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Mausolées de Tombouctou: la CPI rend son jugement contre un jihadiste malien

  • PubliĂ© le 27 septembre 2016 Ă  08:30
Le jihadiste malien présumé Ahmad Al Faqi Al Mahdi, le 22 août 2016 à La Haye

La Cour pĂ©nale internationale (CPI) doit rendre mardi un jugement historique contre un jihadiste malien ayant reconnu avoir dĂ©truit des mausolĂ©es protĂ©gĂ©s Ă  Tombouctou, une dĂ©cision trĂšs attendue par une population ayant soif de justice et par des ONG qui rĂȘvent d'un verdict "dissuasif".


Les experts et les Nations unies espĂšrent en effet que le jugement, qui doit ĂȘtre lu Ă  11H30 (09H30 GMT), "mettra fin Ă  l'impunitĂ©" pour la destruction de biens culturels, alors que de nombreux sites sont rĂ©guliĂšrement dĂ©truits en Irak ou en Syrie.
Le président français François Hollande avait annoncé la semaine derniÚre à New York la création d'un fonds mondial pour la sauvegarde du patrimoine menacé: "il s?agit de défendre notre histoire commune pour construire ensemble l?humanité", avait-il affirmé.
Des dunes du Sahara à celles de la mer du Nord, au pied desquelles se dresse la CPI, le Touareg Ahmad Al Faqi Al Mahdi est accusé de crime de guerre pour avoir "dirigé intentionnellement des attaques" contre neuf des mausolées de Tombouctou (nord du Mali) et contre la porte de la mosquée Sidi Yahia entre le 30 juin et le 11 juillet 2012.
AprĂšs avoir plaidĂ© coupable Ă  l'ouverture de son procĂšs, cet homme aux petites lunettes avait demandĂ© pardon Ă  son peuple, assurant ĂȘtre "plein de remords et de regrets". Disant avoir Ă©tĂ© Ă  l'Ă©poque "sous l'emprise" de groupes jihadistes, il avait appelĂ© les musulmans du monde entier Ă  rĂ©sister "Ă  ce genre d'actions".
Les habitants de Tombouctou affirment, eux, ĂȘtre prĂȘts Ă  pardonner Ă  l'accusĂ© mais espĂšrent que justice soit faite.
Il faut que ce procĂšs "puisse signifier Ă  tous qu'au mĂȘme titre qu'on ne peut pas tuer impunĂ©ment un ĂȘtre humain, on ne peut pas dĂ©truire impunĂ©ment un sanctuaire du patrimoine mondial", a ainsi affirmĂ© Ă  l'AFP El-Boukhari Ben Essayouti, expert culturel ayant participĂ© Ă  la rĂ©habilitation des sites.
- Sanction exemplaire ? -
La procureure affirme que l'accusĂ©, nĂ© vers 1975, Ă©tait un membre d'Ansar Dine, l'un des groupes jihadistes liĂ©s Ă  Al-QaĂŻda qui ont contrĂŽlĂ© le nord du Mali pendant environ dix mois en 2012, avant d'ĂȘtre en grande partie chassĂ©s par une intervention internationale dĂ©clenchĂ©e en janvier 2013 par la France.
En tant que chef de la Hisbah, la brigade islamique des moeurs, il aurait ordonné et participé aux attaques contre les mausolées, détruits à coups de pioche, de houe et de burin.
Cette brigade est accusĂ©e par des organisations des droits de l'Homme de s'ĂȘtre livrĂ©e Ă  des crimes contre l'humanitĂ©, incluant des crimes de torture, des viols et la mise en esclavage sexuel de femmes de Tombouctou. Au dĂ©but du procĂšs, ces organisations ont regrettĂ© que les charges contre Al Madhi ne soient pas Ă©largies pour inclure ces crimes.
Pour ses avocats, l'accusĂ© est pourtant "un homme honnĂȘte" qui, Ă  un moment donnĂ©, "s'est trompĂ©". "C'est un homme qui voulait construire quelque chose de mieux", avait affirmĂ© Jean-Louis Gilissen lors de sa plaidoirie.
L'accusation avait requis entre neuf et onze ans de détention, soit une peine reconnaissant à la fois la gravité du crime et la collaboration de l'accusé. La défense s'était engagée à ne pas interjeter appel si la peine décidée par les juges se trouve effectivement au sein de cette échelle.
Pour Lassana CissĂ©, le directeur national du Patrimoine du Mali, "le verdict est attendu avec impatience et avec beaucoup d'espoir dans le sens oĂč cela doit ĂȘtre une sanction exemplaire".
Fondée à partir du Ve siÚcle par des tribus touaregs, tirant sa prospérité du commerce caravanier, la ville de Tombouctou est devenue un grand centre intellectuel de l'islam et a connu son apogée au XVe siÚcle.
Ce procĂšs, le premier pour destruction de biens culturels, a vu une avalanche d'autres primeurs: premier accusĂ© Ă  reconnaĂźtre sa culpabilitĂ©, Ahmad Al Faqi Al Mahdi est le premier jihadiste prĂ©sumĂ© Ă  ĂȘtre jugĂ© Ă  La Haye et le premier accusĂ© dans le cadre du conflit malien.
Mais mĂȘme si la liste des sites en danger ne cesse de s'allonger, d'autres poursuites ne seront pas Ă©videntes. Ni l'Irak, ni la Syrie n'ont signĂ© le Statut de Rome, le traitĂ© fondateur de la CPI. Sans dĂ©cision de l'ONU, aucune enquĂȘte n'est possible.

- © 2016 AFP
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