"Gilets jaunes"

Macron et Philippe en mission pour éviter un acte V

  • PubliĂ© le 11 dĂ©cembre 2018 Ă  08:44
  • ActualisĂ© le 11 dĂ©cembre 2018 Ă  09:12
Le Premier ministre Edouard Philippe (à gauche) et le président Emmanuel Macron, le 11 novembre 2018 à Paris

L'exécutif va tenter mardi de convaincre que les annonces faites la veille par Emmanuel Macron répondent aux demandes des "gilets jaunes", nombreux à se déclarer déçus et à vouloir poursuivre leur mobilisation.

La parole sera donnée au Premier ministre Edouard Philippe, appelé à détailler devant les députés les mesures rapidement dévoilées par le chef de l'Etat dans son "adresse à la Nation" télévisée.

Le pouvoir attend aussi d'Ă©tudier les mouvements de l'opinion, jugĂ©s cruciaux pour la poursuite de la crise, en l'absence d'organisation structurĂ©e des "gilets jaunes", un mouvement protĂ©iforme et extrĂȘmement dĂ©centralisĂ©.
Juste aprÚs le discours, de nombreux protestataires ont annoncé leur détermination à poursuivre les blocages, notamment de rond-points, et ont appelé à un "acte V" de la mobilisation, samedi dans toute la France.
L'Etat cherche à prévenir de nouveaux graves débordements, comme celles des deux derniers week-ends, et Emmanuel Macron a averti que les "violences inadmissibles (...) ne bénéficieront d'aucune indulgence".
Devant l'Assemblée nationale, Edouard Philippe devrait fixer les contours des principales mesures sociales énumérées par le chef de l'Etat: augmentation de 100 euros des salaires au niveau du Smic, exemption de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2.000 euros par mois ou heures sup payées "sans impÎts ni charges".

De nombreuses inconnues demeurent sur leur mise en application: qui est concerné ? A partir de quand ? Avec quels financements ?
"C'est le rÎle du président de la République de fixer un cap et c'est le rÎle du gouvernement de le mettre en oeuvre", a expliqué lundi soir Olivier Dussopt, le secrétaire d'Etat auprÚs du ministre des Comptes publics.

De son cÎté, Emmanuel Macron recevra mardi aprÚs-midi des représentants du secteur bancaire puis le lendemain aprÚs-midi les grandes entreprises, pour leur demander de "participer à l'effort collectif" sans doute à travers des mesures fiscales.
Les mesures dévoilées lundi coûteront "entre 8 et 10 milliards, nous sommes en train de le préciser, de voir aussi comment nous allons le financer", a ajouté M. Dussopt sur BFMTV.

"Clé sous la porte"

"Beaucoup d'annonces semblent objectivement bricolĂ©es", a commentĂ© Philippe Moreau-Chevrolet, expert en communication politique. "AprĂšs 4 semaines de combat, les +gilets jaunes+ se sont installĂ©s dans le paysage politique. Peut-ĂȘtre durablement. Ce retard dans la rĂ©action est une faute politique majeure".
Ce discours de 13 minutes, prononcé à l'Elysée, était présenté comme décisif pour le président, sur sa capacité à relancer son quinquennat en surmontant la crise politique la plus grave depuis son arrivée au pouvoir.

Il a visiblement voulu donner des gages sociaux sans effrayer le monde économique, alors que la crise va faire perdre 0,1 point de croissance à la France au 4e trimestre, selon le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. La Banque de France a ramené à 0,2% contre 0,4% précédemment, sa prévision de croissance pour le dernier trimestre.
D'oĂč des annonces qui ne pĂšsent ni sur les plus fortunĂ©s ni sur les entreprises. La mesure phare, la hausse pour les salariĂ©s au Smic, sera financĂ©e par une prime d'activitĂ© versĂ©e par l'Etat.
C'est également l'Etat qui paiera l'exonération de la hausse de CSG pour les retraites inférieures à 2000 euros et la défiscalisation des heures supplémentaires. Quand à la prime de fin d'année, les entreprises sont appelées à la verser mais sur une base volontaire.

Les premiÚre réactions syndicales étaient d'ailleurs trÚs critiques. Pour la CGT, Emmanuel Macron "n'a rien compris de la colÚre qui s'exprime". L'UNSA a regretté que rien ne soit prévu pour les fonctionnaires, souvent proches du Smic. Le patron de la CFDT, Laurent Berger, avait souhaité plus tÎt dans la journée une prime "obligatoire".
Chez les "gilets jaunes", pour beaucoup trÚs déçus par les 100 euros promis aux smicards, l'accueil était mitigé,

avec des dissensions qui semblaient se renforcer entre les modérés et les radicaux.
Parmi les premiers, la Bretonne Jacline Mouraud a appelĂ© lundi soir Ă  "une trĂȘve" en saluant "des avancĂ©es, une porte ouverte" du pouvoir. "On a une Ă©conomie qui s'effondre, des commerçants prĂȘts Ă  mettre la clĂ© sous la porte, on ne peut pas se rendre responsables d'une multitude de dĂ©pĂŽts de bilan", a-t-elle plaidĂ©.
Mais sur de nombreux points de rassemblement, comme Ă  Aubagne (Bouches-du-Rhone) ou au Puy-en-Velay, les "gilets jaunes" se sont dĂ©clarĂ©s "insatisfaits" du discours d'Emmanuel Macron. "On va continuer Ă  se battre, on n'est pas prĂȘt de partir", a assurĂ© l'un de leurs reprĂ©sentants.
Le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a également apporté son soutien à un acte V de la mobilisation samedi.

AFP

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