La Cour pĂ©nale internationale (CPI) doit rendre jeudi l'ordonnance de rĂ©paration pour la destruction des mausolĂ©es de Tombouctou par un jihadiste malien, un jugement dont l'exĂ©cution pourrait bien ĂȘtre une gageure pour le Fonds au profit des Victimes.
Le Touareg d'une quarantaine d'années Ahmad al Faqi al Mahdi a été condamné en septembre à neuf ans de prison pour avoir "dirigé intentionnellement des attaques" en 2012 contre la porte de la mosquée Sidi Yahia et contre neuf des mausolées de Tombouctou, au nord du Mali.
AprĂšs avoir plaidĂ© coupable Ă l'ouverture de son procĂšs, cet homme aux petites lunettes avait demandĂ© pardon Ă son peuple pour avoir saccagĂ© ces monuments classĂ©s au Patrimoine mondial de l'humanitĂ© par l'Unesco, assurant ĂȘtre "plein de remords et de regrets".
NĂ© vers 1975, il Ă©tait un membre d'Ansar Dine, l'un des groupes jihadistes liĂ©s Ă Al-QaĂŻda qui ont contrĂŽlĂ© le nord du Mali pendant environ dix mois en 2012, avant d'ĂȘtre en grande partie chassĂ©s par une intervention internationale dĂ©clenchĂ©e en janvier 2013 par la France.
En tant que chef de la Hisbah, la brigade islamique des moeurs, il avait ordonné et participé aux attaques contre les mausolées, détruits à coups de pioche, de houe et de burin.
Son procÚs était le premier organisé à la CPI pour destruction de biens culturels. Et sa condamnation constitue "un avertissement (...) qu'il s'agit d'un crime sérieux", avait souligné la procureure Fatou Bensouda.
Bien que le jugement avait envoyé un message fort, l'ordonnance de réparation "allÚgerait l'impact permanent de ces crimes", a indiqué à l'AFP Alina Balta, chercheuse en victimologie à l'Université de Tilburg (sud).
L'ordonnance de la CPI a également "le potentiel d'apporter de l'espoir aux victimes de crimes similaires commis dans d'autres parties du monde", comme les destructions de Palmyre, en Syrie, et d'autres sites historiques en Irak par le groupe Etat Islamique, a-t-elle ajouté.
- Des défis de sécurité -
Selon le Statut de Rome, traité fondateur de la CPI, les juges peuvent maintenant décider que les victimes ont droit à des dédommagements, y compris "la restitution, la compensation et la réhabilitation".
La Cour basée à La Haye peut également rendre une ordonnance directement contre une personne condamnée, ordonnant des réparations similaires.
Toutefois, on ignore encore sur quel type de dédommagements les juges s'accorderont à l'audience jeudi.
Mais pour le Fonds au profit des Victimes, organe indépendant financé par des contributions volontaires publiques et privées, appliquer l'ordonnance ne sera pas une mince affaire et pourrait prendre un temps considérable.
Dans un document remis récemment à la CPI, le Fonds a demandé aux juges de disposer "d'au moins six mois" pour produire un plan d'exécution provisoire.
La situation sécuritaire au nord du Mali "pose de sérieux défis non seulement à la mise en oeuvre de toute ordonnance, mais aussi au temps dont le Fonds pourrait avoir besoin pour consulter toutes les parties prenantes pertinentes", a-t-il fait savoir aux juges.
D'autant plus que nombreuses sont les victimes de Tombouctou à avoir été déplacées et à ne plus y vivre actuellement.
Par ailleurs, le Fonds au profit des Victimes a averti que les espoirs de dĂ©dommagement des victimes devraient ĂȘtre "entretenus avec prudence" afin d'Ă©viter que certaines attentes ne s'Ă©lĂšvent "Ă un niveau irrĂ©aliste, ce qui peut mener Ă la confusion, la colĂšre et la rancoeur quand elles ne sont pas satisfaites".
"Si l'on fait d'un dédommagement financier un élément central de ces réparations, cela risque de créer - face à la pauvreté - une incitation pour les gens dans d'autres villes à attaquer des sites de patrimoine culturel", a encore souligné le Fonds, appelant les juges à la vigilance quant à une éventuelle publicité faite dans le cas d'une compensation financiÚre.
- Restauration -
Cette ordonnance constituera la seconde ordonnance de réparations dans l'histoire de la Cour établie en 2002 pour poursuivre des auteurs présumés de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide.
En mars, la CPI avait attribué 250 dollars "symboliques" à chacune des 297 victimes d'un ancien chef de milice congolais, Germain Katanga, condamné en 2014 à douze années de détention. Le total des préjudices physiques, matériels et psychologiques s'élevait à 3,75 millions d'euros, selon la Cour.
La CPI avait estimé que M. Katanga était personnellement responsable du paiement d'un million de dollars, tout en reconnaissant son indigence.
Fondée à partir du Ve siÚcle par des tribus touareg, tirant sa prospérité du commerce caravanier, la ville de Tombouctou est devenue un grand centre intellectuel de l'islam et a connu son apogée au XVe siÚcle.
Par Kaouther LARBI - © 2017 AFP


