Les touristes sont limités

Les Galapagos, un paradis avec droits d'admission

  • PubliĂ© le 10 fĂ©vrier 2018 Ă  12:59
Vue aérienne de Tortuga Bay, dans l'ßle de Santa Cruz, le 21 janvier 2018 aux Galapagos

C'est un paradis datant de l'origine des temps, un trésor que beaucoup veulent découvrir, dans les eaux équatoriennes. Mais pour se préserver, l'archipel des Galapagos limite l'invasion de milliers de touristes.

Sur le sable blanc de Tortuga Bay, dans l'Ăźle de Santa Cruz, des iguanes noirs au dos surmontĂ© d'une crĂȘte prĂ©historique se dorent au soleil sous l'oeil Ă©bahi des visiteurs.
Au loin, des surfeurs défient les vagues du Pacifique parmi les tortues marines. Des plongeurs avec masque et tubas s'émerveillent des raies Manta, des requins à pointe blanche et d'un cortÚge sans fin de poissons colorés.

Cet archipel volcanique constitué de 19 grandes ßles et de dizaines d'ßlots rocheux, à 1.000 km des cÎtes de l'Equateur, a réussi jusqu'ici à se protéger et à préserver autant que possible ses espÚces menacées, en accueillant les touristes en petit nombre. L'Equateur est bien conscient néanmoins que l'explosion du tourisme dans le monde, avec un nombre de voyageurs internationaux en hausse de 7% en 2017, accroßt la pression sur cet archipel inscrit au Patrimoine mondial par l'Unesco.

"Les Galapagos sont le joyau de la couronne et nous devons donc en prendre soin (...) Il nous faut ĂȘtre drastiques quant Ă  la protection de l'environnement", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP le ministre du Tourisme, Enrique Ponce de Leon. Ne comptant que des hĂŽtels de petites dimensions et contrĂŽlant les visites des Ăźles via des croisiĂšres organisĂ©es, l'archipel --qui a servi de laboratoire au naturaliste Charles Darwin pour dĂ©velopper sa thĂ©orie sur l'Ă©volution des espĂšces-- se positionne comme une destination d'Ă©co-tourisme haut de gamme.

- Touristes bienvenus ? -

Car visiter le paradis a un prix: les vols depuis Quito ou Guayaquil sur la cĂŽte Pacifique avoisinent les 400 dollars; et pour un sĂ©jour d'une semaine dans l'archipel, comptez 2.000 Ă  7.000 dollars. L'affluence n'a cependant cessĂ© de croĂźtre, jusqu'Ă  atteindre 245.000 visiteurs par an. Pour les autoritĂ©s, c'est le maximum du supportable, sous peine de mettre en danger l'Ă©cosystĂšme des Ăźles, et cette limite pourrait bientĂŽt ĂȘtre inscrite dans la loi.

"Les particularitĂ©s environnementales, sociales et biologiques de ce lieu unique nous obligent Ă  fixer un plafond, Ă  gĂ©rer le tourisme Ă  partir de l'offre, et non Ă  partir de la demande", a prĂ©cisĂ© Ă  l'AFP Walter Bustos, directeur du Parc national des Galapagos. AffectĂ© autrefois par les pirates et les baleiniers, qui chassaient dans ses eaux et sur ses terres, l'archipel est aujourd'hui confrontĂ© aux espĂšces invasives comme les chiens, les chats ou les rats, ainsi qu'Ă  la pĂȘche illĂ©gale et au changement climatique.

Cet espace exceptionnel a été déclaré "Parc national" en 1959: 97% de la surface émergée des ßles est protégée, les activités humaines étant cantonnées sur les 3% restants.
Une rĂ©serve marine de 138.000 km2 a aussi Ă©tĂ© Ă©tablie autour de l'archipel, ce qui en fait l'une des plus grandes au monde, et une zone de 38.000 km2 entre les Ăźles Darwin et Wolf, qui compte la plus importante biomasse de requins de la planĂšte, a Ă©tĂ© classĂ©e comme sanctuaire marin, ce qui interdit toute pĂȘche.

- Limiter l'impact humain -

Seules quatre Ăźles de cet archipel, aux rĂ©serves en eau douce limitĂ©es et dĂ©pendant des importations du continent, sont habitĂ©es, avec une population volontairement contenue de 26.000 personnes: en vertu d'une loi spĂ©ciale, les Equatoriens du continent sont considĂ©rĂ©s comme des Ă©trangers aux Galapagos oĂč, pour obtenir une autorisation permanente de rĂ©sidence, il faut ĂȘtre mariĂ© Ă  un insulaire au moins depuis dix ans.

Les constructions y sont sévÚrement encadrées, dans un environnement qui fait la part belle à l'éco-durabilité: promotion des énergies renouvelables, des voitures électriques, sacs plastique totalement interdits... L'aéroport de l'ßle Baltra, principal point d'entrée aux Galapagos, se veut ainsi écologique, alimenté à l'énergie solaire et éolienne. "Le défi à relever est de gérer un tourisme durable, qui préserve les écosystÚmes tout en générant des bénéfices", a expliqué à l'AFP Juan Carlos Garcia, directeur de la conservation au sein de l'ONG Fonds mondial pour la nature (WWF) en Equateur.

Mais limiter le tourisme affecte l'Ă©conomie Ă©quatorienne dollarisĂ©e, qui paye dĂ©jĂ  le prix de la hausse du billet vert, de la chute des cours du pĂ©trole et d'un endettement Ă©levĂ©. Dans un tel contexte, le tourisme et l'activitĂ© miniĂšre font figure de bouĂ©es de sauvetage. En 2017, l'Equateur, pays de volcans et de forĂȘt amazonienne, a accueilli 1,6 million de visiteurs, soit 14% de plus en un an. Un chiffre toutefois modeste par rapport Ă  des pays voisins comme le PĂ©rou.

- Eviter la dérive du Machu Picchu -

Le président Lenin Moreno entend faire du tourisme un pilier de l'économie, davantage que le pétrole brut. Il a décrété une politique de "ciel ouvert" pour libéraliser le trafic aérien. Et face aux nombreux touristes souhaitant se rendre aux Galapagos, la compagnie aérienne publique TAME a déjà annoncé de nouveaux vols vers les ßles. Les autorités pourront-elles résister à la pression?

"Il faut parier davantage sur la qualité, faire en sorte d'allonger la durée du séjour des touristes et leur proposer des forfaits pour qu'ils visitent le reste du pays", estime le ministre.
Metropolitan Touring, agence de voyage qui gĂšre environ 12.000 touristes par an aux Galapagos, avertit que limiter le nombre de visiteurs entrainera une hausse des prix. "Bien que cela soit contraire aux intĂ©rĂȘts commerciaux, c'est une mesure raisonnable pour ne pas terminer comme le Machu Picchu", la forteresse inca sur-visitĂ©e du PĂ©rou, estime toutefois Roque Sevilla, directeur de cette agence.

AFP

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