La classe politique italienne dĂ©filera Ă compter de mercredi au palais du Quirinal, rĂ©sidence officielle du prĂ©sident Sergio Mattarella, oĂč diverses formations proposeront la constitution d'un nouveau gouvernement aprĂšs la fin de la coalition Ligue-Mouvement 5 Etoiles.
Rendez-vous est pris pour 16H00 (14H00 GMT), quand le président, qui dans le systÚme parlementaire italien détient les clefs pour le dénouement de la crise, initiera ses traditionnelles "consultations" par un appel téléphonique à son prédécesseur Giorgio Napolitano, 94 ans (mai 2006 à janvier 2015).
Ensuite, il recevra, sur deux jours, les prĂ©sidents du SĂ©nat et de la Chambre des dĂ©putĂ©s puis tous les groupes parlementaires, en terminant jeudi par le plus important numĂ©riquement, celui du M5S, fort de sa victoire aux lĂ©gislatives de 2018 avec plus de 32% des voix. Car, peu importe si aujourd'hui le chef de la Ligue (extrĂȘme droite), Matteo Salvini, reprĂ©sente thĂ©oriquement dans les sondages 36 Ă 38% des voix et le M5S seulement 15 ou 16%. Au Parlement, ses siĂšges ne valent que pour les 17% recueillis Ă l'Ă©poque.
Qualifié d'"irresponsable" et d'"opportuniste" mardi au Sénat par le Premier ministre sortant Giuseppe Conte, M. Salvini a maintenu sa ligne: il réclamera au président "la voie royale" du retour aux urnes car "en démocratie la chose la plus belle c'est voter".
M. Salvini a plongé l'Italie dans la crise le 8 août en rompant, sans crier gare, un mariage mal assorti conclu 14 mois plus tÎt avec le M5S, qu'il a accusé de s'opposer systématiquement à ses projets économiques, et en réclamant des élections immédiates. Le président Mattarella dispose d'une série d'options, y compris en dernier ressort, si aucune majorité n'émerge, celle d'un scrutin anticipé.
- "Ouvrir une nouvelle page" -
Mais il est notoirement rĂ©ticent Ă cette idĂ©e car il serait organisĂ© Ă l'automne, au moment oĂč la troisiĂšme Ă©conomie de la zone euro, lourdement endettĂ©e et Ă l'arrĂȘt, devra prĂ©senter Ă la Commission europĂ©enne son projet de budget pour 2020. Il Ă©coutera les propositions des uns et des autres puis prendra une dĂ©cision, peut-ĂȘtre pas avant vendredi.
D'ici lĂ , le Parti dĂ©mocrate (PD, centre-gauche) a fait savoir, par la bouche de son ex-Premier ministre Matteo Renzi, qu'il comptait approfondir son idĂ©e d'une alliance avec le M5S, pour former un gouvernement "institutionnel", qui pourrait ĂȘtre menĂ© de nouveau par M. Conte.
De l'avis des spĂ©cialistes, le Premier ministre est sorti grandi de la crise. Mardi, le chef du M5S, Luigi di Maio, l'a qualifiĂ© de "serviteur de la Nation dont l'Italie ne peut pas se passer". D'aucuns l'imaginent aussi commissaire europĂ©en, voire-mĂȘme prĂ©sident en 2022 pour succĂ©der Ă M. Mattarella. "J'espĂšre qu'avec la dĂ©faite de Salvini, nous pourrons ouvrir une nouvelle page pour l'Italie", a dĂ©clarĂ© M. Renzi, interviewĂ© par l'AFP. "L'accord entre le M5S et le PD peut ĂȘtre une solution", en dĂ©pit des fortes inimitiĂ©s du passĂ©, car "le plus important c'est la sĂ©curitĂ© financiĂšre de l'Italie", a-t-il dit.
ProblÚme: ce projet ne fait pas consensus au sein du PD, le chef du parti Nicola Zingaretti étant plus réticent que M. Renzi. Il a ainsi rappelé à M. Conte qu'il avait accepté sans sciller, ces derniers mois, le durcissement sécuritaire contre les migrants et les ONG qui les aident, impulsé par Salvini.
Le parti réunira son état-major mercredi à partir de 11H00 (09H00 GMT).
Autre hypothÚse proposée par l'ancien Premier ministre et ex-président de la Commission européenne Romano Prodi, une large coalition gauche-droite à l'allemande, résolument pro-européenne, qu'il a baptisée "gouvernement Ursula".
LĂ encore, aucune certitude sur une telle alliance, qui inclurait le parti Forza Italia (centre-droit) de Silvio Berlusconi. L'ancien prĂ©sident du Parlement europĂ©en Antonio Tajani, un proche de M. Berlusconi, l'a jugĂ© "impossible", dans un entretien Ă l'AFP, lui prĂ©fĂ©rant une union de la droite derriĂšre "une mĂȘme vision libĂ©rale".
M. Salvini avait proposé une alliance à Silvio Berlusconi et à la formation d'ultra-droite des FrÚres d'Italie, recueillant plus de 50% des intentions de vote, et donc une majorité écrasante et inédite. Mais l'opération avait avorté car M. Salvini voulait une liste unique et M. Berlusconi redoutait une disparition de FI.
AFP



