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Manchots d'Antarctique recherchent crevettes

  • PubliĂ© le 8 avril 2016 Ă  13:10
Un manchot papou sur l'Ăźle de Petermann dans l'Antarctique, le 2 mars 2016

Une armée de manchots affamés se dandine sur la glace de l'Antarctique avant de plonger dans l'eau froide.

Mais le krill, petites crevettes dont ils raffolent, est moins abondant qu'auparavant, en raison de la pĂȘche et du changement climatique.
Pilier de l'Ă©cosystĂšme antarctique, le krill est un aliment de base pour les manchots, baleines et phoques. Selon les scientifiques, il commence Ă  se faire un peu plus rare dans la pĂ©ninsule occidentale de l'Antarctique, mĂȘme si la tendance n'est pas encore confirmĂ©e pour l'ensemble du continent.
"Le krill est le mets incontournable de l'Antarctique, c'est une espÚce clé pour tout le monde", assure Ron Naveen, qui dirige un groupe américain de recherche sur l'Antarctique, Oceanites, alors que derriÚre lui des manchots font entendre leur voix.
Ces crevettes translucides ont absolument besoin de la glace qui les protÚge et leur apporte les algues nécessaires à leur alimentation et leur croissance. Or celle-ci est de plus en plus fine, notent les défenseurs de l'environnement, en raison du réchauffement de la péninsule occidentale de l'Antarctique.
"L'effet combinĂ© de la hausse des tempĂ©ratures, d'une aciditĂ© plus forte de l'ocĂ©an et (...) des activitĂ©s de pĂȘche va crĂ©er une pression sur les populations de prĂ©dateurs qui se nourrissent surtout de krill", estime Steven Chown, biologiste de l'universitĂ© australienne Monash.
- La pĂȘche en partie responsable -
Sur les glaciers bleus du continent gelé, des phoques à fourrure marron crient et se bousculent, et des baleines à bosse s'élancent au-dessus des flots, un spectacle magique pour les dizaines de touristes participant à une luxueuse excursion.
Au milieu des hordes de manchots papous, on aperçoit de temps à autre un manchot Adélie, les yeux cerclés de blanc, ou un manchot à jugulaire, qui doit son nom à la ligne noire visible sur sa gorge.
Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le manchot AdĂ©lie et le krill font partie des espĂšces menacĂ©es par le changement climatique. Et "il se peut que la pĂȘche du krill soit pratiquĂ©e trop prĂšs des zones de reproduction des colonies de manchots" et de celles "oĂč les manchots se nourrissent", observe Ron Naveen.
Environ 300.000 tonnes de krill sont pĂȘchĂ©es chaque annĂ©e, selon l'UICN. Le krill est ensuite transformĂ© en nourriture pour poissons d'Ă©levage ou intĂ©grĂ© Ă  des gĂ©lules d'Omega 3, un complĂ©ment alimentaire qui aide notamment en cas d'articulations douloureuses.
Les pĂȘcheurs se dĂ©fendent de mettre en danger cette espĂšce: le krill pĂȘchĂ© ne reprĂ©sente que 0,5% des 60 millions de tonnes avalĂ©es chaque annĂ©e par les espĂšces marines de l'Antarctique, argue Cilia Indahl, responsable de la branche dĂ©veloppement durable du groupe norvĂ©gien de pĂȘche Aker BioMarine.
Pour limiter la nuisance environnementale, l'entreprise explique faire avancer au ralenti ses navires, Ă©quipĂ©s de filets spĂ©ciaux afin d'Ă©viter de blesser ou d'attraper d'autres espĂšces. "Nous faisons aussi attention aux zones oĂč nous pĂȘchons, pour ĂȘtre le moins possible lĂ  oĂč se nourrissent d'autres animaux comme les manchots et les baleines", explique Mme Indahl.
- La Chine, la Russie et les autres -
La pĂȘche en Antarctique fait l'objet d'une surveillance spĂ©ciale par la Commission pour la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR), dont les pays membres (24 plus l'Union europĂ©enne) doivent s'accorder sur des questions sensibles comme les quotas et les zones interdites.
Certains pays ont proposĂ© d'instaurer une grande zone protĂ©gĂ©e dans la mer de Ross, un endroit reculĂ© et vierge abritant des espĂšces rares. La Chine a dit oui mais la Russie, autre grande puissance de la pĂȘche, refuse, au grand dam des dĂ©fenseurs de l'environnement.
Selon le ministÚre chinois des Affaires étrangÚres, la Chine a donné son feu vert aprÚs avoir obtenu quelques changements pour parvenir à un meilleur équilibre "entre protection (des espÚces) et usage rationnel des ressources".
Le ministĂšre de la PĂȘche russe a, lui, dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP que le systĂšme de rĂ©gulation de la pĂȘche, supervisĂ© par plusieurs organisations mondiales, "rĂ©pond pleinement aux exigences modernes concernant la prĂ©servation de la diversitĂ© et ne nĂ©cessite pas de changement radical".
La CCAMLR devrait mettre Ă  jour sa rĂ©gulation concernant la pĂȘche du krill lors de son assemblĂ©e annuelle en octobre.
"Il va y avoir une bataille pour savoir si l'on maintient ou non une partie dĂ©diĂ©e Ă  la pĂȘche du krill, qui protĂšge actuellement des prĂ©dateurs comme les manchots", relĂšve Andrea Kavanagh, responsable des projets antarctiques au sein de l'ONG amĂ©ricaine The Pew Charitable Trusts.
"Certains pays comme la Russie et la Chine ont dit, lors de l'assemblĂ©e l'an dernier, qu'ils ne voyaient pas le besoin" de la maintenir, dĂ©plore-t-elle, ajoutant: "Ils veulent ĂȘtre libres d'attraper autant de krill que possible prĂšs de la PĂ©ninsule Antarctique, y compris dans des zones trĂšs proches de colonies de manchots dĂ©jĂ  en dĂ©clin depuis trois dĂ©cennies", dit-elle.
Les défenseurs de l'environnement estiment qu'un accord sur des mesures de protection sera crucial pour l'avenir de l'Antarctique, l'une des derniÚres régions au monde complÚtement sauvages.

Par Roland LLOYD PARRY - © 2016 AFP
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