Afghanistan

Les talibans interrompent de force une manifestation de femmes Ă  Kaboul

  • PubliĂ© le 30 septembre 2021 Ă  11:22
  • ActualisĂ© le 30 septembre 2021 Ă  11:54
Un membre des talibans parle à des manifestantes devant une école à Kaboul le 30 septembre 2021 tandis qu'un autre tente de cacher l'objectif de l'appareil photo

Six jeunes Afghanes ont briĂšvement tentĂ© jeudi matin Ă  Kaboul de manifester pour revendiquer leur droit Ă  l'Ă©ducation, avant d'en ĂȘtre violemment empĂȘchĂ©es par des talibans qui ont tirĂ© en l'air, ont constatĂ© des journalistes de l'AFP.

Vers 08H00 locales (03H30 GMT), trois jeunes femmes voilées et portant des masques médicaux ont déplié devant le lycée pour filles Rabia Balkhi, dans l'Est de la capitale afghane, une banderole qui proclamait, en anglais et en dari: "Ne politisez pas l'éducation!".

"Ne brisez pas nos stylos, ne brûlez pas nos livres, ne fermez pas nos écoles", ajoutait la banderole, illustrée d'une photo de jeunes filles voilées dans une salle de classe.
A peine avaient-elles été rejointes par trois autres manifestantes, dont l'une portant une pancarte sur laquelle elle avait écrit "L'éducation est l'identité humaine", qu'une dizaine de talibans en armes sont intervenus.

Ils ont violemment repoussĂ© les jeunes filles vers le portail d'entrĂ©e, fermĂ©, du lycĂ©e. L'un d'eux s'est emparĂ© de leur banderole qu'il a repliĂ©e en boule, alors que les autres s'en prenaient aux journalistes Ă©trangers et tentaient de les empĂȘcher de filmer. Un taliban a alors tirĂ© en l'air une brĂšve rafale avec son pistolet-mitrailleur.

Les manifestantes se sont réfugiées à l'intérieur de l'établissement et les talibans ont fait la chasse aux cameramen et photographes, tentant de s'emparer de leurs caméras. L'un d'eux a donné un coup de crosse à un cameraman étranger. Ils étaient commandés par un jeune homme sans armes, équipé d'un walkie-talkie, qui s'est présenté comme Mawlawi Nasratullah, chef des Forces spéciales talibanes pour Kaboul et sa région.

Il a demandĂ© Ă  ses hommes de rassembler la dizaine de journalistes, tous de la presse internationale, et s'est adressĂ© Ă  eux. "Je respecte les journalistes, mais cette manifestation n'avait pas Ă©tĂ© autorisĂ©e", a-t-il dit. "Les autoritĂ©s de l’Émirat (islamique) d'Afghanistan n'avaient pas Ă©tĂ© informĂ©es. C'est pour cela qu'aucun journaliste afghan n'est prĂ©sent". "Si elles avaient demandĂ© l'autorisation de manifester, elles l'auraient eue", a-t-il assurĂ©.

"Je respecte les droits des femmes, sans cela vous ne seriez pas ici", a-t-il ajoutĂ©, entourĂ© d'une garde armĂ©e aux regards farouches. "Vous avez tentĂ© de couvrir une manifestation illĂ©gale. Je vous rappelle que dans des pays modernes, la France ou les États-Unis, la police frappe les manifestants". L'appel Ă  la manifestation avait Ă©tĂ© lancĂ© sur internet par un groupe intitulĂ© "Mouvement spontanĂ© des femmes activistes d'Afghanistan".

DĂ©but septembre, des talibans armĂ©s avaient dispersĂ© des manifestations dans plusieurs villes, dont Kaboul, Faizabad et HĂ©rat, oĂč deux personnes avaient Ă©tĂ© tuĂ©es.
Toutes les manifestations ont été interdites par le nouveau pouvoir dans le pays depuis le 8 septembre, et les contrevenants menacés de "sévÚres actions légales".

AFP

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