Professeurs des écoles : la passion du métier résiste malgré des conditions de travail qui se dégradent

  • Publié le 14 août 2026 à 03:00
salle de classe

Transmettre des savoirs, gérer les conflits, accompagner des élèves en situation de handicap, rassurer des familles, remplir des dossiers administratifs… Pour de nombreux professeurs des écoles, le métier a beaucoup évolué ces dernières années. Entre multiplication des missions, manque de moyens humains et perte de sens, des enseignant.es réunionnais.es témoignent d’un quotidien de plus en plus difficile. Un constat partagé par le syndicat FSU Éducation. (Photo d'illustration Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)

Pendant longtemps, l'image du métier de professeur des écoles n'a pas bougé : celle d’un emploi stable, rythmé par les vacances scolaires et centré sur la transmission des savoirs. Une représentation que les enseignant.e.s interrogé.e.s jugent aujourd’hui bien éloignée de leur réalité.

En classe, ils ne sont plus seulement chargés d’enseigner le français ou les mathématiques. "Le métier de professeur des écoles est devenu très exigeant. Nous devons transmettre les apprentissages fondamentaux, mais aussi répondre à des besoins de plus en plus variés, accompagner les élèves dans de nombreuses difficultés et faire face à des situations parfois très complexes, sans toujours disposer de suffisamment de temps ou de moyens", résume Cassandra*, enseignante en maternelle dans une commune du nord.

- "Nous portons plusieurs casquettes"-

Toutes les enseignantes interrogées dressent le même constat : leur métier ne se limite plus à enseigner. Pour Célia*, directrice et enseignante en maternelle, les attentes envers les professeurs ont profondément changé. "Au-delà du fait d’enseigner, nous sommes également assistante sociale, infirmière, juge, psychologue et plein d’autres métiers... Aujourd’hui, l’Éducation nationale attend des enseignants qu’ils endossent plusieurs casquettes".

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Même constat pour Clara, professeure des écoles dans le nord de l’île : "Aujourd’hui, nous sommes bien plus que des enseignants. Nous sommes aussi des personnes de confiance, parfois des confidentes. Avant de pouvoir enseigner, il faut parfois rassurer un élève, l’écouter ou l’aider à retrouver un climat propice aux apprentissages".

Pour Cassandra*, cette évolution est également liée aux réalités sociales auxquelles sont confrontés les élèves. "Nous pouvons être confrontés à la colère de parents, à la détresse d’un enfant ou d’une famille, et parfois à des événements tragiques. Ce sont des dimensions du métier dont on parle peu".

- À La Réunion, les enseignants confrontés à des situations complexes -

Au fil des années, les profils des élèves ont évolué, expliquent les enseignantes. Les classes accueillent davantage d’enfants présentant des troubles des apprentissages, des situations de handicap ou des difficultés familiales.

"On doit s’adapter à des profils d’élèves dont on ne pensait jamais avoir dans nos classes, parfois avec de très lourds troubles physiques, psychologiques ou psychiatriques… et en face, comme adulte, il n’y a parfois que nous", raconte Célia*.

L’inclusion scolaire est unanimement saluée, mais les moyens ne suivent pas toujours. "On a le devoir d’accueillir tous les enfants, même ceux présentant de très lourds handicaps, parfois sans AESH. L’inclusion est une très belle idée, mais il faut qu’elle puisse être réalisée dans de bonnes conditions".

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Pour Cassandra*, cette réalité génère une charge de travail souvent invisible : "Il faut adapter les apprentissages, assurer le lien avec les familles et les différents professionnels, participer aux réunions… Il y a les dossiers MDPH, les GEVA-Sco (Guide d'évaluation des besoins de compensation en matière de scolarisation, ndlr), les bilans et tout le travail de coordination qui reste souvent invisible pour les familles".

- Des parents plus présents… ou parfois plus absents - 

Les relations avec les familles ont elles aussi évolué. Si la majorité des échanges restent constructifs, plusieurs enseignantes évoquent une remise en question plus fréquente de leur travail, mais aussi une forme de transfert de certaines responsabilités éducatives vers l’école.

Célia* cite l’exemple de l’apprentissage de la propreté en maternelle. "Depuis que la propreté n’est plus une condition obligatoire pour entrer en petite section, certains parents estiment que c’est désormais à l’école d’apprendre à leur enfant à aller aux toilettes. Or, c’est un apprentissage qui doit être réalisé à la maison puis consolidé à l’école". Elle estime que certaines familles délèguent aujourd’hui davantage de missions à l’institution scolaire. 

Clara observe, elle aussi, une évolution des rapports avec les parents. "Les parents attendent davantage de communication et d’explications, ce qui est normal. En revanche, il arrive parfois que le travail de l’enseignant soit davantage remis en question qu’auparavant".

- Une perte de sens dénoncée par les syndicats - 

Pour Antoine Laurenti, co-secrétaire départemental de la FSU Éducation, les témoignages des enseignants rejoignent les remontées du terrain. "Les enseignants nous parlent de plus en plus d’épuisement. Même le rectorat reçoit davantage de retours négatifs. Beaucoup évoquent une perte de sens du métier".

Selon lui, les missions administratives prennent progressivement le pas sur l’enseignement : "Du point de vue de l’administration, l’enseignement passe au second plan. Toutes les missions qui se sont rajoutées sont devenues prioritaires : le suivi des élèves, les réunions, les évaluations…"

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Le représentant syndical pointe également un décalage entre les ambitions affichées par l’Éducation nationale et les moyens réellement accordés. "L’école inclusive est une très bonne chose, mais il y a zéro moyen", assure Antoine Laurenti. "L’administration prend des décisions, ne donne pas les moyens et, lorsque les enseignants n’y arrivent pas, elle leur reproche ensuite de ne pas faire leur travail". À cela s’ajoutent, selon lui, des réformes successives qui alimentent un sentiment d’instabilité. "Le système a de plus en plus d’exigences mais donne de moins en moins de moyens. Ce qui donnait du sens au métier devient secondaire".

- Une passion pour l'enseignement qui résiste -

Malgré ces difficultés, aucune des enseignantes interrogées ne dit vouloir quitter son métier. Toutes évoquent le plaisir de voir les élèves progresser comme principale source de motivation.

"Les voir prendre confiance, réussir quelque chose qu’ils pensaient impossible, c’est une immense satisfaction", confie Clara. "Ce qui me donne envie de continuer, ce sont les élèves", confie Cassandra*. "Les voir progresser et gagner en confiance : c’est cela qui donne du sens au métier.”

Pour Célia*, enseigner reste avant tout une vocation. "Je recommanderais ce métier à 100 %, mais il faut être prêt à ne pas seulement enseigner. C’est un métier passion, pas un métier que l’on fait uniquement pour un salaire".

Du côté de la FSU, Antoine Laurenti se montre plus nuancé : "Si c’est sa passion, je lui dirais : attention, vous risquez d’être déçu. On ne fait plus le métier que l’on croit faire".

Sollicité, le rectorat de La Réunion n’a pas répondu à nos sollicitations.

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vg / www.imazpress.com / [email protected]

(* prénom d'emprunt)

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