"C'est un combat pour l'égalité, il ne s'agit pas de politique ou de promotion": contesté pour sa maniÚre de sensibiliser le paddock de F1 à la lutte contre le racisme, le sextuple champion du monde Lewis Hamilton a dû se défendre à l'issue du Grand Prix d'Autriche dimanche.
L'atmosphĂšre a changĂ© depuis que le Britannique, premier pilote noir de la catĂ©gorie reine du sport automobile, exhortait la Formule 1 Ă se positionner aprĂšs la mort de George Floyd aux mains de policiers aux Etats-Unis fin mai. "Personne ne bouge le petit doigt dans mon sport qui est bien sĂ»r dominĂ© par les blancs", Ă©crivait-il alors sur Instagram. "J'aurais cru que vous verriez maintenant pourquoi cela arrive et rĂ©agiriez, mais vous ne pouvez pas vous dresser Ă nos cĂŽtĂ©s. Sachez juste que je sais qui vous ĂȘtes et que je vous vois."
A l'instar de Charles Leclerc, nombre de pilotes avaient rĂ©pondu par des messages contrits. "Pour ĂȘtre complĂštement honnĂȘte, je ne me sentais pas Ă ma place et pas Ă l'aise de partager mes pensĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux. J'avais complĂštement tort", postait ainsi le MonĂ©gasque de Ferrari.
Pourtant, lors d'une cĂ©rĂ©monie officielle contre le racisme sur la grille de dĂ©part du GP inaugural de la saison dimanche, Leclerc, 22 ans, faisait partie des six pilotes qui, contrairement Ă Hamilton, n'ont pas mis le genou Ă terre, prĂ©fĂ©rant baisser la tĂȘte en signe de recueillement, vĂȘtus de t-shirts noirs marquĂ©s des mots "end racism" (en finir avec le racisme).
- Style polémique -
Et Leclerc d'expliquer que, pour lui, "l'important sont les faits et les comportements quotidiens plus que des gestes formels qui pourraient ĂȘtre perçus comme controversĂ©s dans certains pays". Au-delĂ du droit de chacun de soutenir la cause Ă sa maniĂšre - qu'ont d'ailleurs dĂ©fendu la F1 et son rĂ©gulateur, la FĂ©dĂ©ration internationale de l'automobile (FIA), en organisant cette cĂ©rĂ©monie -, c'est le style du sextuple champion du monde qui, comme souvent, fait polĂ©mique.
Certes, ça n'est pas lui qui a mis le sujet sur le tapis, mais la presse britannique, qui dÚs jeudi matin a largement interrogé Hamilton sur son intention de mettre genou à terre avant le départ. Certes, il a répondu ne pas y avoir pensé, souhaité un geste concerté avec les dix-neuf autres pilotes et appelé "surtout" à une action plus pérenne de la part de "l'industrie" de la F1. Mais en coulisses, certaines sources relevaient toutefois que le Britannique avait été moins tolérant lors d'une réunion organisée par l'association des pilotes, la GPDA, vendredi soir.
Interrogé sur ces échanges le lendemain, le pilote Mercedes avait expliqué: "le message que j'ai posté pour demander de briser le silence a été interprété et j'ai juste remercié ceux qui l'avaient fait car leur voix est importante et j'ai encouragé les autres à le faire".
- "Essayer d'ĂȘtre un guide" -
"J'ai dĂ©crit le scĂ©nario selon lequel ĂȘtre silencieux revient Ă ĂȘtre complice, poursuivait-il. Il y a toujours du silence dans certains cas mais je pense que ça fait partie du dialogue, du processus de comprĂ©hension. (...) Donc je vais essayer de continuer d'essayer d'ĂȘtre un guide, une influence."
"Je n'ai jamais demandĂ© ou exigĂ© de qui que ce soit qu'il s'agenouille. Je n'en ai mĂȘme jamais parlĂ©. Ce sont la F1 et la GPDA qui l'ont fait", a-t-il rĂ©itĂ©rĂ© dimanche, semblant rĂ©pondre Ă un article du tabloĂŻd britannique Daily Mail affirmant que, "en privĂ©, un certain nombre de pilotes (Ă©taient) agacĂ©s par l'insistance d'Hamilton pour les forcer Ă s'agenouiller."
L'article en question dénonce également "l'hypocrisie" du pilote, "chevalier de l'écologie" mais qui s'est rendu en Autriche dans un "inutile vol privé" depuis Monaco, ou sa méconnaissance du récent débat sur les ramifications marxistes du mouvement Black Lives Matter, dont il se revendique.
"Aujourd'hui Ă©tait un moment important pour moi et tous ceux qui oeuvrent pour et croient dans le changement. Pour une sociĂ©tĂ© plus juste et Ă©galitaire. Je peux ĂȘtre critiquĂ© dans les mĂ©dias et ailleurs, mais c'est un combat pour l'Ă©galitĂ©, il ne s'agit pas de politique ou de promotion", a tentĂ© de clore l'intĂ©ressĂ© sur Instagram dimanche soir, aprĂšs avoir dĂ» se contenter de la quatriĂšme place du GP.
Critiqué hors piste et pénalisé sur la grille de départ pour une erreur en qualifications et en course pour avoir provoqué un accrochage, il ne démarre pas au mieux sa campagne pour égaler le record de sept titres mondiaux de Michael Schumacher.
AFP


