Eglise indépendante

L'Ukraine attend la décision historique de son concile

  • PubliĂ© le 15 dĂ©cembre 2018 Ă  16:54
  • ActualisĂ© le 15 dĂ©cembre 2018 Ă  17:20
Un prĂȘtre gantĂ© aux couleurs de l'Ukraine fait le V de la victoire en arrivant devant la cathĂ©drale Sainte-Sophie Ă  KIev oĂč va se dĂ©rouler un concile pour crĂ©er une Eglise ukrainienne indĂ©pendante, le 15 dĂ©cembre 2018

Des milliers de personnes se sont rassemblĂ©es samedi Ă  Kiev, pour soutenir la crĂ©ation d'une Eglise indĂ©pendante de Moscou, devant une cathĂ©drale oĂč un concile orthodoxe doit acter cette dĂ©cision historique censĂ©e davantage Ă©loigner l'Ukraine de la Russie.

"Restons ici et prions pour que l'Eglise ukrainienne soit créée aujourd'hui", a déclaré le président Petro Porochenko, en serrant les mains à des manifestants alors qu'il se dirigeait vers la cathédrale Sainte-Sophie datant du XIe siÚcle pour assister à l'ouverture du concile.

Ce "concile de réunification", qui se réunit à huis clos, doit procéder à la création d'une Eglise ukrainienne indépendante et élire son primat.
Il rassemble essentiellement deux formations orthodoxes dissidentes, le Patriarcat de Kiev, autoproclamĂ© en 1992 et qui compte le plus grand nombre de fidĂšles, selon les sondages, ainsi que la minuscule Église dite autocĂ©phale.
La branche loyale au Patriarcat de Moscou, qui a perdu une partie de ses fidÚles mais possÚde toujours le plus grand nombre de paroisses, a rejeté le concile "illégal" et interdit à son clergé d'y participer.
Plusieurs de ses Ă©vĂȘques et prĂȘtres se sont pourtant joints au rassemblement, a affirmĂ© dans un communiquĂ© le Patriarcat de Kiev. "J'ai vu deux de nos Ă©vĂȘques sur des photos" du concile, a confirmĂ© Ă  l'AFP l'archevĂȘque Kliment, porte-parole de la branche loyale Ă  Moscou.

Ce rassemblement doit permettre de mettre en oeuvre la dĂ©cision historique du Patriarcat de Constantinople, figure d'autoritĂ© dans le monde orthodoxe, qui a donnĂ© l'autorisation en octobre Ă  l'Ukraine de disposer de sa propre Église, aprĂšs 332 annĂ©es de tutelle spirituelle de son puissant voisin.
Cette dĂ©cision a suscitĂ© l'ire de l'Église russe, qui a dĂ©noncĂ© un "schisme" et rompu ses liens avec Constantinople.
Pour les autorités prooccidentales ukrainiennes l'indépendance de l'Eglise orthodoxe, largement majoritaire dans ce pays, est une "question de sécurité nationale", dans le contexte d'une crise sans précédent entre Kiev et Moscou.
Les relations entre ces deux ex-républiques soviétiques sont au plus bas depuis l'arrivée au pouvoir d'autorités prooccidentales en Ukraine en février 2014.
Un mois plus tard, la Russie a annexĂ© la pĂ©ninsule ukrainienne de CrimĂ©e. En avril de la mĂȘme annĂ©e, une guerre entre sĂ©paratistes prorusses et forces gouvernementales a Ă©clatĂ© dans l'est de l'Ukraine faisant depuis plus de 10.000 morts.

Crainte de provocations

Fin novembre, la situation s'est encore dégradée d'un cran lorsque la Russie a intercepté manu militari trois navires de guerre ukrainiens au large de la Crimée, premiÚre confrontation militaire ouverte entre ces deux voisins.
Cette semaine, les services de sécurité ukrainiens (SBU) ont dit craindre des "provocations" de la Russie durant le concile.

Dans ce contexte, les autoritĂ©s ont dĂ©ployĂ© plus de 4.000 policiers et membres de la Garde nationale Ă  Kiev, notamment autour de la place Sainte-Sophie oĂč se tenait le rassemblement en soutien de concile.
"C'est un événement trÚs important pour moi, notre peuple l'attendait depuis longtemps", a pour sa part déclaré à l'AFP un des manifestants, Mykhaïlo Khalepyk venu dans la capitale depuis la région de Kherson (sud).
"Notre Eglise doit ĂȘtre enfin indĂ©pendante de Moscou", a poursuivi cet homme de 65 ans. Comme beaucoup d'autres participant au rassemblement, il avait un ruban jaune et bleu, couleurs du drapeau ukrainien, autour du bras.

Plusieurs manifestants ont indiqué à l'AFP avoir été transportés à Kiev depuis la province gratuitement en bus pour cette manifestation aprÚs avoir répondu à une annonce d'invitation postée dans leur église.
L'Eglise dépendante de Moscou accuse Kiev de faire pression sur son clergé pour le forcer à se rallier à la nouvelle formation, alors que la police a récemment perquisitionné plusieurs églises du Patriarcat de Moscou.

Le patriarche orthodoxe russe Kirill a dénoncé les "persécutions" contre le clergé et les Ukrainiens restés sous la tutelle de Moscou, dans une lettre adressée au pape et à l'ONU, mais aussi au président français Emmanuel Macron et à la chanceliÚre allemande Angela Merkel.Les autorités ukrainiennes se sont voulues rassurantes, assurant que chaque paroisse sera libre de choisir de rejoindre ou non la nouvelle Eglise indépendante et disant vouloir à tout prix éviter une "guerre religieuse" dans le pays.

AFP

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