Le Premier ministre indien Narendra Modi est confronté lundi à la propagation à des campus universitaires des manifestations contre une loi sur la citoyenneté jugée discriminatoire à l'encontre des musulmans, donnant lieu à de violents heurts à New Delhi.
Surtout concentrées dans le nord-est de l'Inde ces derniers jours, entraßnant la mort de six personnes, les manifestations se sont étendues dimanche soir à plusieurs campus du pays, en réaction aux violences plus tÎt dans la journée au sein de l'université Jamia Millia Islamia de la capitale. Manifestants et policiers se sont affrontés à l'intérieur et autour de cette université qui compte parmi les plus prestigieuses du pays, à la population étudiante majoritairement musulmane mais aux élÚves de toutes les confessions et origines.
Les forces de l'ordre ont tirĂ© des gaz lacrymogĂšnes et chargĂ© la foule Ă coups de bĂątons, tandis que les manifestants sont accusĂ©s d'avoir incendiĂ© quatre bus et deux vĂ©hicules de police. Des vidĂ©os montraient des scĂšnes de chaos Ă l'intĂ©rieur mĂȘme des bĂątiments de l'universitĂ©, avec des Ă©tudiants ensanglantĂ©s. Selon la presse indienne, une centaine d'Ă©tudiants et une dizaine de policiers ont Ă©tĂ© blessĂ©s dans ces heurts. Une cinquantaine de personnes dĂ©tenues ont Ă©tĂ© relĂąchĂ©es lundi matin aprĂšs avoir passĂ© la nuit en cellule, a indiquĂ© la police locale.
"La police n'a pas fait la différence entre les manifestations et les étudiants assis à la bibliothÚque. De nombreux étudiants et employés ont été blessés", a déclaré Najma Akhtar, directrice de l'établissement, à l'agence ANI. En solidarité avec les élÚves de Jamia, des étudiants ont défilé dimanche soir dans de nombreuses universités indiennes, de Delhi à Bombay, d'Hyderabad à Patna en passant par Calcutta.
- Condamnation des violences -
à l'origine de ce mouvement de contestation, le "Citizenship Amendment Bill" (CAB), approuvé la semaine derniÚre par le Parlement indien, facilite l'attribution de la citoyenneté indienne aux réfugiés d'Afghanistan, du Bangladesh et du Pakistan mais à la condition qu'ils ne soient pas musulmans. Pour ses détracteurs, cette loi s'inscrit dans la volonté du pouvoir nationaliste hindou de marginaliser la minorité musulmane dans le pays de 1,3 milliard d'habitants. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme a qualifié le texte de "fondamentalement discriminatoire".
Dans un communiquĂ© diffusĂ© via WhatsApp, les Ă©tudiants de Jamia ont condamnĂ© les violences et s'en sont dissociĂ©s. "Nous avons toujours maintenu que nos manifestations sont pacifiques et non-violentes et nous condamnons tout parti impliquĂ© dans les violences", dĂ©clare le texte. Dans le grand Ătat d'Uttar Pradesh (nord), les autoritĂ©s ont coupĂ© internet dans plusieurs zones aprĂšs des manifestations Ă Aligarh, siĂšge d'une grande universitĂ© et d'une large population musulmane.
Dans le nord-est indien, rĂ©gion mosaĂŻque en proie Ă des heurts intercommunautaires frĂ©quents et oĂč l'immigration est un sujet extrĂȘmement sensible, les manifestants s'opposent Ă la lĂ©gislation au motif qu'elle entraĂźnerait selon eux un afflux dans leur rĂ©gion de rĂ©fugiĂ©s hindous du Bangladesh frontalier. 6.000 personnes ont dĂ©filĂ© dimanche soir en Assam, le principal Ătat de cette zone, sans incidents majeurs.
Le Premier ministre Narendra Modi a accusĂ© le parti du CongrĂšs (opposition) et ses alliĂ©s d'ĂȘtre responsables des troubles. Son bras droit, le ministre de l'IntĂ©rieur Amit Shah, a appelĂ© au calme.
"La culture, la langue, l'identité sociale et les droits politiques de nos frÚres et s?urs dans le nord-est resteront intacts", a déclaré Amit Shah dans un discours.
Des organisations de dĂ©fense des droits humains et un parti politique musulman ont dĂ©posĂ© un recours contre la loi devant la Cour suprĂȘme, en arguant qu'elle est contraire Ă la Constitution et aux traditions sĂ©culaires indiennes.
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AFP
