Covid-19

Merck va demander le feu vert pour une pilule réduisant par deux les hospitalisations

  • PubliĂ© le 2 octobre 2021 Ă  06:35
  • ActualisĂ© le 2 octobre 2021 Ă  07:31
Des employés passent devant un panneau du laboratoire Merck à l'extérieur d'un bùtiment de l'entreprise à Summit dans le New Jersey (Etats-Unis), le 2 octobre 2013

Le laboratoire américain Merck prévoit de demander sous peu aux Etats-Unis l'autorisation de commercialiser une pilule qui, selon un essai clinique, réduit par deux les risques d'hospitalisation et de décÚs des patients atteints du Covid-19.

S'il est approuvé, ce médicament appelé molnupiravir représenterait une avancée majeure dans la lutte contre la pandémie en permettant de diminuer assez facilement les formes graves de la maladie.

Merck a précisé vendredi vouloir déposer un dossier auprÚs de l'agence américaine des médicaments, la FDA, "aussi rapidement que possible", sans donner plus de précisions.

Anthony Fauci, le conseiller de la Maison Blanche sur la crise sanitaire, a déjà estimé que les données de l'essai clinique étaient "impressionnantes". Les traitements anti-Covid actuellement disponibles comme les anticorps monoclonaux ou le remdesivir de Gilead sont administrés par intraveineuse.

Avoir une option plus facile à déployer serait une aubaine, note Natalie Dean, biostatisticienne spécialisée dans les maladies infectieuses à l'université Emory.

"On peut avoir des traitements qui sont également efficaces mais si l'un est bien plus facile à utiliser que les autres, alors son impact sur la population sera bien plus important", a-t-elle expliqué à l'AFP.

- Données convaincantes -

L'essai clinique de Merck et son partenaire Ridgeback Biotherapeutics a été mené sur 775 personnes avec des cas légers à modérés de Covid-19 et au moins un facteur de risque aggravant. Elles ont reçu le traitement dans les cinq jours aprÚs les premiers symptÎmes.

Le taux d'hospitalisation ou de décÚs chez les patients ayant reçu le médicament a été de 7,3%, contre 14,1% chez ceux ayant eu un placebo. Aucun décÚs n'a été constaté chez les personnes traitées avec le molnupiravir, contre 8 dans le deuxiÚme groupe.

Les rĂ©sultats Ă©taient suffisamment convaincants pour qu'un comitĂ© indĂ©pendant de surveillance des donnĂ©es, en consultation avec la FDA, dĂ©cide d'arrĂȘter l'essai prĂ©maturĂ©ment. Cela pourrait indiquer que ses membres considĂšrent qu'il serait contraire Ă  l'Ă©thique de continuer Ă  donner un placebo Ă  certains malades.

Les antiviraux agissent en diminuant la capacitĂ© d'un virus Ă  se rĂ©pliquer, freinant ainsi la maladie. Leur application peut ĂȘtre double: Ă  la fois permettre aux personnes dĂ©jĂ  atteintes de ne pas souffrir de symptĂŽmes graves, mais aussi Ă  celles ayant Ă©tĂ© en contact rapprochĂ© de ne pas la dĂ©velopper.

Mais de maniÚre générale, ils n'ont jusqu'à présent pas été trÚs convaincants contre le Covid. "Le molnupiravir semblait prometteur en laboratoire, mais le véritable test consistait à déterminer s'il présentait des avantages chez les patients", a souligné Peter Horby, professeur à l'université d'Oxford.

"De nombreux médicaments échouent à ce stade, donc ces résultats intermédiaires sont trÚs encourageants", a-t-il ajouté dans un message cité par l'organisme britannique Science Media Centre.

Le marché étant potentiellement énorme, plusieurs laboratoires se sont mis sur le créneau, comme le laboratoire Roche en partenariat avec Atea Pharmaceuticals.

Pfizer a annoncé lundi avoir commencé un essai clinique pour sa propre pilule anti-Covid, afin de tester sa capacité à réduire à titre préventif les risques d'infection chez l'entourage d'une personne ayant contracté la maladie.

- "Pas un médicament miracle" -

Les rĂ©sultats de l'essai de Merck ont Ă©tĂ© accueillis assez favorablement dans la communautĂ© scientifique, avec quelques notes de prĂ©caution. Pour Eric Topol, directeur de l'institut de recherche translationnelle Scripps, le fait que l'essai ait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© tant les rĂ©sultats Ă©taient bons "pourrait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un tournant dans la lutte contre le Covid".

"Ce n'est pas un médicament miracle, mais un outil pour accompagner la vaccination", a avancé de son cÎté sur Twitter Peter Hotez, professeur au Baylor College of Medicine de Houston au Texas, qui s'inquiÚte par ailleurs de la possible apparition d'une certaine résistance au médicament s'il est largement utilisé.

D'autres experts soulignent que ce genre de traitement doit ĂȘtre pris trĂšs tĂŽt, souvent avant l'apparition de symptĂŽmes inquiĂ©tants, pour ĂȘtre efficace.
Merck, par anticipation, a en tout cas déjà commencé la production de molnupiravir à grande échelle et prévoit de fabriquer les doses nécessaires pour 10 millions de traitements d'ici la fin de l'année.

Le groupe a déjà passé des accords avec certains gouvernements, dont les Etats-Unis qui ont prévu d'en acheter 1,7 million si le molnupiravir est approuvé.
Unitaid, une agence internationale chargĂ©e de centraliser les achats de traitements, a indiquĂ© vendredi ĂȘtre en train de chercher Ă  sĂ©curiser des doses pour des pays Ă  niveau de vie faible ou moyen.

AFP

guest
0 Commentaires