L'Allemagne a entamé mercredi sa présidence de l'UE face à des défis historiques, comme l'impact du coronavirus, avec l'espoir pour Angela Merkel de parachever son entrée au Panthéon européen.
La chanceliÚre et son équipe préparaient depuis des mois cette échéance, la premiÚre pour Berlin depuis 2007 et une des ultimes occasions pour la dirigeante allemande de briller sur la scÚne internationale avant sa retraite politique programmée fin 2021.
Brexit, climat, immigration... Les chantiers ne manquaient pas durant ces six mois de présidence. Mais le coronavirus a balayé tous les scénarios.
Toujours menacĂ©e par une deuxiĂšme vague de contamination, l'Union europĂ©enne est confrontĂ©e Ă des "dĂ©fis Ă©conomiques que nous n'avons jamais connus depuis des dĂ©cennies, ni mĂȘme jamais auparavant", a soulignĂ© lundi la chanceliĂšre lors d'un entretien avec Emmanuel Macron.
- Mauvaises nuits -
"Les attentes pesant sur nos épaules sont trÚs lourdes", a-t-elle reconnu, redoutant une nouvelle poussée populiste faute de "solidarité" entre pays européens.
Face à ces enjeux, l'ambassadeur allemand auprÚs de l'UE, Michael Clauss, a confié passer de mauvaises nuits: "J'ai déjà du mal à dormir, parce que je pense que les attentes sont fortes".
D'autres se félicitent que cette présidence échoie à l'Allemagne, "un pays dont l'économie est (encore) la plus forte de l'Union, qui a mieux fait face que beaucoup d'autres à la pandémie (du moins jusqu'à présent), et dirigé par un gouvernement stable" sur un continent en ébullition, a résumé mardi le quotidien économique allemand Handelsblatt.
Au pouvoir sans interruption depuis 15 ans, un record de longévité pour un dirigeant en Europe, la chanceliÚre dispose d'une chance unique d'entrer définitivement dans l'histoire européenne et d'effacer la mauvaise image laissée par son orthodoxie budgétaire lors de la crise grecque de 2011.
Le coup d'envoi de cette présidence a été symboliquement donné mardi soir avec la projection sur la mythique Porte de Brandebourg à Berlin du slogan, décliné en plusieurs langues, "Tous ensemble pour relancer l'Europe".
La présidence allemande va débuter tambour battant avec un sommet des dirigeants européens organisé les 17 et 18 juillet à Bruxelles, décisif pour l'avenir de l'Europe.
Les 27 vont tenter d'y trouver un accord sur le projet de plan de relance de 750 milliards d'euros face au coronavirus, avec pour la premiÚre fois des fonds empruntés en commun par l'UE: Angela Merkel a accepté de briser un tabou politique en Allemagne pour cela.
- "Long" chemin -
Angela Merkel, comme le président français, ont mis lundi la pression sur leurs partenaires pour aboutir à un accord dÚs juillet, avant la pause estivale.
"Nous espĂ©rons que nous allons trouver une solution, mĂȘme si le chemin est encore long", a expliquĂ© la chanceliĂšre au cĂŽtĂ© du prĂ©sident français, avec qui elle avait prĂ©sentĂ© fin mai une initiative ouvrant la voie Ă la proposition de la Commission sur le plan de relance.
Pour arriver à un compromis, il faudra vaincre les réticences des quatre pays dits "frugaux" car partisans de l'orthodoxie budgétaire. Il s'agit des Pays-Bas, de l'Autriche, de la SuÚde et du Danemark, trÚs réservés à l'égard du projet censé bénéficier avant tout aux pays du Sud, les plus touchés par la pandémie.
"Les fameux pays frugaux, ce sont des pays qui sont bĂ©nĂ©ficiaires nets du fonctionnement du marchĂ© unique (...) ce n'est pas leur intĂ©rĂȘt de voir certains membres affectĂ©s", a mis en garde M. Macron, pour qui l'Europe est Ă un "moment de vĂ©ritĂ©".
Si un accord budgétaire est trouvé, la présidence sera en partie couronnée de succÚs. Mais il restera un autre trÚs gros morceau, le Brexit.
AprÚs des semaines de surplace, UE et Grande-Bretagne, qui a quitté l'Union le 31 janvier et continue d'appliquer les rÚgles européennes jusqu'au 31 décembre, ont repris leurs discussions.
Si aucun accord n'est négocié d'ici là , les seules rÚgles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), avec leurs droits de douane élevés et leurs contrÎles douaniers poussés, s'appliqueraient aux relations commerciales entre ces partenaires. De quoi affaiblir un peu plus les économies européennes.
AFP


