Mercosur : face au risque politique, Macron choisit de dire non malgrĂ© des concessions "incontestables"

  • PubliĂ© le 9 janvier 2026 Ă  10:29
  • ActualisĂ© le 9 janvier 2026 Ă  12:22
Le président français Emmanuel Macron à Paris le 8 janvier 2026 ( POOL / Michel Euler )

Emmanuel Macron a tranché: malgré les concessions "incontestables" de Bruxelles, la France votera "contre" l'accord commercial avec le Mercosur, un choix qui ne bloquera pas le traité et qui l'expose à un procÚs en perte d'influence mais qui devrait permettre de sauver le gouvernement.

"Le constat doit ĂȘtre dressĂ© d'un rejet politique unanime de l'accord", a dĂ©clarĂ© jeudi soir le chef de l'Etat dans un communiquĂ© annonçant sa dĂ©cision, aprĂšs un appel Ă  la prĂ©sidente de la Commission europĂ©enne Ursula von der Leyen pour l'informer.

Le prĂ©sident du Rassemblement national Jordan Bardella a estimĂ© que ce "non" Ă©tait "une manƓuvre de communication aussi tardive qu'hypocrite, "une mise en scĂšne", et donc "une trahison des agriculteurs". Il a donc annoncĂ© que le parti d'extrĂȘme droite dĂ©poserait une motion de censure contre le gouvernement de SĂ©bastien Lecornu, qui n'a toutefois que peu de chances d'aboutir.

Le patron du parti Les Républicains Bruno Retailleau avait lui aussi fait planer le "risque d'une censure" mais uniquement si Emmanuel Macron avait choisi de voter en faveur du texte.

Avec une classe politique hostile et des manifestations agitées d'agriculteurs venus en tracteurs à Paris, la pression était forte contre cet accord de libre-échange sur lequel les Vingt-Sept doivent se prononcer vendredi, pour une signature avec le bloc latino-américain prévue la semaine prochaine.

Face Ă  cette Ă©quation, le prĂ©sident de la RĂ©publique, qui Ă©voque un traitĂ© "d'un autre Ăąge" Ă  l'impact limitĂ©, a fait le calcul politique qu'il valait mieux aller dans le sens des opposants, pour prĂ©server son Premier ministre et lui Ă©viter de chuter avant mĂȘme d'avoir rĂ©ussi Ă  faire adopter un budget pour l'annĂ©e en cours.

Et tant pis si, au fond, et contrairement aux manifestants, il ne juge pas cet accord commercial si néfaste.

DĂ©but novembre, depuis le BrĂ©sil, Emmanuel Macron avait insistĂ© sur les bienfaits du texte pour "notre filiĂšre viticole qui est heurtĂ©e par les tarifs amĂ©ricains" et pour "beaucoup de secteurs industriels" en quĂȘte de "diversification".

Il avait aussi salué le "paquet" de mesures "tout à fait acceptable" proposé par Bruxelles, notamment sur une "clause de sauvegarde" pour protéger les filiÚres agricoles en cas de perturbation du marché. "Je suis plutÎt positif mais je reste vigilant", avait-il lùché, laissant entrevoir un possible feu vert français à terme, si d'autres exigences étaient satisfaites.

Ses déclarations avaient toutefois mis le feu aux poudres en France.

Le président était donc vite revenu sur la position des mois précédents: un "non trÚs ferme de la France" à l'accord "en l'état". Et redoublé d'efforts dans son bras de fer pour obtenir plus de garanties de la Commission européenne.

Avant NoĂ«l, Ă  Bruxelles, grĂące au soutien de l'Italie, il avait mĂȘme rĂ©ussi Ă  arracher un bref report de la signature qui semblait imminente.

- Impuissance -

Depuis, l'exécutif français se targue d'avoir engrangé des victoires pour ses agriculteurs, sur le coût des engrais comme sur le futur budget de la politique agricole commune (PAC) pour sécuriser les aides européennes à leur revenu.

"C'est le résultat de notre mobilisation déterminée et de mon engagement constant pour nos agriculteurs", s'est-il félicité cette semaine. Des "avancées incontestables" dont "il faut donner acte à la Commission européenne", a-t-il abondé jeudi.

Mais la France n'a pas rĂ©ussi, a priori, a rĂ©unir une minoritĂ© de blocage, et l'accord devrait donc ĂȘtre entĂ©rinĂ© par l'UE Ă  la majoritĂ© qualifiĂ©e.

De quoi nourrir les accusations d'impuissance d'un chef de l'Etat en fin de rÚgne, voire d'une entente tacite avec les instances européennes, trÚs favorables au Mercosur qui est aussi plébiscité par l'Allemagne et l'Espagne.

"Emmanuel Macron a une responsabilité directe si ce traité passe", puisque "depuis huit ans, il aurait pu et il aurait dû bloquer cet accord", a affirmé la cheffe des députés La France insoumise Mathilde Panot à l'issue d'une réunion à l'Elysée.

Si Emmanuel Macron a un temps espéré que la "pédagogie" permettrait de mettre en avant les avantages du traité et d'en relativiser les méfaits, le débat public est resté totalement défavorable.

Jusqu'au bout, le gouvernement a donc dit que "le compte n'y est pas". Le président a lui préféré jeudi pointer l'équation politique pour justifier son refus. 

AFP

guest
3 Commentaires
Missouk
Missouk
15 heures

Sans rire ... Il serait temps ! C'est vrai que les agriculteurs et les routiers ont bien plus d'arguments Ă  faire valoir avec leurs tracteurs et leurs camions que les soignants ou les enseignants!

Josime
Josime
16 heures

Hypocrite ce président. Pour essayer de faire monter sa popularité il votre contre sachant trÚs bien que sa va passer

Louise
Louise
17 heures

Ouais
.. enfumage! Ce sera voté malgré tout.