ForĂȘt de La Tigra

Les plaies toujours ouvertes de la mine d'or de la forĂȘt hondurienne

  • PubliĂ© le 15 fĂ©vrier 2020 Ă  13:52
  • ActualisĂ© le 15 fĂ©vrier 2020 Ă  14:26
Une maison abandonnée ayant appartenu aux responsables d'une mine d'or et d'argent américaine fermée en 1954 à San Juancito, le 4 février 2020 au Honduras

Plus de soixante ans aprĂšs l'exploitation de ses riches gisements d'or et d'argent, la forĂȘt de La Tigra, Ă  une quinzaine de kilomĂštres de la capitale du Honduras, exhibe encore ses plaies.

Déclarée réserve forestiÚre en 1980, La Tigra a été livrée de 1880 à 1954 au groupe minier américain The New York and Rosario Mining Company. Les 24.000 hectares de la réserve sont habités par des félins, des cervidés, des singes, des reptiles et une multitude d'oiseaux, dont le trÚs rare et farouche quetzal.

Mais aujourd'hui encore, malgrĂ© leur reconquĂȘte par la vĂ©gĂ©tation, les effondrements de galeries et de tunnels entre les roches ouvertes Ă  la dynamite tĂ©moignent de la violence infligĂ©e Ă  la terre.

La forĂȘt "a regagnĂ© la zone centrale (de l'exploitation) ainsi que celle du campement (des travailleurs). Les vestiges de galeries se sont adaptĂ©s Ă  l'environnement naturel, et sont mĂȘme devenus des attractions touristiques, mais les eaux restent contaminĂ©es" par des mĂ©taux lourds, prĂ©vient Carlos Espinal, spĂ©cialiste de la protection de l'environnement.

"Il faudra entre 200 et 300 ans pour que les substances nocives soient Ă©liminĂ©es de l'eau. En certains endroits, rien ne pousse, mĂȘme pas les mauvaises herbes", dĂ©plore-t-il.

La restauration de l'environnement naturel est un processus "lent et de long terme", souligne la biologiste Marlenia Acosta. Les mesures prises par les spĂ©cialistes sont certes utiles, mais la rĂ©gĂ©nĂ©ration de la forĂȘt "est plus du fait de la nature que de l'action humaine", reconnaĂźt-elle.

- Un consulat américain -

C'est vers 1880 que les frÚres Washington et Louis Valentine, des Américains, fondÚrent --avec le président hondurien de l'époque, Marco Aurelio Soto, et le général Enrique Gutierrez-- leur société pour exploiter les richesses du sous-sol de La Tigra, explique à l'AFP Carlos Espinal.

Jusqu'à 15.000 hommes travaillÚrent dans le labyrinthe de tunnels horizontaux et verticaux creusés pour parvenir aux filons. Mineurs et minerais étaient transportés par deux trains électriques tandis que trois petites centrales électriques alimentaient les installations. Celles-ci comptaient des ateliers, des kilomÚtres de tuyauteries, une usine de traitement du minerai au cyanure...

C'est aussi toute une petite ville qui fut Ă©rigĂ©e, avec son quartier pour les cadres, une Ă©cole, des courts de tennis, une piscine, un hĂŽpital... et mĂȘme un consulat amĂ©ricain.

Une fois coulĂ© en lingots de 54 kg, le minerai Ă©tait acheminĂ© Ă  dos de mules jusqu'Ă  Tegucigalpa avant d'ĂȘtre exportĂ© vers les Etats-Unis. En 74 annĂ©es d'exploitation, ce sont 6,5 millions de tonnes de minerai, pour une valeur de 100 millions de dollars de l'Ă©poque, qui ont Ă©tĂ© arrachĂ©s ici Ă  la terre, selon les archives conservĂ©es sur place.

De toute cette effervescence ne reste aujourd'hui que San Juancito, devenu un quartier de la grande banlieue de Tegucigalpa d'à peine 1.500 habitants. "C'est un village fantÎme. Ici il n'y a pas de travail, il n'y a rien", se lamente Marco Seaman, qui, à l'ùge de 60 ans, hante les étroites rues pavées de San Juancito.

AFP

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