Art martial

Maholo Terajima, l'enfant franco-japonais qui entre dans l'histoire du kabuki

  • PubliĂ© le 14 mai 2023 Ă  06:09
Maholo Terajima est le premier acteur binational de kabuki officiellement reconnu par cet art traditionnel japonais, ici en répétition au théùtre Kabukiza de Tokyo le 1er mai 2023

Comme la plupart des garçons de son ùge au Japon, Maholo Terajima aime le baseball et les jeux vidéo. Mais en tant qu'acteur de kabuki, son emploi du temps comporte aussi des combats au sabre et de la danse à l'éventail.

L'enfant franco-japonais de dix ans a fait ses débuts officiels cette semaine sous son nouveau nom de scÚne, Onoe Maholo, au Kabukiza, le coeur tokyoïte de ce théùtre japonais traditionnel aux acteurs exclusivement masculins.

"C'est une pratique difficile", confie le garçon à l'AFP, avouant qu'il est parfois jaloux de ses camarades d'école dispensés de tels efforts.

"Il ne faut pas que me trompe dans la chorĂ©graphie ou les paroles, ou que j'oublie des mouvements pour une scĂšne de combat", explique-t-il. C'est "dur" d'ĂȘtre Ă  la fois acteur de kabuki et Ă©colier, "mais je vais le faire", promet-il.

Les enfants acteurs sont une pratique courante au kabuki: neuf autres garçons de moins de 12 ans participent aussi à des représentations du genre actuellement.

Mais Maholo fait doublement exception: d'une part parce qu'il ne suit pas une lignée paternelle de comédiens de kabuki, et d'autre part en tant que premier acteur binational officiellement reconnu dans cet art.

L'acteur de kabuki Ichimura Uzaemon XV (1874-1945), adopté enfant par une famille du milieu, avait probablement un pÚre franco-américain, mais ses origines métissées avaient été soigneusement tues.

- "Marquer l'histoire" -

"J'exagĂšre peut-ĂȘtre, mais (Maholo) est en train de marquer l'histoire", estime sa mĂšre Shinobu Terajima, fille du cĂ©lĂšbre acteur de kabuki Onoe Kikugoro VII, distinguĂ© par le gouvernement japonais du prestigieux statut de "trĂ©sor national vivant".

Shinobu Terajima est elle-mĂȘme une actrice de théùtre, de tĂ©lĂ©vision et de cinĂ©ma, mais en tant que femme elle n'a jamais pu interprĂ©ter un personnage de kabuki.

Cette forme épique du théùtre japonais apparue au début du 17Úme siÚcle se caractérise par les costumes chamarrés, les lourdes perruques et le maquillage abondant de ses acteurs qui chantent, jouent de la musique et dansent des ballets millimétrés au milieu de riches décors.

Des femmes jouaient aussi au kabuki à l'origine. Mais trÚs vite, les autorités japonaises qui se piquaient de moralité n'ont toléré que des acteurs masculins, et cette norme est restée.

D'habitude les acteurs du milieu "grandissent en observant leurs pĂšres, en pensant qu'ils sont cools et en voulant devenir comme eux", ajoute Mme Terajima.

Elle a néanmoins su transmettre la passion du kabuki à son fils en lui faisant découvrir ce monde trÚs tÎt. A deux ans déjà, Maholo était ravi de passer des heures au Kabukiza, selon elle. Et il est monté sur les planches dÚs l'ùge de quatre ans.

- "Esprit ouvert" -

Maholo tient le rÎle principal de la piÚce présentée au Kabukiza, celui d'un jeune guerrier initialement travesti en fille qui va ensuite affronter un féroce babouin. Son grand-pÚre et d'autres membres de sa famille jouent aussi dans le spectacle qui sera joué tout le mois de mai.

Ses parents souhaitent toutefois qu'il ait une enfance la plus normale possible, et qu'il soit libre de choisir sa voie une fois adulte.
"Je le soutiendrai s'il veut devenir chauffeur de taxi", assure son pÚre Laurent Ghnassia, un directeur artistique français qui avant sa rencontre et son mariage avec Shinobu Terajima ignorait tout du kabuki.

Les gens ayant une double culture ne sont pas toujours bien accueillis dans la société nippone. Mais dans le kabuki, en dépit des traditions et de l'image conservatrice de cet art, les gens ont "l'esprit ouvert parce que ce sont des artistes avant tout", estime M. Ghnassia.

Et Maholo Terajima est déjà érigé en symbole des liens artistiques féconds entre la France et le Japon. Le rideau de scÚne spécialement créé pour les débuts de sa carriÚre officielle a ainsi été conçu par l'artiste français Xavier Veilhan avec la maison de broderie Montex, qui fait partie du groupe des Métiers d'art de Chanel.

AFP

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