Pacte sur les Migrations

Les ONG appellent les pays Ă  agir

  • PubliĂ© le 11 dĂ©cembre 2018 Ă  21:06
  • ActualisĂ© le 12 dĂ©cembre 2018 Ă  17:00
Une installation artistique, avec des silhouettes de migrants, à la Conférence de Marrakech ayant mené à l'adoption du Pacte sur les Migrations, le 11 décembre 2018

Le Pacte mondial sur les migrations des Nations unies adopté, défenseurs des droits de l'Homme et ONG appellent les pays signataires à mettre réellement en oeuvre leurs engagements, au-delà des seuls discours officiels, en plaidant pour un traitement plus humain des migrants.

"La migration n'est pas un crime, sauver des vies n'est pas un crime, en tant que reprĂ©sentants gouvernementaux, vous pouvez et vous devez agir... S'il vous plait, ne lĂąchez pas, vous qui ĂȘtes venus adopter le Pacte", a lancĂ© mardi la prĂ©sidente de MĂ©decins sans frontiĂšres (MSF) Joanne Liu Ă  l'occasion d'un dialogue organisĂ© pendant la confĂ©rence de Marrakech.

Un total de 165 --sur 193-- pays membres ont adopté lundi par proclamation le texte non contraignant destiné à renforcer la coopération internationale pour une "migration sûre, ordonnée et réguliÚre".
Les orateurs ont poursuivi mardi leurs plaidoyers en faveur du Pacte qui a suscité dans plusieurs pays une opposition virulente des souverainistes, des nationalistes et des partisans de la fermeture des frontiÚres.
Le Pacte recense des principes --défense des droits de l'Homme, des enfants, reconnaissance de la souveraineté nationale-- et liste 23 propositions pour mieux gérer la migration, comme l'échange d'informations et d'expertises, ou l'intégration des migrants. Il préconise d'interdire les détentions arbitraires, n'autorisant les arrestations qu'en dernier recours.

"Saisir cette chance"

Ses détracteurs le voient comme un encouragement à un flux migratoire incontrÎlé. Les défenseurs des droits de l'Homme le soutiennent mais regrettent son caractÚre non contraignant et le trouvent insuffisant sur plusieurs points: droits des migrants, accÚs à l'aide humanitaire et aux services de base, statut juridique, etc...
"La société civile va surveiller ce qui se passe et demandera des comptes", a souligné l'ONG Oxfam tout en saluant ce "moment historique".
"Il est important de saisir cette chance et de pousser pour que ça avance, sans ĂȘtre naĂŻf sur le fait que les gouvernements ne respectent pas leurs obligations", explique Sarnata Reynolds, responsable d'Oxfam pour les migrations.
Des officiels de l'ONU font le mĂȘme constat.
La Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme Michelle Bachelet a ainsi reconnu, lors d'une cérémonie officielle dédiée au 70e anniversaire de la déclaration des droits de l'Homme, que "les Etats n'ont pas toujours tenu les engagements qu'ils ont pris il y a 70 ans" tout en insistant sur les progrÚs accomplis.
En ce qui concerne la migration, "on parle d'un pacte contraignant ou non contraignant... Mais il y a maldonne: il ne s'agit pas de politique intĂ©rieure mais de dignitĂ© de l'ĂȘtre humain", s'inquiĂšte Francesco Rocca, prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration internationale des SociĂ©tĂ©s de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), se disant indignĂ© par la situation "inacceptable" des migrants placĂ©s en centre de dĂ©tention en Libye.
"Nous n'arrĂȘtons pas de dire que la Libye n'est pas un endroit sĂ»r (...) mais les gouvernements europĂ©ens se contentent d'utiliser l'argent public pour financer les centres de dĂ©tention" dans le pays, renchĂ©rit Joanne Liu, de MSF.
La place accordĂ©e aux militants et aux acteurs de terrain est restĂ©e trĂšs limitĂ©e Ă  Marrakech, mĂȘme si la fondatrice de "One Child", une association centrĂ©e sur les mineurs migrants, a Ă©tĂ© invitĂ©e Ă  prendre la parole Ă  l'ouverture officielle des dĂ©bats.
"La migration peut ĂȘtre bien entendu une expĂ©rience sĂ»re et positive... Mais que dire des 30 millions de mineurs qui sont obligĂ©s de partir de chez eux Ă  cause de violences et des conflits?", a lancĂ© Cheryl Perera devant la confĂ©rence.

"Pas la parole"

"Beaucoup de discours disent +il faut associer la société civile+. Mais quand on est sur des sujets comme les nÎtres qui sont trop politiques ou juridiques, on n'a pas la parole", regrette Michel Prieur, du Centre international du droit comparé de l'environnement (CIDCE). Son organisation milite pour donner un statut aux réfugiés environnementaux, actuellement plus nombreux que les réfugiés politiques.

Son grand regret: "en matiÚre de migrants écologiques, des victimes de catastrophes naturelles ou industrielles il n'y a pratiquement rien, trois paragraphes sur 35 pages" du Pacte.
Comme beaucoup de militants associatifs, Michel Prieur est venu Ă  ses frais, sans ĂȘtre invitĂ©, dans l'espoir de sensibiliser des interlocuteurs. Il regrette l'absence de toute communication officielle sur la prĂ©sence des ONG malgrĂ© les discours qui prĂ©conisent de les associer Ă  la gestion des dĂ©fis migratoires.
Le Pacte doit encore faire l'objet d'un ultime vote de ratification, le 19 décembre à l'Assemblée générale des Nations unies à New York.

Une quinzaine de pays ont fait part de leur retrait ou du gel de leur décision, aprÚs avoir approuvé le texte le 13 juillet à New York (Autriche, Australie, Bulgarie, Chili, Estonie, Hongrie, Italie, République tchÚque, République dominicaine, Lettonie, Pologne, Slovaquie, Slovénie et Suisse). Les Etats-Unis avaient quitté le processus en décembre 2017 sous l'impulsion de Donald Trump.

AFP

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