Trois jours aprÚs l'attentat contre le marché de Noël de Strasbourg, Emmanuel Macron s'est rendu vendredi au chevet de la ville endeuillée par l'attentat jihadiste de mardi alors que le bilan s'est alourdi avec un quatriÚme décÚs, un journaliste italien. Une victime est en état de mort cérébrale et onze autres sont blessées, certaines griÚvement.
Arrivé à 19H00 place Kléber, le coeur battant du centre historique, le chef de l'Etat a déposé une rose blanche devant le mémorial improvisé pour les victimes, avant de déambuler dans le centre-ville, dans une ambiance à la fois émue et bon enfant.
Emmanuel Macron s'est recueilli devant ce mémorial érigé sur le socle de la statue du général Kléber, alors que des détachements de militaires entonnaient une Marseillaise a capella, rejoints par la foule. Des centaines de bougies, fleurs et petits mots ont été déposés là depuis mercredi.
A son arrivĂ©e Ă l'aĂ©roport de Strasbourg, le chef de l?Ătat avait rencontrĂ© pendant plus d'une demi-heure quelques membres des forces de l'ordre intervenus en premiĂšre ligne pour tenter d'arrĂȘter l'Ă©quipĂ©e meurtriĂšre de ChĂ©rif Chekatt, le dĂ©linquant multirĂ©cidiviste devenu jihadiste, tuĂ© jeudi soir au terme d'une chasse Ă l'homme de 48 heures.
AprÚs son étape sur la place Kléber, Emmanuel Macron a flùné entre les chalets du marché de Noël, fermé depuis l'attentat et qui avait rouvert à 11H00.
Au détour d'une allée, une image restera comme un symbole, quand le président Macron a longuement consolé un enfant en pleurs.
"C'est la nation toute entiÚre qui est aux cÎtés des Strasbourgeois. C'est ce que je voulais leur dire ce soir", a-t-il lancé devant les micros.
Un peu plus tĂŽt, Rome avait annoncĂ© la mort d'Antonio Megalizzi, journaliste italien de 28 ans originaire de Trente (nord-est). Le jeune homme, qui couvrait une session du Parlement europĂ©en Ă Strasbourg a Ă©tĂ© touchĂ© Ă la tĂȘte et Ă©tait inopĂ©rable.
"Risque attentat"
Signe d'un retour progressif à une situation sécuritaire un peu moins tendue, le plan Vigipirate a été ramené vendredi soir au niveau "Risque attentat", aprÚs avoir été porté à son plus haut niveau, "Urgence attentat", aprÚs la fusillade de Strasbourg.
La métropole alsacienne continuait vendredi de panser ses plaies, comme lors des obsÚques d'un garagiste afghan venu en France pour échapper à la violence dans son pays et tombé sous les balles de Chérif Chekatt.
"Le meilleur des ĂȘtres humains", a affirmĂ© l'imam, n'est pas "celui qui est le plus utile pour les musulmans, pour les juifs, les chrĂ©tiens ou les athĂ©es, mais pour toute l'humanitĂ©".
Venu à Strasbourg, le procureur de Paris Rémy Heitz a indiqué vendredi que deux autres personnes de l'entourage de l'assaillant avaient été placées en garde à vue, portant à sept le nombre de gardes à vue.
"L'enquĂȘte va dĂ©sormais se poursuivre pour identifier d'Ă©ventuels complices ou coauteurs susceptibles de l'avoir aidĂ© ou encouragĂ© dans la prĂ©paration de son passage Ă l'acte", a-t-il ajoutĂ©.
Chekatt a Ă©tĂ© tuĂ© jeudi vers 21H00 par des policiers au pied d'un immeuble du quartier du Neudorf, lĂ mĂȘme oĂč sa trace s'Ă©tait perdue aprĂšs l'attentat.
"C'est une patrouille de police qui a remarqué à 21H00, marchant rue du Lazaret, un homme, un individu, dont le signalement pouvait correspondre à l'auteur des faits", a rapporté Rémy Heitz.
"Totalement opportuniste"
Ces policiers ont raconté vendredi au chef de l'Etat la séquence brutale.
L'un d'eux a expliquĂ© comment, aprĂšs avoir repĂ©rĂ© "un individu louche, qui portait la mĂȘme veste" que ChĂ©rif Chekkat dans le signalement, sa patrouille s'est arrĂȘtĂ©e Ă sa hauteur avant d'ouvrir la portiĂšre de son vĂ©hicule jeudi soir.
"On l'a mis en joue avec nos armes. Il avait la main gauche dans sa poche. J'ai dit +sortez vos mains des poches+ et il a tirĂ© une balle qui s'est logĂ©e dans le Berlingo, derriĂšre ma tĂȘte", a-t-il expliquĂ© au prĂ©sident : "On a tirĂ© jusqu'Ă ce qu'il soit immobile face au sol, cela s'est fait trĂšs vite".
L'homme "faisait partie des soldats" du groupe Ătat islamique, a affirmĂ© Amaq, son mĂ©dia de propagande. Une revendication "totalement opportuniste", a estimĂ© vendredi le ministre de l'IntĂ©rieur.
La police à Strasbourg a reçu quelque 800 appels aprÚs la diffusion mercredi soir d'un appel à témoins.
Selon une source proche de l'enquĂȘte, une femme avait vu jeudi aprĂšs-midi un homme ressemblant au fugitif, blessĂ© au bras. Des traces de sang et des images vidĂ©o ont permis aux policiers d'acquĂ©rir la certitude qu'il s'agissait bien de lui.
Mardi soir, peu avant 20H00, il était entré dans le centre historique de la ville et avait ouvert le feu à plusieurs reprises sur les passants, en blessant d'autres à coups de couteau. Des témoins l'avaient entendu crier "Allah Akbar".
Il avait ensuite échangé des tirs avec les forces de l'ordre et avait été blessé à un bras, avant de réussir à s'enfuir à bord d'un taxi, à qui il avait raconté ce qu'il venait de faire.
NĂ© Ă Strasbourg, ChĂ©rif Chekatt avait Ă©tĂ© condamnĂ© 27 fois en France, en Allemagne et en Suisse et Ă©tait fichĂ© "S" ("sĂ»retĂ© de l'Ătat") pour sa radicalisation islamiste.
Lors de ses séjours en prison, il avait été repéré pour son prosélytisme "parfois agressif". Il était suivi par les services de renseignements intérieurs depuis sa sortie de prison, sans que des velléités de passage à l'acte ne soient détectées.
Le jour de l'attaque, il devait ĂȘtre interpellĂ© par les gendarmes dans le cadre d'une enquĂȘte de droit commun.
AFP

