Cinéma

Les César mettent les violences conjugales en haut de l'affiche

  • PubliĂ© le 23 fĂ©vrier 2019 Ă  04:40
  • ActualisĂ© le 23 fĂ©vrier 2019 Ă  06:13
Le réalisateur Xavier Legrand reçoit le César du meilleur scénario original pour son film "Jusqu'à la garde", le 22 février 2019 à Paris

Les César ont couronné vendredi le film choc sur les violences conjugales "Jusqu'à la garde", accordant en revanche une seule récompense à l'autre favori du soir, "Le Grand bain" de Gilles Lellouche.

"Jusqu'Ă  la garde", premier long mĂ©trage de Xavier Legrand et film marquant sur un sujet de sociĂ©tĂ© difficile, a reçu quatre prix (pour dix nominations), dont la rĂ©compense suprĂȘme, le CĂ©sar du meilleur film, et celle pour la meilleure actrice, LĂ©a Drucker.

"Quand on a tourné le film en 2016, il y avait 123 femmes qui avaient été assassinées par leur conjoint et ex-conjoint. Aujourd'hui, depuis le 1er janvier 2019, 25 femmes ont été assassinées, ce qui veut dire qu'on est passé à une femme tous les deux jours, alors qu'en 2016 c'était une tous les trois jours", a déclaré Xavier Legrand.

"Il serait temps de penser à ces victimes à un autre jour que le 25 novembre", journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, a-t-il ajouté. "Je voudrais dédier cette récompense à toutes les Miriam, toutes ces femmes qui ne sont pas dans une fiction, qui sont dans cette tragique réalité", a souligné de son cÎté Léa Drucker, qui incarne dans le film une mÚre de famille qui tente de se reconstruire aprÚs une séparation avec un mari violent.

L'actrice, trĂšs Ă©mue de remporter son premier CĂ©sar, a saluĂ© "toutes les femmes, toutes les fĂ©ministes, qui Ă©crivent, agissent, prennent la parole et dĂ©fendent au quotidien la cause des femmes, qui bravent parfois des tempĂȘtes d'insultes et d'agressivitĂ© en tous genres".

- L'habitué Audiard -

Les CĂ©sar ont aussi rĂ©compensĂ© Ă  deux reprises le film "Les Chatouilles" d'AndrĂ©a Bescond et Eric MĂ©tayer sur la pĂ©dophilie, qui a reçu le prix de la meilleure adaptation et celui de la meilleure actrice dans un second rĂŽle pour Karin Viard. "Merci pour la visibilitĂ© de ce sujet parce que ça touche beaucoup d'enfants", a soulignĂ© AndrĂ©a Bescond, au sujet de ce film adaptĂ© d'une piĂšce rĂ©compensĂ©e aux MoliĂšres. "Peut-ĂȘtre qu'un jour on va ĂȘtre Ă©coutĂ©, peut-ĂȘtre qu'un jour on va bousculer les tabous", a-t-elle dit la voix brisĂ©e.

Le CĂ©sar de la meilleure rĂ©alisation est revenu Ă  Jacques Audiard, qui a dĂ©jĂ  remportĂ© deux fois ce mĂȘme trophĂ©e (pour "De battre mon coeur s'est arrĂȘtĂ©" et "Un prophĂšte"). Son western franco-amĂ©ricain "Les FrĂšres Sisters", son premier film entiĂšrement en anglais, a Ă©galement reçu plusieurs prix techniques, ceux des dĂ©cors, du son et de la photo.

C'est le bluffant Alex Lutz qui a Ă©tĂ© sacrĂ© meilleur acteur pour son rĂŽle dans "Guy" qu'il a Ă©galement rĂ©alisĂ© et oĂč il s'est vieilli de 30 ans pour incarner, mĂ©connaissable, une ancienne gloire de la chanson.

L'autre grand favori de la soirée avec "Jusqu'à la garde" avec dix nominations, "Le Grand bain", comédie sociale à succÚs de Gilles Lellouche sur des "quadras" et "quinquas" déprimés qui se lancent dans la natation synchronisée, est en revanche reparti quasi bredouille.
Seul le chanteur et acteur Philippe Katerine a été récompensé par le César du meilleur second rÎle masculin pour son rÎle d'employé de piscine municipale timide et enfantin qui se gave de sucreries.

- Hommage Ă  Redford -

Au cours d'une soirĂ©e pauvre en coups d'Ă©clat, si on excepte le seyant maillot de bain d'Elie Semoun en clin d'oeil Ă  ce mĂȘme film, le chanteur a dĂ©ridĂ© l'assemblĂ©e avec un discours plein d'humour, dĂ©diant son CĂ©sar Ă  son personnage, Thierry. "Je pense que tout le monde a quelque chose de Thierry", a-t-il dit, en se mettant Ă  fredonner quelques paroles sur l'air de la chanson de Johnny Hallyday "Quelque chose de Tennessee".
Le début de la soirée a été marqué par la razzia de "Shéhérazade" de Jean-Bernard Marlin, histoire d'amour à Marseille entre un caïd et une jeune prostituée.

Il a reçu le César du meilleur premier film, tandis que ses deux interprÚtes principaux, Kenza Fortas et Dylan Robert, ont été récompensés par ceux des meilleurs espoirs féminin et masculin. "Je dédie ce film à tous les gens qui galÚrent", a lancé le réalisateur Jean-Bernard Marlin.

Les César ont salué la mémoire de plusieurs grands disparus (Aznavour, Legrand, Lagerfeld) mais aussi rendu hommage à une légende bien vivante, l'acteur américain Robert Redford, 82 ans, qui a reçu un César d'honneur. L'occasion pour lui d'égrener quelques souvenirs de ses premiers voyages en France. Un pays auquel l'actrice britannique Kristin Scott Thomas, présidente de la cérémonie, a clamé son attachement, en ces temps de Brexit.

AFP

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