Course à l'armement pour la Corée du nord

Les Sud-Coréens votent pour tourner la page du scandale Park

  • PubliĂ© le 9 mai 2017 Ă  06:35
Moon Jae-In Moon Jae-In, le candidat du Parti démocratique de centre-gauche, et son épouse dans un bureau de vote, à Séoul le 9 mai 2017

Les Sud-Coréens votent mardi à la présidentielle pour tourner la page d'un retentissant scandale de corruption qui a plongé le pays pendant de longs mois dans la tourmente politique et coûté son poste à la présidente Park Geun-Hye.

Les bureaux de vote ont ouvert à 06h00 locales mardi (01h00 à La Réunion). AprÚs une brÚve campagne dominée par la problématique de l'emploi et des inégalités, moins par le dossier nord-coréen, les électeurs sont appelés à se rendre jusqu'à 20h00 (15h00 à La Réunion) dans plus de 139.000 bureaux de vote. Le taux de participation s'annonce record pour ce scrutin à un tour.
Un vétéran de la lutte des droits de l'Homme, favorable à une forme de réconciliation avec la Corée du Nord, est le grand favori du scrutin.

Moon Jae-In, du Parti dĂ©mocratique de centre-gauche, Ă©tait crĂ©ditĂ© dans un dernier sondage de 38% des intentions de vote, loin devant le centriste Ahn Cheol-Soo, donnĂ© au coude Ă  coude par certaines enquĂȘtes avec le conservateur Hong Joon-Pyo. Chung Tae-Wan, un mĂ©decin de 72 ans, a votĂ© dans un bureau de vote du prospĂšre quartier de Seocho, au sud de SĂ©oul: "J'ai votĂ© pour Hong, car la sĂ©curitĂ© vis-Ă -vis de la CorĂ©e du Nord est la chose la plus importante", a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP.

Une victoire de M. Moon, 64 ans, signerait l'alternance aprÚs prÚs de dix ans de rÚgne conservateur et pourrait signifier un changement considérable de politique, vis-à-vis de Pyongyang mais aussi de l'allié et protecteur américain. M. Moon prÎne le dialogue avec la Corée du Nord afin de désamorcer les tensions et de l'inciter à venir à la table des négociations. Il veut aussi plus de distance entre Séoul et Washington.

- Corruption et chĂŽmage -

Dans un rĂ©cent entretien avec le Washington Post, il estimait que SĂ©oul devait "jouer un rĂŽle de meneur sur les questions concernant la pĂ©ninsule corĂ©enne". Le Nord, qui rĂȘve de mettre au point un engin capable de porter le feu nuclĂ©aire sur le continent amĂ©ricain, a menĂ© deux tests nuclĂ©aires depuis dĂ©but 2016 et de multiples tirs de missiles.

Les tensions ont rarement été aussi élevées sur la péninsule, le nouveau président américain Donald Trump menaçant de régler la question par la force militaire. Il vient cependant d'adoucir le ton, déclarant qu'il serait "honoré" de rencontrer le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un. Mais les Sud-Coréens sont habitués à vivre avec la menace nord-coréenne qui, dans le contexte si particulier ayant présidé à cette élection, est tout sauf le déterminant de leur vote.

Pour un grand nombre d'Ă©lecteurs, la corruption, le ralentissement de la croissance et le chĂŽmage, en particulier des jeunes, sont les sujets de prĂ©occupation majeurs. Cette prĂ©sidentielle doit permettre Ă  la sociĂ©tĂ© sud-corĂ©enne de passer Ă  autre chose aprĂšs la vaste affaire de corruption qui a entraĂźnĂ© la descente aux enfers de Mme Park. Sa destitution par l'AssemblĂ©e nationale a Ă©tĂ© confirmĂ©e par la Cour constitutionnelle et elle attend dĂ©sormais derriĂšre les barreaux d'ĂȘtre jugĂ©e pour corruption et abus de pouvoir.

Les rassemblements de millions de personnes pour demander le départ de Mme Park avaient aussi été une occasion de manifester la colÚre grandissante, au sein de la quatriÚme économie d'Asie, contre la montée des inégalités.

- 'Chaebols' intouchables -

Le scandale a contribué au ressentiment général en illustrant à nouveau les relations malsaines entre la classe politique et le patronat.
En cause notamment, une confidente de l'ombre de l'ancienne présidente, Choi Soon-Sil, accusée d'avoir profité de ses relations pour extorquer des dizaines de millions de dollars aux grands groupes sud-coréens.

L'ampleur du scandale, qui implique aussi l'héritier de l'empire Samsung et le président de Lotte - cinquiÚme plus grand conglomérat sud-coréen -, a contraint tous les candidats à la présidentielle à promettre des réformes pour plus de probité. Mais en raison de leur poids dans l'économie, les "chaebols" - les grands conglomérats sud-coréens -, sont presque intouchables. Et beaucoup de dirigeants sud-coréens, une fois élus, ont dû renoncer à mettre en oeuvre de similaires promesses de campagne.

La Chine, puissant voisin et principal partenaire économique du Sud, s'est aussi invitée dans la campagne, pour des questions économiques et militaires notamment. Le déploiement au Sud d'un bouclier antimissile américain destiné à contrer les menaces venues du Nord a provoqué la fureur de Pékin, qui a pris une série de mesures vues à Séoul comme des représailles économiques. Les industries sud-coréennes du tourisme, de la cosmétique ou encore du spectacle ont subi de sérieux revers.

Le prochain leader du pays "devra faire face à une myriade de défis à long et court terme", avait averti le quotidien JoonAng la veille du scrutin, dans un éditorial: "Et si nous prenons la mauvaise décision, nous allons à nouveau devoir en payer le prix, comme nous l'avons appris de nos précédents mauvais choix".

AFP

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