Herbicide controversé

Les Etats de l'UE divisés sur le sort du glyphosate avant un vote crucial

  • PubliĂ© le 13 octobre 2023 Ă  05:55
  • ActualisĂ© le 13 octobre 2023 Ă  06:09
Un agriculteur épand un herbicide sur son exploitation dans la Sarthe, en 2019

Les Vingt-Sept se prononcent vendredi sur la proposition de Bruxelles de reconduire pour dix ans l'autorisation du glyphosate dans l'UE, sur fond de divergences concernant le sort de l'herbicide controversé.

La Commission européenne a proposé en septembre de renouveler son feu vert jusqu'à décembre 2033, sous conditions, aprÚs le rapport d'un régulateur européen estimant que le niveau de risque ne justifiait pas d'interdire la substance.

Cette proposition est discutée depuis jeudi dans le cadre d'un comité technique réunissant des représentants des Etats membres, qui votent vendredi pour l'approuver ou non.

"De nombreux Etats membres ont salué la proposition" et si certains pays ont "préconisé des restrictions supplémentaires spécifiques", cette idée n'est pas soutenue par "une grande majorité", a assuré la semaine derniÚre la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides.

Pour autant, les divergences affichĂ©es par les EuropĂ©ens pourraient compliquer l'obtention de la majoritĂ© qualifiĂ©e requise — soit 15 Etats sur 27, reprĂ©sentant au moins 65% de la population europĂ©enne.

L'Autriche a annoncé s'opposer à la reconduction de l'autorisation et le Luxembourg avait signalé fin septembre son intention de voter contre aprÚs avoir déjà momentanément banni la commercialisation du glyphosate sur son territoire.

La Belgique va s'abstenir, en raison de divergences dans sa coalition gouvernementale, a indiqué à l'AFP le ministÚre de l'Agriculture.

Abstention aussi des Pays-Bas, qui jugent qu'"un vote pour ou contre ne rendrait pas justice" à leur "position nuancée", selon le ministre de l'Agriculture sortant Piet Adema.

Enfin, conséquence des divisions de la coalition au pouvoir à Berlin, "l'Allemagne n'acceptera pas une prolongation de l'autorisation", a indiqué jeudi une porte-parole du ministÚre allemand de l'Agriculture.

- Garde-fous -

Une incertitude demeure sur l'attitude de la France, premiÚre puissance agricole de l'UE, mais dans ce contexte elle pourrait s'avérer décisive.

Jugeant insatisfaisante la proposition de Bruxelles, Paris a dit vouloir peser pour en modifier les termes.

Ainsi, la France s'oppose à "toute interdiction sans solution" pour les agriculteurs, mais prÎne une approche selon laquelle le glyphosate est restreint aux seuls usages pour lesquels il n'existe aucune option alternative viable, démarche qu'il entend "harmoniser au niveau européen", selon le ministÚre de l'Agriculture.

Le glyphosate, substance active de plusieurs herbicides — dont le Roundup de Monsanto, trĂšs largement utilisĂ© dans le monde — avait Ă©tĂ© classĂ© en 2015 comme "cancĂ©rogĂšne probable" par le Centre international de recherche sur le cancer de l'Organisation mondiale de la santĂ©. Des conclusions confirmĂ©es en 2021 en France par l'Institut national de la santĂ© et de la recherche mĂ©dicale (Inserm).

A l'inverse, en juillet, l'AutoritĂ© europĂ©enne de sĂ©curitĂ© des aliments (EFSA) a indiquĂ© ne pas avoir identifiĂ© de "domaine de prĂ©occupation critique" chez les humains, les animaux et l'environnement susceptible d'empĂȘcher l'autorisation de l'herbicide.

Elle a seulement relevĂ© "un risque Ă©levĂ© Ă  long terme chez les mammifĂšres" pour la moitiĂ© des usages proposĂ©s et reconnu qu'un manque de donnĂ©es empĂȘchait toute analyse dĂ©finitive.

Pour en tenir compte, Bruxelles propose quelques garde-fous, notamment avec l'établissement "par défaut" de "bandes-tampons" de cinq à dix mÚtres et des équipements réduisant drastiquement les "dérives de pulvérisation", tandis que l'usage pour la dessiccation (épandage pour sécher une culture avant récolte) serait interdit.

Si la substance active est approuvée au niveau de l'UE, chaque Etat reste chargé d'autoriser les produits contenant du glyphosate, en fixant les rÚgles d'utilisation selon les cultures, conditions climatiques et spécificités géographiques.

Bruxelles leur demande d'évaluer les effets potentiels sur l'environnement et la biodiversité, les "co-formulants" (composants des herbicides) et l'exposition des consommateurs aux "résidus", tout en veillant à la protection des eaux souterraines ou de surface: les Etats pourraient ainsi restreindre l'usage du glyphosate, mais seulement dans le cadre des critÚres fixés par l'UE.

L'autorisation actuelle du glyphosate dans l'UE, renouvelée en 2017 pour cinq ans puis étendue d'une année supplémentaire, expire le 15 décembre.

Si aucune majoritĂ© qualifiĂ©e en faveur du texte se dĂ©gage vendredi, un autre vote interviendra courant novembre. S'il n'y a toujours pas de majoritĂ© suffisante pour soutenir la proposition, la Commission pourra alors dĂ©cider seule de prolonger l'autorisation — seule une majoritĂ© qualifiĂ©e d'Etats opposĂ©s au texte pouvant permettre de le bloquer.

AFP

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