L'Union européenne et le Royaume-Uni se lancent lundi dans la bataille de l'aprÚs-Brexit en affichant les lignes rouges de leur future relation, qui reste à bùtir, au prix de négociations ardues et déjà tendues.
Passé la joie ou les regrets du divorce aprÚs 47 ans de mariage houleux, les deux parties doivent se mettre d'accord sur la nouvelle architecture de cette relation, en particulier commerciale, noyau dur des discussions. Comme il est de mise au début d'une négociation, les deux camps ont affiché des positions trÚs fermes.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson doit avertir que son pays refusera un accord qui lui imposerait de continuer de respecter certaines rĂšgles de l'Union, selon des extraits d'un discours attendu lundi sur sa vision du Royaume-Uni, aprĂšs le divorce.
"Il n'y a pas besoin d'un accord de libre-échange qui implique d'accepter les rÚgles de l'UE en termes de concurrence, de subventions, de protection sociale, d'environnement ou autre", doit-il déclarer.
Le nĂ©gociateur de l'UE, Michel Barnier, a lui posĂ© dimanche deux conditions Ă la conclusion d'un traitĂ© commercial: "un accord sur les rĂšgles de jeu communes", afin que Londres ne devienne pas un concurrent dĂ©loyal; et un rĂšglement de la question ultra-sensible de la pĂȘche.
- Discussions marathon -
Ajoutant à la difficulté de ce front contre front, ces négociations devront se tenir à un rythme marathon puisque Boris Johnson refuse de prolonger la période de transition, pendant laquelle les Britanniques continueront d'appliquer les rÚgles européennes. Or, c'est pendant cette période, qui s'achÚve le 31 décembre, que doivent se tenir les pourparlers.
Michel Barnier dévoilera lundi à 11H00 GMT les termes de son mandat de négociation, fixant les priorités et les lignes rouges de l'UE. Le bloc craint plus que tout de voir émerger une économie dérégulée à sa porte.
Le négociateur européen connaßt déjà les embûches du dossier puisqu'il a négocié le traité du Brexit sur les modalités de divorce, pendant plus de deux ans.
Son mandat de nĂ©gociation ne devant ĂȘtre approuvĂ© que fin fĂ©vrier par les Etats membres, les nĂ©gociations ne s'ouvriront officiellement que dĂ©but mars.
Dans ce trĂšs court laps de temps, tous les sujets entre Bruxelles et le Royaume-Uni, devenu un pays tiers, ne sauraient ĂȘtre traitĂ©s et Bruxelles s'est fixĂ© des prioritĂ©s.
Les négociations porteront principalement sur le partenariat économique, en particulier l'accord de libre-échange, les questions de sécurité et le dispositif juridique prévu pour régler les litiges.
Pour les Européens, l'accÚs au marché unique du continent, fort de ses quelque 440 millions de consommateurs, sera conditionné par le respect des normes sanitaires, environnementales, sociales et fiscales, sans oublier celles sur les aides d'Etat aux entreprises.
Ce marché est crucial pour Londres puisque l'UE reste son premier partenaire commercial. Les Européens veulent mener les négociations en parallÚle sur tous les sujets afin de limiter le risque de divisions, duquel les Britanniques pourraient tirer profit.
- La pĂȘche, vitale pour plusieurs Etats -
La pĂȘche, sur laquelle les deux parties ont promis de s'entendre avant le 1er juillet, sera l'un des sujets ultra-sensibles de la nĂ©gociation.
Les pĂȘcheurs de plusieurs Etats membres, comme la France et le Danemark, sont dĂ©pendants des eaux britanniques. Ces derniĂšres reprĂ©sentent 30% du chiffre d'affaires des pĂȘcheurs français.
De son cĂŽtĂ©, Boris Johnson a soulignĂ© que "reprendre le contrĂŽle" de ces eaux poissonneuses Ă©tait de premiĂšre importance et promis "une nouvelle politique de pĂȘche nationale fantastique".
La pĂȘche pourrait constituer une monnaie d'Ă©change dans ces discussions, par exemple pour l'accĂšs au continent des services financiers britanniques, cruciaux pour la City de Londres. La France sera "extrĂȘmement vigilante" sur cette question, a prĂ©venu Paris
Un premier bilan sera dressé fin juin, ce qui devrait permettre d'évaluer le risque d'un "no deal", un spectre qui va continuer à planer, avec ses conséquences désastreuses, sur les discussions.
 AFP




