Syrie

L'offensive anti-EI au ralenti, nouvelles évacuations en perspective

  • PubliĂ© le 5 mars 2019 Ă  14:22
  • ActualisĂ© le 5 mars 2019 Ă  14:46
Des camions évacuent des personnes qui ont fui le dernier réduit du groupe Etat islamique dans le village de Baghouz en Syrie, le 4 mars 2019

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par une coalition multinationale emmenée par Washington, se préparent mardi à de nouvelles évacuations de civils et de jihadistes de l'ultime bastion du groupe Etat islamique (EI) en Syrie, 3.000 personnes étant sorties en moins de 48H.

Les FDS ont ralenti depuis dimanche leur assaut contre le dernier réduit de l'EI pour permettre aux civils encore retenus dans la poche jihadiste et aux combattants qui veulent se rendre de quitter cette enclave dans le village de Baghouz, dans la province orientale de Deir Ezzor.

Depuis dimanche seulement, "environ 3.000 personnes ont été évacuées de la poche de l'EI", indiquait lundi soir un porte-parole des FDS, Mustafa Bali. "Parmi le groupe se trouvaient un grand nombre de jihadistes de l'EI qui se sont rendus", a-t-il souligné sur son compte Twitter.

AprÚs l'évacuation de milliers de civils en plus de deux semaines, principalement des femmes et des enfants de jihadistes, les FDS avaient repris vendredi leur assaut contre les derniers combattants de l'EI, avec l'appui des raids aériens de la coalition.
"Il y a toujours des civils Ă  Baghouz et les FDS tentent de les libĂ©rer", a prĂ©cisĂ© lundi soir Ă  l'AFP un responsable mĂ©dia des FDS sur le terrain, n'excluant pas "que le processus d'Ă©vacuation se poursuive jusqu'Ă " mardi. Il a accusĂ© l'EI d'utiliser les civils comme "boucliers humains et de les empĂȘcher de sortir".

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a lui fait état de l'"évacuation de 280 jihadistes" ayant capitulé depuis le ralentissement des opérations.

- "Frappes aériennes" -

AprĂšs une montĂ©e en puissance fulgurante en 2014, l'EI avait proclamĂ© en juin de la mĂȘme annĂ©e un "califat" sur des pans entiers de la Syrie et de l'Irak voisin. Mais face Ă  plusieurs offensives ces deux derniĂšres annĂ©es, les jihadistes ont vu leur territoire se rĂ©duire comme peau de chagrin.

Dans le secteur de Baghouz, les jihadistes sont une nouvelle fois confrontés à un déluge de feu, avec les tirs d'artillerie mais surtout les frappes aériennes de la coalition internationale. "Ces frappes continuent à l'heure actuelle", a indiqué à l'AFP le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane.

"Des frappes aĂ©riennes et des tirs d'artillerie contre la zone jihadiste se sont poursuivis jusqu'Ă  mardi Ă  l'aube pour empĂȘcher les jihadistes de mener des contre-attaques ou de prendre la fuite", a prĂ©cisĂ© M. Abdel Rahmane. La coalition anti-EI n'Ă©tait pas joignable dans l'immĂ©diat pour confirmer ces raids.

Plus de 54.000 personnes, principalement des familles de jihadistes, ont dĂ©jĂ  quittĂ© l'ultime rĂ©duit depuis dĂ©cembre, selon l'OSDH. Parmi eux, plus de 5.000 jihadistes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, d'aprĂšs cette source. La grande majoritĂ© des Ă©vacuĂ©s sont transfĂ©rĂ©s vers le camp de dĂ©placĂ©s d'Al-Hol, plus au nord, oĂč les dizaines de milliers de personnes s'entassent dans des conditions dĂ©criĂ©es comme rudes par les ONG.

- "Aide immédiate" -

La population du camp s'élÚve désormais à plus de 56.000 habitants, "dont plus de 90% sont des femmes et des enfants", a indiqué mardi le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l'ONU en Syrie. "Entre le 22 février et le 1er mars, environ 15.000 personnes sont arrivés dans le camp", a ajouté l'OCHA, faisant état de la mort de 90 personnes, dont les deux tiers sont ùgés de moins de cinq ans, lors des trajets précaires les emmenant de Baghouz vers Al-Hol ou juste aprÚs leur arrivée dans le camp.

Les personnes qui y vivent ont besoin d'une "aide immĂ©diate", a averti lundi le ComitĂ© international de la Croix-Rouge (CICR) dans un communiquĂ©. "Les gens sont emmitouflĂ©s dans des vĂȘtements, car ils n'ont pas d'endroits fermĂ©s oĂč aller. Certains n'ont mĂȘme pas de tentes et restent exposĂ©s Ă  la pluie, le vent, et des tempĂ©ratures" extrĂȘmes, a dĂ©plorĂ© l'ONG.

Si l'EI perd sa derniÚre poche de Baghouz, cela signerait la fin territoriale du "califat" en Syrie aprÚs sa défaite en Irak en 2017.
Mais le groupe a déjà entamé sa mue en organisation clandestine. Ses combattants sont disséminés dans le désert syrien (centre) et parviennent toujours à mener des attentats meurtriers.

La bataille contre l'EI reprĂ©sente aujourd'hui le principal front de la guerre en Syrie qui a fait plus de 360.000 morts depuis 2011, au moment oĂč le rĂ©gime, soutenu par la Russie et l'Iran, a repris le contrĂŽle de prĂšs des deux-tiers du pays.

AFP

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