Plus de prévention contre le tabac et l'alcool, une plus grande participation au dépistage, moins de séquelles aprÚs la guérison... Emmanuel Macron dévoile jeudi les priorités de la lutte contre les cancers pour les prochaines années, avec un budget revu à la hausse.
"L'ambition c'est d'aller plus vite (...), sur la lancée de ce qui a été acquis par les plans précédents", tout en imprimant des "virages", assure-t-on à l'Elysée, alors que le cancer fait encore environ 150.000 morts par an en France, soit la premiÚre cause de décÚs chez les hommes et la deuxiÚme chez les femmes.
AprĂšs trois plans de lutte contre le cancer d'une durĂ©e de cinq ans, qui ont permis des "progrĂšs notables", c'est cette fois une "stratĂ©gie dĂ©cennale" qui sera annoncĂ©e, pour "donner de la visibilitĂ©" Ă tous les acteurs, explique la mĂȘme source.
Ce programme sera détaillé jeudi matin à l'occasion de la Journée mondiale contre le cancer, pendant les Rencontres annuelles de l'Institut du cancer (INCa), au cours desquelles une intervention vidéo du président de la République sera diffusée.
Dans le mĂȘme temps, Emmanuel Macron se rendra Ă l'Institut Gustave-Roussy, Ă Villejuif (Val-de-Marne), dans un service accueillant des enfants atteints de cancers et dans un laboratoire de recherche spĂ©cialisĂ© dans l'immunothĂ©rapie, l'une des voies de traitements les plus prometteuses.
La stratégie décennale, qui sera pilotée par l'INCa, comprendra quatre "axes prioritaires": améliorer la prévention, réduire les séquelles liées à la maladie, la lutte contre les cancers à "mauvais pronostic" et lutter contre les inégalités, notamment dans l'accÚs aux innovations.
Dans un premier temps, une "feuille de route", avec des actions concrÚtes, a été établie pour la période 2021-2025, avec un budget de 1,74 milliard d'euros de la part de l'Etat et de la Sécurité sociale.
- "Cancers évitables" -
Cette enveloppe représente "une augmentation de 20% par rapport au financement du plan antérieur", qui était doté d'environ 1,5 milliard d'euros, souligne l'Elysée.
En matiĂšre de prĂ©vention, le gouvernement et l'INCa ambitionnent de rĂ©duire de 60.000 par an d'ici 2040 le nombre des "cancers Ă©vitables", sur un total de 153.000 - on estime que 40% des cas de cancers pourraient ĂȘtre Ă©vitĂ©s, car attribuables Ă des facteurs de risques modifiables comme le tabac, l'alimentation, l'exposition aux UV ou encore la sĂ©dentaritĂ©.
Ils souhaitent aussi convaincre davantage de Français de participer aux trois dépistages organisés mis en place: pour le cancer du sein, le cancer colorectal et, récemment, le col de l'utérus. Objectif: "réaliser 1 million de dépistages en plus à l'horizon 2025", contre 9 millions chaque année aujourd'hui.
La marge de progression existe principalement pour le dépistage du cancer colorectal, avec seulement 30% de participation, tandis que des "travaux de recherche" sont menés pour envisager des dépistages sur d'autres cancers, comme celui du poumon.
Le plan souhaite par ailleurs limiter à un tiers la proportion de patients souffrant de séquelles cinq ans aprÚs leur diagnostic (chirurgies mutilantes, effets secondaires des médicaments, retards de développement chez les enfants...), contre deux tiers à l'heure actuelle.
Le dernier objectif consiste à "améliorer significativement" le taux de survie des cancers à mauvais pronostic, c'est-à -dire ceux dont le taux de survie à cinq ans est inférieur à 33%, tels que le cancer du pancréas, celui du poumon, certains cancers du sein dits "triple négatif" ou encore un cancer rare, le glioblastome du tronc cérébral de l'enfant.
Le 3e plan cancer, qui couvrait la période 2014-2019 et prolongé en 2020, "a permis des avancées majeures" dans la recherche, l'accÚs aux thérapies innovantes, la prise en charge des cancers pédiatriques ou encore la prévention du tabagisme, mais "manquait singuliÚrement d'ambition dans la lutte contre l'alcool", responsable de 16.000 décÚs par cancer par an, pointait le bilan d'évaluation dressé en octobre par l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l'IGESR (pour les ministÚres de l'Education, du Sport et de la Recherche).
L'objectif pour la période qui s'ouvre, "c'est vraiment la lutte contre l'alcoolisme et contre la dépendance", assure l'Elysée. "L'ensemble des leviers" seront mobilisés: la recherche, mais aussi la régulation de la publicité, la limitation de l'accessibilité aux mineurs ou encore le renforcement de l'information sur les risques liés à l'alcool, en particulier auprÚs du jeune public.
 AFP

