Pressions internationales

Les Maliens manifestent massivement contre les sanctions

  • PubliĂ© le 14 janvier 2022 Ă  21:36
  • ActualisĂ© le 15 janvier 2022 Ă  07:18
Manifestation Ă  l'appel de la junte contre les sanctions ouest-africaines, le 14 janvier 2022 Ă  Bamako, au Mali

Les Maliens ont répondu massivement vendredi à Bamako et à travers le pays à l'appel de la junte à manifester contre les sanctions ouest-africaines et à faire piÚce aux pressions internationales qui ne faiblissent pas, ont constaté les correspondants de l'AFP.

Des milliers de Maliens parés aux couleurs nationales vert, jaune et rouge se sont massés dans la capitale sur la place de l'Indépendance pour entendre différents orateurs éreinter l'organisation des Etats ouest-africains Cédéao, exalter la souveraineté malienne et faire ovationner l'armée et le projet de "refondation" du pays en crise.

“Vive Assimi (GoĂŻta), vive Choguel (MaĂŻga)", s'enthousiasmait Abdoulaye Yanoga, chĂŽmeur de 27 ans en parlant dans le vacarme ambiant des chefs de la junte et du gouvernement, "nous les soutenons et nous avons compris que c’est la France qui est derriĂšre (les organisations ouest-africaines) CĂ©dĂ©ao et UĂ©moa, mais ces sanctions ne passeront pas ici".

"Ceux qui doutaient que la transition (les autoritĂ©s) est soutenue par le peuple malien ont leur rĂ©ponse”, se rĂ©jouissait Nouhoum Sarr, membre de ce qui fait office d'organe lĂ©gislatif.

Grosse affluence aussi Ă  Tombouctou, sur la place SankorĂ©, devant la mosquĂ©e, ont indiquĂ© plusieurs Tombouctiens Ă  l'AFP. Des images diffusĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux ont montrĂ© une foule dense marchant et chantant derriĂšre le drapeau national dans les rues de Kadiolo, frontaliĂšre de la CĂŽte d’Ivoire. ScĂšne analogue Ă  Bougouni, Ă©galement dans le sud.

Le gouvernement malien a lancĂ© lundi, au lendemain des mesures de rĂ©torsion "extrĂȘmes" selon lui prises par la CĂ©dĂ©ao, un appel "Ă  une mobilisation gĂ©nĂ©rale sur toute l’étendue du territoire national".

Le colonel Assimi GoĂŻta, portĂ© Ă  la tĂȘte du Mali par un premier coup d'Etat en aoĂ»t 2020 et intronisĂ© prĂ©sident "de la transition" Ă  la suite d'un second en mai 2021, a exhortĂ© les Maliens Ă  "dĂ©fendre (leur) patrie".

Le Mali, déjà plongé dans une grave crise sécuritaire et politique depuis le déclenchement d'insurrections indépendantiste et jihadiste en 2012, fait face depuis dimanche à de lourdes sanctions de la Cédéao.

Celles-ci punissent le projet des militaires de continuer Ă  gouverner pendant plusieurs annĂ©es, et l'engagement rĂ©voquĂ© d'organiser en fĂ©vrier 2022 des Ă©lections qui auraient ramenĂ© les civils Ă  la tĂȘte du pays.

La fermeture des frontiÚres de la Cédéao, l'embargo sur les échanges commerciaux (hors produits de premiÚre nécessité) et sur les transactions financiÚres ainsi que le gel des avoirs maliens dans les banques ouest-africaines, menacent dangereusement l'économie d'un pays parmi les plus pauvres du monde, enclavé et éprouvé par les violences et la pandémie.

Des compagnies ouest-africaines ainsi qu'Air France ont suspendu leurs vols vers Bamako. Le pays risque l'asphyxie faute de liquidités. Le Mali n'a pas pu réaliser une opération sur le marché financier régional mercredi. Il est "coupé du reste du monde", dit Kako Nubukpo, commissaire pour l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa).

Les sanctions ont suscitĂ© un concert de rĂ©probations au Mali. La CĂ©dĂ©ao est accusĂ©e d'ĂȘtre un club dĂ©passĂ© de dirigeants coupĂ©s des populations et l'instrument de l'Ă©tranger, dont la France, l'ancien puissance coloniale engagĂ©e militairement au Sahel.

- L'ONU au travail -

Les Maliens se sont ralliĂ©s en nombre vendredi derriĂšre le slogan de dĂ©fense des intĂ©rĂȘts nationaux, sans tous vouloir brĂ»ler les ponts avec la CĂ©dĂ©ao ou la communautĂ© internationale, ou mĂȘme soutenir inconditionnellement la junte. "Je suis venu soutenir mon pays face au danger qui nous guette", dĂ©clarait dans la foule Ă  Bamako Alassane KanoutĂ©, professeur, mais "soyons raisonnables: une guerre contre le monde est perdue d'avance”.

Le colonel GoĂŻta, a validĂ© vendredi un "plan de risposte" gouvernemental aux sanctions ouest-africaines, ont indiquĂ© ses services sur Facebook. Le plan a plusieurs composantes, diplomatiques ou Ă©conomiques, disent-ils sans plus de prĂ©cisions. "L'objectif de ce plan n’est pas d'ĂȘtre dans une posture de bras de fer" avec les organisations ouest-africaines, et le Mali reste "ouvert au dialogue", disent-ils.

Le chef de l'ONU Antonio Guterres a réclamé jeudi du gouvernement malien un calendrier électoral "acceptable", rappelant que la Cédéao pourrait alors lever graduellement les sanctions.

Des partenaires du Mali aussi importants que la France et les Etats-Unis ont apportĂ© leur soutien aux sanctions ouest-africaines. Le chef de la diplomatie europĂ©enne Josep Borrell a indiquĂ© jeudi que l'UE allait prendre des dispositions "dans la mĂȘme ligne" que la CĂ©dĂ©ao.

La France et les Européens, engagés militairement contre les jihadistes , veulent rester au Mali, mais ne le feront "pas à n'importe quel prix", a dit le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian.

 AFP

guest
0 Commentaires