Loi sur la citoyenneté

Les manifestations se propagent en Inde

  • PubliĂ© le 16 dĂ©cembre 2019 Ă  11:01
  • ActualisĂ© le 16 dĂ©cembre 2019 Ă  11:10
Des manifestants qui dénoncent la loi sur la citoyenneté à New Delhi font face à des policiers, le 15 décembre 2019

Le Premier ministre indien Narendra Modi est confronté lundi à la propagation à des campus universitaires des manifestations contre une loi sur la citoyenneté jugée discriminatoire à l'encontre des musulmans, donnant lieu à de violents heurts à New Delhi.

Surtout concentrées dans le nord-est de l'Inde ces derniers jours, entraßnant la mort de six personnes, les manifestations se sont étendues dimanche soir à plusieurs campus du pays, en réaction aux violences plus tÎt dans la journée au sein de l'université Jamia Millia Islamia de la capitale. Manifestants et policiers se sont affrontés à l'intérieur et autour de cette université qui compte parmi les plus prestigieuses du pays, à la population étudiante majoritairement musulmane mais aux élÚves de toutes les confessions et origines.

Les forces de l'ordre ont tirĂ© des gaz lacrymogĂšnes et chargĂ© la foule Ă  coups de bĂątons, tandis que les manifestants sont accusĂ©s d'avoir incendiĂ© quatre bus et deux vĂ©hicules de police. Des vidĂ©os montraient des scĂšnes de chaos Ă  l'intĂ©rieur mĂȘme des bĂątiments de l'universitĂ©, avec des Ă©tudiants ensanglantĂ©s. Selon la presse indienne, une centaine d'Ă©tudiants et une dizaine de policiers ont Ă©tĂ© blessĂ©s dans ces heurts. Une cinquantaine de personnes dĂ©tenues ont Ă©tĂ© relĂąchĂ©es lundi matin aprĂšs avoir passĂ© la nuit en cellule, a indiquĂ© la police locale.

"La police n'a pas fait la différence entre les manifestations et les étudiants assis à la bibliothÚque. De nombreux étudiants et employés ont été blessés", a déclaré Najma Akhtar, directrice de l'établissement, à l'agence ANI. En solidarité avec les élÚves de Jamia, des étudiants ont défilé dimanche soir dans de nombreuses universités indiennes, de Delhi à Bombay, d'Hyderabad à Patna en passant par Calcutta.

- Condamnation des violences -

À l'origine de ce mouvement de contestation, le "Citizenship Amendment Bill" (CAB), approuvĂ© la semaine derniĂšre par le Parlement indien, facilite l'attribution de la citoyennetĂ© indienne aux rĂ©fugiĂ©s d'Afghanistan, du Bangladesh et du Pakistan mais Ă  la condition qu'ils ne soient pas musulmans. Pour ses dĂ©tracteurs, cette loi s'inscrit dans la volontĂ© du pouvoir nationaliste hindou de marginaliser la minoritĂ© musulmane dans le pays de 1,3 milliard d'habitants. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme a qualifiĂ© le texte de "fondamentalement discriminatoire".

Dans un communiquĂ© diffusĂ© via WhatsApp, les Ă©tudiants de Jamia ont condamnĂ© les violences et s'en sont dissociĂ©s. "Nous avons toujours maintenu que nos manifestations sont pacifiques et non-violentes et nous condamnons tout parti impliquĂ© dans les violences", dĂ©clare le texte. Dans le grand État d'Uttar Pradesh (nord), les autoritĂ©s ont coupĂ© internet dans plusieurs zones aprĂšs des manifestations Ă  Aligarh, siĂšge d'une grande universitĂ© et d'une large population musulmane.

Dans le nord-est indien, rĂ©gion mosaĂŻque en proie Ă  des heurts intercommunautaires frĂ©quents et oĂč l'immigration est un sujet extrĂȘmement sensible, les manifestants s'opposent Ă  la lĂ©gislation au motif qu'elle entraĂźnerait selon eux un afflux dans leur rĂ©gion de rĂ©fugiĂ©s hindous du Bangladesh frontalier. 6.000 personnes ont dĂ©filĂ© dimanche soir en Assam, le principal État de cette zone, sans incidents majeurs.

Le Premier ministre Narendra Modi a accusĂ© le parti du CongrĂšs (opposition) et ses alliĂ©s d'ĂȘtre responsables des troubles. Son bras droit, le ministre de l'IntĂ©rieur Amit Shah, a appelĂ© au calme.

"La culture, la langue, l'identité sociale et les droits politiques de nos frÚres et s?urs dans le nord-est resteront intacts", a déclaré Amit Shah dans un discours.
Des organisations de dĂ©fense des droits humains et un parti politique musulman ont dĂ©posĂ© un recours contre la loi devant la Cour suprĂȘme, en arguant qu'elle est contraire Ă  la Constitution et aux traditions sĂ©culaires indiennes.
 

AFP

guest
0 Commentaires