Athlétisme et polémique

Ligue de diamant: comme un symbole, Semenya s'impose Ă  Doha

  • PubliĂ© le 3 mai 2019 Ă  23:07
  • ActualisĂ© le 4 mai 2019 Ă  05:19
La Sud-Africaine Caster Semenya remporte  le 800 m au meeting de Doha le 3 mai 2019

AprÚs les tribunaux, elle a répondu sur la piste.

La Sud-Africaine Caster Semenya a remporté avec classe le 800 m du meeting de Ligue de diamant de Doha (Qatar) vendredi, juste avant que le rÚglement sur les athlÚtes hyperandrogÚnes n'entre en vigueur.

Les derniers jours n'ont pourtant pas dĂ» ĂȘtre de tout repos pour la double championne olympique du 800 m: apparue seulement jeudi sur la liste de dĂ©part, Caster Semenya avait Ă©tĂ© dĂ©boutĂ©e la veille par le Tribunal arbitral du sport (TAS) de son recours contre les rĂšgles de la FĂ©dĂ©ration internationale d'athlĂ©tisme (IAAF) obligeant certaines athlĂštes nĂ©es avec une diffĂ©rence de dĂ©veloppement sexuel (DSD) Ă  faire baisser leur taux de testostĂ©rone sous le seuil de 5 nmol/L de sang par un traitement pour courir dans la catĂ©gorie fĂ©minine.

Le 800 m de Doha devait ĂȘtre le dernier avant l'application du rĂšglement exigĂ©e dĂšs le 8 mai par l'IAAF (pour les distances allant du 400 m au mile, 1.609 m). Et comme un symbole, Caster Semenya l'a emportĂ© dans un temps trĂšs rapide (1:54.98), devant la Burundaise Francine Niyonsaba (1:57.75), une autre athlĂšte hyperandrogĂšne a priori concernĂ©e par la nouvelle rĂ©glementation. "C'Ă©tait une course incroyable (...) Tout ça, c'est une histoire pour inspirer les gens. C'est plus qu'un jeu, bien plus que du sport. On parle de dignitĂ© humaine, de fiertĂ©", a dĂ©clarĂ© Caster Semenya en zone mixte, souriante malgrĂ© le contexte.

- Combat perdu pour l'instant -

Le symbole, Caster Semenya en a l'habitude. La Sud-Africaine cristallise depuis 10 ans le dĂ©bat juridique, scientifique et mĂ©diatique autour de la question des athlĂštes hyperandrogĂšnes, Ă  la production naturelle de testostĂ©rone Ă©levĂ©e, et du gain physiologique, injuste selon l'IAAF, qu'elle procure dans certaines disciplines. Elle n'avait que 18 ans en 2009 lorsque, jeune athlĂšte timide, son genre a Ă©tĂ© mis en doute par l'IAAF le jour mĂȘme de sa premiĂšre finale mondiale. Elle est devenue depuis une icĂŽne mondiale aux 215.000 abonnĂ©s sur Twitter, massivement soutenue par le gouvernement sud-africain dans son combat pour concourir telle qu'elle est dans la catĂ©gorie fĂ©minine.

Ce combat est pour l'instant perdu, mĂȘme si elle peut encore faire appel devant un Tribunal administratif suisse et que toutes les questions n'ont pas Ă©tĂ© rĂ©solues. Le TAS a jugĂ© le rĂšglement "discriminatoire", mais "nĂ©cessaire, raisonnable et proportionnĂ©", tout en soulevant des points d'inquiĂ©tude auquel l'IAAF devra rĂ©pondre, comme la question des effets secondaires du traitement Ă  suivre ou le "manque de preuves" de l'avantage de ces athlĂštes sur les distances du 1.500 m et du mile.

- 'Des médicaments? Pas question!' -

Reste Ă  savoir quel sera le choix de Semenya quant Ă  la suite de sa saison, et quelles sont les athlĂštes rĂ©ellement concernĂ©es, sachant que la rĂšgle ne s'applique pas Ă  toutes les athlĂštes prĂ©sentant des diffĂ©rences du dĂ©veloppement sexuel (DSD). "Je ne sais pas quelle va ĂȘtre la suite (...) Prendre des mĂ©dicaments? Pas question!", s'est indignĂ©e Semenya, qui a pourtant assurĂ© vouloir dĂ©fendre son titre de championne du monde en septembre.
"Personne ne doit me dire quoi faire. Si des gens veulent m'empĂȘcher de faire quelque chose c'est leur problĂšme, pas le mien."

Les athlĂštes qui n'auraient pas anticipĂ© la dĂ©cision du TAS vont connaĂźtre une saison presque blanche: il faut respecter le seuil de testostĂ©rone pendant 6 mois pour ĂȘtre Ă©ligible Ă  une compĂ©tition internationale, l'IAAF ne proposant une exception que pour les Mondiaux de Doha (27 septembre - 6 octobre) Ă  condition de commencer le traitement d'ici le 8 mai. "Nous sommes ravis que Caster ait fait ce pour quoi elle est connue, malgrĂ© toutes les Ă©preuves qu'elle doit affronter", s'est rĂ©joui le prĂ©sident de la fĂ©dĂ©ration sud-africaine d'athlĂ©tisme Aleck Skhosana auprĂšs de l'AFP.

La semaine derniÚre, les championnats d'Asie s'étaient déroulés presque sans spectateurs, dans le stade Khalifa climatisé (environ 26 degrés contre plus de 30 à l'extérieur), qui doit accueillir les Mondiaux en septembre et la Coupe du monde de foot en 2022. Vendredi, il était rempli environ à moitié, et l'ambiance a été assurée par les communautés kényanes et éthiopiennes vivant au Qatar.

Les Oromos notamment, une ethnie éthiopienne, ont poussé dans un vacarme assourdissant leur championne Genzebe Dibaba, qui a été devancée par la Kényane Hellen Obiri sur le 3.000 m (8:25.60), derniÚre course de la soirée.

- © 2019 AFP

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