Législatives anticipées

Macron cible la gauche et brouille les pistes

  • PubliĂ© le 19 juin 2024 Ă  15:54
  • ActualisĂ© le 30 juin 2024 Ă  10:02
L'image du prĂ©sident Emmanuel Macron se reflĂšte dans des lunettes, Ă  l'Île-de-Sein, en FinistĂšre, le 18 juin 2024

Toujours en premiĂšre ligne, Emmanuel Macron pilonne ses adversaires aux Ă©lections lĂ©gislatives en rĂ©servant ses coups les plus durs Ă  l'alliance de gauche, au risque d'agacer son propre camp et de brouiller les pistes sur l'union des modĂ©rĂ©s qu'il appelle de ses vƓux.

Les appels de son camp à rester en retrait n'y ont rien fait, pas plus que la défiance d'une bonne partie de ses troupes: le chef de l'Etat continue d'alimenter la campagne de ses propos, qui allument autant de polémiques nouvelles.

Mardi, en marge des célébrations du 84e anniversaire de l'appel du 18-Juin sur l'ßle de Sein, dans le FinistÚre, il s'en est pris au programme du Nouveau Front populaire, qualifié de "totalement immigrationniste". "Ils proposent d'abolir toutes les lois qui permettent de contrÎler l'immigration", a-t-il taclé.

Dans la foulée, nouvelle attaque contre une gauche qui propose "des choses complÚtement ubuesques comme aller changer de sexe en mairie". Une allusion à un passage du programme du Nouveau Front populaire qui propose d'"autoriser le changement d'état civil libre et gratuit devant un officier d'état civil" pour les personnes transgenres.

Les propos d'Emmanuel Macron ont aussitÎt été condamnés par la gauche, tout comme par des associations LGBT+, "atterrées" par ce "glissement dangereux" dans un contexte de "transphobie".

Dans son propre camp, l'ex-ministre ClĂ©ment Beaune, candidat Ă  sa réélection dans une bataille serrĂ©e Ă  Paris, a semblĂ© prendre ses distances. "Pour les personnes trans, pour les personnes LGBT, pour toutes et tous
 nous devons rejeter toute stigmatisation dans le discours politique et faire avancer les droits", a-t-il dit sur le rĂ©seau X.

Autant de critiques qui ont poussé l'Elysée à monter au créneau, pour défendre son "bilan de progrÚs sur les questions sociétales", mais aussi sa position controversée, jugeant que le "changement de sexe" était une question complexe nécessitant un "accompagnement".

S'il s'en prend aux "extrĂȘmes" de part et d'autre de l'Ă©chiquier politique, le chef de l'Etat donne le sentiment de cibler avec plus d'entrain la coalition qui va de La France insoumise au Parti socialiste -- et qui a mĂȘme rĂ©ussi Ă  attirer son ex-ministre AurĂ©lien Rousseau.

Il épingle certes le programme du Rassemblement national, qu'il juge "déraisonnable financiÚrement et dans son rapport à la politique". Mais il redouble de coups contre celui de l'union de la gauche.

- "Matraquage fiscal" -

"Ce n'est pas un programme social-démocrate", ça "coûte des centaines de milliards d'euros", a lancé mardi Emmanuel Macron à quelques journalistes, avant de fustiger les responsables socialistes qui vont "à la gamelle" pour sauver leurs siÚges.

Il avait pourtant dit il y a une semaine, dans sa conférence de presse, vouloir tendre la main aux modérés des deux camps. Avec des appels du pied appuyés aux sociaux-démocrates, qu'il n'a de cesse aujourd'hui de matraquer.

Jusqu'à l'ex-président François Hollande, dont il fut le collaborateur puis le ministre de l'Economie. "C'est normal qu'il soit à l'aise avec le programme du Nouveau Front populaire, lui qui a été le chantre du matraquage fiscal pendant son quinquennat", cingle-t-on dans l'entourage présidentiel.

"Macron concentre ses attaques sur la gauche car c'est lĂ  qu'il peut espĂ©rer encore rĂ©cupĂ©rer des voix", estime une conseillĂšre ministĂ©rielle. "En dĂ©crĂ©dibilisant le programme et en montrant qu'il est complĂštement dingo, il peut tenter de toucher les orphelins de RaphaĂ«l Glucksmann", la tĂȘte de liste des socialistes qui a fait prĂšs de 14% aux europĂ©ennes.

MĂȘme s'il a officiellement laissĂ© Ă  Gabriel Attal la conduite de la campagne, le chef de l'Etat semble dĂ©cidĂ© Ă  continuer Ă  donner le ton, malgrĂ© le rejet qu'il suscite chez de nombreux Ă©lecteurs. Mardi, il a aussi dĂ©jeunĂ© avec des journalistes de la presse quotidienne rĂ©gionale.

Pour les stratĂšges de l'ElysĂ©e, il y avait urgence Ă  reprendre la main sur l'explication de la dissolution surprise de l'AssemblĂ©e nationale, annoncĂ©e au soir de la dĂ©faite de son camp aux europĂ©ennes face Ă  l'extrĂȘme droite.

L'entourage du président le reconnaßt mezzo voce: dans le récit du lendemain, qui compte énormément dans des élections comme celle-ci, c'est l'amertume et l'incompréhension du camp macroniste, jusqu'au Premier ministre, qui ont été retenues. Au risque de teinter toute la campagne.

AFP

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