissuasif", estime Jacques Leclercq. Tout en prévenant qu'"il y a un risque que ça aboutisse à des dérapages, à des phénomÚnes plus sérieux de loups solitaires".

- © 2017 AFP

guest
0 Commentaires