"Garanti 100 % kréol" : un film intime sur les croyances réunionnaises à l’affiche à Paris

  • Publié le 12 avril 2026 à 02:59
"Garanti 100 % kréol" : un film intime sur les croyances réunionnaises à l’affiche à Paris

Après avoir fait la tournée des festivals, le documentaire "Garanti 100% kréol" est à l'affiche à Paris et vous avez jusqu'au mardi 14 avril 2026 pour en profiter. Cette oeuvre cinématographique, produite, réalisée et distribuée par des sociétés, là aussi, 100 % kréol, est consacrée à une partie de la spiritualité Réunionnaise. Sur l'île, une garantie est une protection. Une médaille, une plaque de cuivre, ou un morceau de tissu rouge. Un objet qui va servir de barrière pour éloigner le mauvais œil, ou de protection dans un projet. Garanti 100 % Kréol à l'affiche dans l'hexagone avec des séances en présence du réalisateur Laurent Pantaléon.

Des soupirs, des silences. Des chiens qui aboient dans une cour, puis le bruit des oiseaux qui chantent, une ambiance sonore typique d’une cour créole, ce moment ou l'on se dirige vers la maison d'une tante, d'un oncle. Écran noir, le film commence.

Impossible de quitter l’écran des yeux, pourtant, les images qui se succèdent sont figées. Elles s’animeront au fil du temps. Des voix nous captivent, elles racontent, sans filtre et sans mise en scène ce qu’est une garantie réunionnaise. D'ailleurs, en faut-il une pour réussir un film ? Faut-il en donner une à son enfant qui va étudier à l’étranger?

Une histoire de spiritualité, de rencontres, de croyances et de familles. Devant ce film, lo san i koz, le kér i bat. Tout fait sens, en étant à la fois inconnu et familier.

Le réalisateur a fait le choix d'un format qui interpelle parfois, inspiré de la Jetée, un court métrage français de science-fiction de Chris Marker, sorti en 1962.

Après plusieurs séances à La Réunion, le film de Laurent Pantaléon est aujourd'hui à l'affiche de cinémas parisiens. Le réalisateur raconte : "Tous les soirs on fait un sobatkoz après les projections. C’est souvent la forme du film qui interpelle, on me demande pourquoi ce choix du noir et blanc, et pourquoi la photographie. Pour moi il s’agissait de m’éloigner d’un regard exotique, exotisant en mettant des couleurs. Je voulais aller au fond de la réflexion, ça me permet aussi de mettre tous les cultes au même niveau".

À travers ses films, le réalisateur s’adresse aux Réunionnais. Il se pose, observe et partage. 

Pour distribuer ses films en dehors de La Réunion, Laurent Pantaléon crée 1848, une société de production basée dans la ville du Port. L'occasion de prendre le pouvoir sur la vie des films des réalisateurs qui font partie de cette entreprise : " Il est arrivé que je demande l'autorisation de diffuser un film dans une école, et que l'on me réponde qu'un devis sera envoyée à l'établissement, qu'on va les faire payer." 

Il nous explique : "1848 est une boîte de distribution très jeune. Avec des frères guadeloupéens, martiniquais, guyanais, réunionnais, nous nous sommes associés pour distribuer nous mêmes nos films. C’est aussi un exemple pour nos enfants, une façon de leur montrer qu’il existe un autre chemin, une autre façon de faire les choses."

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- Ce qui se cache derrière le rideau de canne -

"Mon objectif, c’est de montrer ce qui se cache derrière le rideau de canne" nous dit-il.

"Moi, ce qui m’intéresse, c’est ma kréolité, comme dit Danyel, ma batarsité. Ce qui se cache derrière le rideau de canne, comme le dit notre grand poète Alain Lorraine, c’est ça qui m’attire. Dans les questions qui reviennent c’est aussi notre positionnement face à notre territoire."

Laurent Pantaléon ajoute : "Il y a aussi mon positionnement sur le cinéma réunionnais, un cinéma indépendant, que je ne suis pas le seul à faire ici. Nous, on est producteurs-réalisateurs. On produit nos propres films, on est dans un désir différent, on fait d’abord pour nous-mêmes, d’abord pour la Réunion et le public Réunionnais. Je suis content que le film s’exporte, mais ce qui me touche, c'est qu’il soit à l'affiche à Saint-Pierre, à Saint-Denis, en affichant complet ou le public se dit "ce film me ressemble" … " Regardez

- Le zafér la trap amwin san prévni!" -

À la base de sa passion, son expérience de lycéen : "J’avais 17, 18 ans, dans le cinéma d’art et d’essai rue Montreuil. J’ai fait un bac cinéma au lycée Leconte de l’Île, on allait regarder les films de la classe là-bas. Puis ils ont cherché quelqu'un d’un peu débrouillard, on m’a dit : "Toi tu seras projectionniste. Moi j’étais content, on m’apprend le métier, à l’époque je vois ça comme quelque chose de mécanique, comme si je réparais une 103". 

"Au final, à force de projeter, l’image est entrée dans ma rétine : i rant dann mon koko d ‘tét. Et je vois un autre chemin, une autre façon de raconter des histoires. Je voyais comment mon père racontait des histoires, comment il captivait les gens, je me suis dit si papa était dans ce cinéma, il ferait quelque chose d’exceptionnel".

Laurent Pantaléon en est persuadé : "C’est le fait d’être projectionniste et de vouloir réparer cette 103 : "le zafér la trap amwin san prévni!" 

Au fil du documentaire, les voix laissent place à des visages, et des regards. Chacune des images qui traversent nos rétines, raconte une histoire réunionnaise qui se perd, ou en tout cas qui se perdrait s'il n'y avait plus sur notre île, de réalisateurs réunionnais engagés. 

Pour les Réunionnais qui ne sont pas à Paris, pas de panique, le film Garanti 100 % kréol, n'a pas fini sa tournée dans l'hexagone, direction Toulouse mais aussi Marseille, dans les prochains mois. Une affaire à suivre, ici

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