Et oui, on a du flair

Les humains ont autant de nez que les chiens

  • PubliĂ© le 13 mai 2017 Ă  02:50
Une statue Place de la Concorde dotée d'un nez rouge de clown, le 20 novembre 2012 à Paris

Les hommes aussi ont du flair ! Ils n'ont mĂȘme rien Ă  envier aux autres mammifĂšres, notamment aux rats ou aux chiens dont l'odorat est si rĂ©putĂ©, selon des scientifiques jeudi. Ceux-ci affirment que la soi-disant infĂ©rioritĂ© des hommes Ă  distinguer une vaste palette d'odeurs n'est qu'un mythe entretenu depuis le XIXe siĂšcle.

"Il y a une croyance culturelle ancienne selon laquelle pour qu'une personne soit rationnelle et raisonnable, elle ne peut pas ĂȘtre dominĂ©e dans ses actions par le sens de l'odorat, vu comme purement animal", explique John McGann, professeur adjoint de psychologie Ă  l'UniversitĂ© Rutgers, dans le New Jersey.

Il est le principal auteur de ces travaux basés sur un ensemble d'études, publiés jeudi dans la revue américaine Science.
En fait, explique ce scientifique, "le bulbe olfactif humain qui transmet des signaux à d'autres zones du cerveau pour aider à identifier les odeurs est plutÎt développé et contient un nombre similaire de neurones que chez les autres mammifÚres".
"Nous pouvons donc nous mesurer, pour la capacité à détecter et à distinguer les odeurs, aux chiens et aux rats, qui comptent parmi les meilleurs renifleurs du rÚgne animal", affirme-t-il.

Selon les chercheurs, les humains pourraient peut-ĂȘtre distinguer un milliard de milliards d'odeurs diffĂ©rentes, soit largement plus que les quelque 10.000 mentionnĂ©es dans les manuels de psychologie. "Nous pouvons dĂ©tecter et diffĂ©rencier une palette extraordinairement Ă©tendue d'odeurs", assure le professeur McGann, selon qui l'odorat humain est plus sensible Ă  certaines odeurs et parfums que celui des rats et des chiens.

Les humains sont capables de détecter des odeurs sur un sentier ou une piste, assure le scientifique, relevant aussi que "nos comportements et états affectifs sont influencés par l'odorat".

- Perte d'odorat et Alzheimer -

Il ajoute que les chiens sont probablement meilleurs pour détecter les différentes odeurs de l'urine, mais que l'odorat humain est sans doute bien supérieur pour sentir la palette des effluves d'un grand vin. Les auteurs de cette étude estiment que les préjugés sur la capacité de l'odorat humain remontent au neurologue et anthropologue français du XIXe siÚcle Paul Broca, selon qui l'homme a un appareil olfactif limité.

De ce fait, selon cette théorie, contrairement aux animaux les hommes dépendent de leur intelligence pour survivre, pas de leur odorat.

Cette assertion avait mĂȘme influencĂ© l'inventeur de la psycho-analyse, Sigmund Freud, selon qui cette dĂ©ficience olfactive rendait les humains plus vulnĂ©rables Ă  des maladies mentales, rappelle le professeur McGann. Cette idĂ©e de l'infĂ©rioritĂ© olfactive humaine avait aussi Ă©tĂ© alimentĂ©e au cours des dĂ©cennies par des Ă©tudes gĂ©nĂ©tiques. Celles-ci ont rĂ©vĂ©lĂ© que les rats et souris possĂ©daient des gĂšnes agissant sur environ mille diffĂ©rents capteurs sensoriels qui sont activĂ©s par les odeurs, contre seulement 400 environ chez les humains.

En réalité, juge le professeur McGann, rien n'appuie la notion selon laquelle un bulbe olfactif plus grand par rapport au reste du cerveau confÚre une supériorité de l'odorat. Ce chercheur explique que la capacité à sentir un vaste éventail d'odeurs a une grande influence sur le comportement humain en déclenchant des émotions ou en faisant ressurgir des souvenirs, jouant ainsi un rÎle important dans le syndrome post-traumatique.

Une perte du sens de l'odorat, qui diminue avec l'ùge, peut aussi signaler des problÚmes de mémoire et de maladies neurologiques comme Alzheimer ou Parkinson, relÚve l'étude.

AFP

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