Une décrue, pas encore l'épilogue: des agriculteurs ont suivi le mot d'ordre de la FNSEA et des JA, majoritaires, à lever les blocages aprÚs une série de concessions gouvernementales, mais certains veulent poursuivre le mouvement.
Jeudi, des signes de détente se sont multipliés avec notamment la fin du blocage du pont de Cheviré franchissant l'embouchure de la Loire ou encore le départ des agriculteurs des barrages qui coupaient l'A6 au niveau du péage de Villefranche-sur-SaÎne au nord de Lyon ou l'A81 entre Le Mans et la Bretagne.
En soirĂ©e, les prĂ©fectures ont fait Ă©tat de levĂ©es de barrages un peu partout dans le pays, ou Ă tout le moins d'allĂšgements, mĂȘme si des blocages ponctuels ont persistĂ©, selon Matignon.
Au niveau national jeudi Ă 19H00, on a constatĂ© une "dĂ©crue trĂšs lente" des barrages, a indiquĂ© une source policiĂšre Ă l'AFP, mĂȘme s'"il ne faut pas interprĂ©ter cette lenteur autrement que comme un cĂŽtĂ© un peu veillĂ©e d'armes et communion des agriculteurs qui se sont battus pendant une dizaine de jours pour obtenir des garanties".
- "Mobilisation historique" -
Autour de Lyon, "tous les points qu'on maĂźtrisait" seront levĂ©s vendredi Ă "14H00", a affirmĂ© Ă l'AFP Michel Joux, patron de la FRSEA, laissant donc des points sur l'A7 au sud et sur l'A43 Ă l'est oĂč des agriculteurs prĂ©sents Ă l'appel de la ConfĂ©dĂ©ration paysanne ont indiquĂ© leur intention de rester.
En Occitanie, un temps épicentre du mouvement de la colÚre mais en perte de vitesse depuis la venue du Premier ministre Gabriel Attal il y a une semaine, le nouveau train d'annonces a conduit à la levée - immédiate ou prochaine - de plusieurs barrages, notamment dans l'Aveyron et le Gers.
"Ce fut une mobilisation historique, dure, forte... On s'est donnĂ© les moyens de retourner Ă la table des nĂ©gociations. On se devait de faire cela pour l'avenir, pour nos jeunes", a estimĂ© Laurent Saint-Affre, dĂ©lĂ©guĂ© de la FDSEA de l'Aveyron, prĂ©venant toutefois que "le match n'est pas fini: il reste encore le point de tension, l'ombre au tableau, celle de Lactalis qui n'en fait qu'Ă sa tĂȘte sur le prix du lait. On pourrait donc ressortir les tracteurs dans quelques jours pour aller y faire un petit tour..."
"Nous avons décidé qu'à l'heure actuelle, au vu de tout ce qui avait été annoncé (...), il faut qu'on change de modes d'action et donc nous appelons nos réseaux (...) à suspendre les blocages et à rentrer dans une nouvelle forme de mobilisation", a indiqué jeudi le président des Jeunes agriculteurs (JA) Arnaud Gaillot, aux cÎtés du patron de la FNSEA Arnaud Rousseau, lors d'une conférence de presse à Paris.
Certains agriculteurs ont encore besoin de discuter, mais "on sent une volonté de mettre en pause, de basculer sur une mobilisation plus de travail", a ensuite estimé M. Gaillot sur RTL: "on n'est pas là juste pour bloquer, ce n'est pas notre métier, on veut rentrer dans nos fermes, on veut travailler", a-t-il dit en évoquant aussi une "fatigue" aprÚs 10 jours de mobilisation.
Parmi les conditions posées par FNSEA et JA pour ne pas reprendre le mouvement: de "premiers résultats" avant le Salon de l'agriculture (24 février-3 mars) puis l'adoption d'une loi d'orientation et d'avenir agricole ainsi que de mesures européennes d'ici à juin.
- "Assez duré" -
Jeudi midi, M. Attal, pour sa troisiÚme salve d'annonces en une semaine, a égrené des mesures qui selon lui répondent "à une grande partie des attentes" des agriculteurs.
Ces mesures comprennent un renforcement des lois Egalim qui visent Ă empĂȘcher que les producteurs ne fassent les frais de la guerre des prix fĂ©roce entre supermarchĂ©s d'une part, et distributeurs et fournisseurs de l'agro-industrie d'autre part.
Selon Bercy, les mesures d'urgence pour les agriculteurs représentent quelque 400 millions d'euros au total. M. Attal a évoqué jeudi 150 millions d'euros en soutien fiscal et social aux éleveurs bovins.
Sur les phytosanitaires, le gouvernement a aussi lùché du lest, promettant notamment que le plan Ecophyto visant à réduire l'usage des pesticides serait mis "en pause", une mesure qualifiée de "recul majeur" par des ONG environnementales.
Le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau a pour sa part prévu de se rendre vendredi dans le Gard et l'Hérault "pour présenter les mesures concrÚtes" de soutien aux viticulteurs, ont annoncé ses services.
M. Attal avait reçu ces derniers jours les syndicats agricoles, dont longuement la FNSEA mais aussi mercredi matin la Coordination rurale, deuxiÚme syndicat agricole, et la Confédération paysanne, troisiÚme.
- Gages de Bruxelles -
"Pour nous, le mouvement a assez duré, les objectifs ont été atteints (...) tout le monde a connaissance des dossiers qu'on porte", a expliqué à l'AFP le secrétaire général de la Coordination rurale Christian Convers, en annonçant le départ de la région parisienne de ses membres venus du Lot-et-Garonne et dont certains ont été interpellés à Rungis mercredi.
"S'il y en a dans les dĂ©partements qui veulent continuer, c'est leur affaire", a ajoutĂ© le responsable, estimant que vu les avancĂ©es obtenues, "quelques jours de mobilisation supplĂ©mentaires n'apporteront rien, si ce n'est de la gĂȘne Ă la population".
De son cÎté, la Confédération paysanne a appelé à "poursuivre la mobilisation" car "la question fondamentale du revenu" n'est "toujours pas prise à bras-le-corps par le gouvernement" selon elle.
Au-delà de la France, c'est toute l'agriculture européenne qui est touchée par un mouvement de colÚre.
A l'issue d'une journĂ©e qui a vu quelque 1.200 tracteurs converger Ă Bruxelles, la Commission a promis jeudi des mesures pour dĂ©fendre les "intĂ©rĂȘts lĂ©gitimes" des agriculteurs europĂ©ens, "en garantissant des conditions de concurrence Ă©quitables" ou en rĂ©duisant le "fardeau administratif" de la dĂ©criĂ©e politique agricole commune (PAC).
AFP


