PrÚs de deux mois aprÚs avoir reçu en fanfare l'Aquarius, l'Espagne a de nouveau ouvert jeudi un de ses ports à un navire d'ONG chargé de migrants secourus au large de la Libye, mais beaucoup plus discrÚtement.
Le Open Arms, affrĂ©tĂ© par l'ONG espagnole Proactiva, a accostĂ© Ă 9H20 (7H20 GMT) sur un quai de San Roque, dans la baie d'AlgĂ©siras, Ă l'extrĂȘme sud de l'Espagne. Puis 87 migrants secourus le 2 aoĂ»t en MĂ©diterranĂ©e centrale ont dĂ©barquĂ©, a constatĂ© l'AFP.
Les 75 hommes adultes et les 12 mineurs sont presque tous originaires du Soudan et du Sud-Soudan, à l'exception d'un Gambien, d'un Egyptien et d'un Syrien, a indiqué l'ONG Proactiva Open Arms.Au moment de leur sauvetage, ils dérivaient depuis deux jours au large de la Libye, assoiffés sous une chaleur intense, et "n'auraient probablement pas pu survivre un jour de plus", a affirmé à la presse le coordinateur des opérations de l'ONG, Gérard Canals.
L'ONG assure qu'aprĂšs avoir Ă©chappĂ© pour beaucoup Ă "l'enfer du Darfour", rĂ©gion du Soudan en proie Ă une guerre civile, ils ont subi "des atrocitĂ©s en Libye"."Nous espĂ©rons que l'Europe ne va pas continuer Ă abandonner les pays d'arrivĂ©e (de migrants) parce que cet abandon conduit Ă faire progresser l'extrĂȘme droite comme cela s'est produit en Italie", a lancĂ© M. Canals.
L'Italie a demandĂ© en vain pendant des annĂ©es la solidaritĂ© de l'Union europĂ©enne pour gĂ©rer les arrivĂ©es de migrants. GouvernĂ©e depuis deux mois par une coalition d'extrĂȘme droite et de populistes, elle refuse dĂ©sormais d'accueillir les navires des ONG qui sillonnent la MĂ©diterranĂ©e pour porter secours aux migrants en pĂ©ril.
S'il prend le contrepied de Rome, le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez a voulu, cette fois, que ces rescapĂ©s soient traitĂ©s par l'administration de la mĂȘme façon que les autres immigrĂ©s clandestins arrivant en Espagne."Comme ils ont Ă©tĂ© secourus dans les eaux internationales et ne prĂ©tendaient pas venir en Espagne, il leur a Ă©tĂ© donnĂ© une autorisation de rĂ©sidence exceptionnelle de 72 heures", a indiquĂ© une source policiĂšre, "mais ensuite le traitement est le mĂȘme que s'ils Ă©taient arrivĂ©s en +pateras+", nom des frĂȘles embarcations que l'Espagne est habituĂ©e Ă voir arriver sur ses cĂŽtes.
La France a annoncé qu'elle allait, "dans un esprit de solidarité européenne", accueillir une vingtaine de ces 87 migrants.Devançant l'Italie et la GrÚce, l'Espagne est devenue cette année la premiÚre porte d'entrée en Europe de migrants risquant leur vie en mer. PrÚs de 24.000 sont arrivés depuis janvier, soit plus que toute l'année derniÚre, selon l'Organisation internationale pour les migrations.
Sur le quai de San Roque, un centre d'accueil de migrants a récemment été ouvert en toute hùte, car des centaines affluent chaque semaine vers les cÎtes andalouses à bord des fragiles canots.
- Un dispositif "débordé" -
Les structures locales étaient saturées, au point que des migrants devaient dormir à bord d'un navire des gardes-cÎtes ou dans des gymnases."S'ils en ont besoin, c'est bien de les accueillir, mais il faudrait adopter d'autres mesures parce que le dispositif est débordé, il y a trop de personnes à assister ici", commentait jeudi un voisin, Juan Jose Garcia Vega, professeur retraité de 75 ans, venu observer l'arrivée du bateau.
La polémique commence à enfler sur ce thÚme, en Espagne, à moins d'un an d'élections locales.Le maire conservateur d'Algésiras, José Ignacio Landaluce, du Parti populaire, s'est déclaré "préoccupé" jeudi à l'idée que sa ville de 125.000 habitants puisse devenir "l'unique port d'accueil des bateaux de sauvetage en mer et des embarcations des ONG".
"Nous avons tous bon coeur mais sur cette question, il faut ĂȘtre raisonnable, nous n'avons pas assez de moyens", a-t-il dit Ă la radio Onda Cero, assurant que la prioritĂ© Ă©tait la situation des "chĂŽmeurs dans le besoin".
L'opposition accuse le gouvernement socialiste d'avoir créé un "d'appel d'air" en accueillant l'Aquarius. Celui-ci rĂ©plique que les migrants arrivaient par vagues depuis bien plus longtemps et reproche Ă son prĂ©dĂ©cesseur conservateur de ne pas s'y ĂȘtre prĂ©parĂ©.
 AFP


