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Lula, un géant de la gauche aux pieds d'argile

  • PubliĂ© le 10 mai 2017 Ă  11:12
L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010) lors d'un discours à Brasilia, le 24 avril 2017

Luiz Inacio Lula da Silva, ouvrier métallurgiste devenu le président le plus populaire de l'histoire du Brésil (2003-2010), est à l'épicentre d'un séisme politico-judiciaire majeur qui pourrait bien ruiner ses ambitions de retour au pouvoir.


VisĂ© par cinq procĂ©dures judiciaires, Lula, 71 ans, est citĂ© Ă  comparaĂźtre mercredi devant Sergio Moro, juge emblĂ©matique de l'enquĂȘte "Lavage Express" qui Ă©clabousse une grande partie de la classe politique brĂ©silienne. Le face-Ă -face s'annonce explosif et promet de mobiliser des centaines de ses partisans, malgrĂ© le report d'une semaine qui empĂȘche les syndicats de mener une action de front avec les cĂ©lĂ©brations du 1er mai.

En tĂȘte des intentions de vote pour l'Ă©lection prĂ©sidentielle de 2018 - mais suscitant aussi un niveau Ă©levĂ© de rejet -, l'icĂŽne de la gauche brĂ©silienne rĂ©pondra Ă  des accusations de corruption et blanchiment d'argent dans un volet du tentaculaire scandale Petrobras.
Les procureurs chargĂ©s de l'enquĂȘte l'accusent d'avoir Ă©tĂ© le "bĂ©nĂ©ficiaire direct" de largesses du groupe de BTP OAS, Ă  travers des avantages en nature, notamment un appartement en triplex dans la station balnĂ©aire de Guaruja (Etat de Sao Paulo, sud-est).

Quand il a quittĂ© le pouvoir, en janvier 2010, son taux de popularitĂ© de 80% avait permis l'Ă©lection de sa dauphine Dilma Rousseff, ex-guĂ©rillera torturĂ©e sous la dictature militaire, qui a fini par ĂȘtre destituĂ©e en 2016 pour maquillage des comptes publics. Sous la prĂ©sidence de ce tribun redoutable Ă  la voix rauque, portant une Ă©ternelle barbe blanchie par l'usure du pouvoir, 30 millions de BrĂ©siliens sont sortis de la misĂšre pour grossir les rangs de la classe moyenne.

- 'J'ai connu la faim' -

Premier chef de l'Etat brésilien issu de la classe ouvriÚre, il a mis en ?uvre d'ambitieux programmes sociaux. Cette success-story lui a conféré une stature internationale de premier plan, lui permettant de décrocher l'organisation des deux plus grands événements sportifs planétaires: le Mondial de football en 2014, et les jeux Olympiques, qui ont eu lieu en août à Rio de Janeiro (sud-est).

Rien ne prédisposait à un aussi fabuleux destin ce cadet d'une fratrie de huit enfants, né le 6 octobre 1945 dans une famille d'agriculteurs pauvres du Pernambouc (nord-est). Lula a sept ans lorsque sa famille émigre à Sao Paulo, dans le sud, pour échapper à la misÚre. "J'ai connu la faim, et quand on a connu la faim, on ne renonce jamais", a-t-il récemment rappelé.

Enfant, il cire des chaussures pour rapporter un peu d'argent à la maison. Ouvrier métallurgiste à 14 ans, il perd l'auriculaire gauche dans un accident du travail. A 21 ans, il entre au syndicat des métallurgistes et en devient le président en 1975. Il conduit les grandes grÚves de la fin des années 1970, en pleine dictature militaire (1964-1985). Lula se présente pour la premiÚre fois à l'élection présidentielle en 1989 et échoue de peu. AprÚs deux nouveaux échecs, en 1994 et 1998, la quatriÚme tentative sera la bonne, en octobre 2002. Il est réélu en 2006.

- 'Le serpent est vivant' -

"Je sais le nombre d'infamies et de prĂ©jugĂ©s que j'ai surmontĂ©s pour arriver oĂč je suis. Maintenant, mon seul objectif est de montrer que je suis plus compĂ©tent que beaucoup de gens qui ont gouvernĂ© ce pays", disait Lula avant sa réélection en 2006.
IdĂ©aliste mais pragmatique, il est passĂ© maĂźtre dans l'art de tisser des alliances parfois contre-nature ou de se dĂ©barrasser d'amis devenus gĂȘnants.

En 2005, il a décapité toute la direction du Parti des travailleurs (PT), impliquée dans un scandale d'achat de votes. Lui est passé à travers les gouttes. En octobre 2011, il a souffert d'un cancer du larynx dont il s'est rétabli.

Quand on l'attaque, il mord. "S'ils voulaient tuer le serpent, ils s'y sont mal pris, parce qu'ils n'ont pas frappĂ© sur la tĂȘte, ils ont frappĂ© sur la queue. Le serpent est bien vivant!", s'est-il exclamĂ© le 4 mars devant ses partisans, aprĂšs son humiliante interpellation dans le dossier Petrobras. Il y a trois mois, il a souffert un autre coup dur avec la mort de son Ă©pouse, Marisa Leticia Rocco, son premier soutien pendant 40 ans de lutte, qui ne sera pas avec lui alors qu'il risque la disgrĂące, voire la prison.

AFP

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