Des syndicats unanimes, des milliers de policiers mais aussi le ministre de l'Intérieur et des politiques de tous bords sont attendus mercredi devant l'Assemblée nationale, deux semaines aprÚs le meurtre du brigadier Eric Masson et à l'approche d'importantes échéances électorales.
Les syndicats, réunis - fait assez rare-, en intersyndicale, espÚrent une mobilisation exceptionnelle de 30.000 personnes et "sans récupération politique". "Chacun est libre d'y participer", mais "aucun responsable politique ne pourra accéder à la tribune ni s'y exprimer", ont-ils fait savoir dans un communiqué commun.
Car depuis qu'ils ont appelé "la population" à venir témoigner de son "soutien à sa police républicaine", des élus de tous bords ont annoncé leur présence, alors que la sécurité s'impose comme l'un des principaux thÚmes de campagne des régionales dans un mois, et de la présidentielle dans un an.
MĂȘme le ministre de l'IntĂ©rieur GĂ©rald Darmanin viendra "saluer" les manifestants en "soutien aux policiers qui ont comptĂ© deux drames en quinze jours, en plus des blessĂ©s quotidiens dans leur rang", a dĂ©fendu son entourage mardi auprĂšs de l'AFP. Sa prĂ©sence Ă une manifestation syndicale, une "premiĂšre" de mĂ©moire de policiers, a Ă©tĂ© vivement critiquĂ©e dans l'opposition.
L'eurodéputé conservateur François-Xavier Bellamy a ainsi raillé un ministre qui manifeste "contre sa propre inaction". "Son rÎle est d'agir, pas de manifester", a aussi estimé Damien Abad, le patron des députés LR, dont "la quasi-totalité" sera présent. Le numéro deux du Rassemblement national Jordan Bardella a également annoncé sa venue, avec "beaucoup d'élus" du parti.
A gauche, les chefs du Parti socialiste, Olivier Faure, et du Parti communiste, Fabien Roussel, seront présents, tout comme l'écologiste Yannick Jadot. Seule exception, La France insoumise, qui voit dans les demandes des syndicats policiers un "cahier de revendications corporatives".
L'acteur Gérard Lanvin doit prendre la parole au début du rassemblement à 13H00, avant des témoignages de policiers de terrain et des prises de parole syndicales, ont précisé les organisateurs.
- "Ecoeurés" et "en colÚre" -
Les syndicats ont décidé d'organiser ce rassemblement deux semaines jour pour jour aprÚs le meurtre d'Eric Masson, tué sur un point de deal à Avignon. Un drame qui a ébranlé la police, déjà marquée par l'assassinat le 23 avril de Stéphanie Monfermé, agente administrative au commissariat de Rambouillet (Yvelines), par un Tunisien qui se serait radicalisé.
Selon les responsables syndicaux, beaucoup de policiers "en colĂšre" et "Ă©cĆurĂ©s" voient dans la mort du brigadier lors de cette banale intervention un symbole des violences rĂ©pĂ©tĂ©es Ă leur encontre, qui nĂ©cessitent une "rĂ©ponse pĂ©nale" plus ferme.
Depuis Avignon, le gouvernement a déjà donné des gages aux syndicats, reçus le 10 mai à Matignon. Le Premier ministre Jean Castex s'est notamment engagé à étendre à trente ans la période de sûreté pour les personnes condamnées à perpétuité pour un crime contre un policier ou un gendarme. Et à limiter strictement les possibilités de réduction des peines pour ceux qui s'attaquent aux forces de l'ordre.
Mais les syndicats dĂ©plorent que leur "revendication la plus importante", "la mise en Ćuvre de peines minimales" (aussi appelĂ©es peines planchers) pour "les agresseurs des forces de l'ordre", n'ait pas Ă©tĂ© "prise en compte".
Il faut "changer de logiciel", assure Grégory Joron d'Unité SGP Police-FO, dénonçant une "individualisation exacerbée des peines" et un "empilage de dispositifs qui vident les peines de leur sens".
Le rassemblement devant l'Assemblée nationale est aussi une maniÚre de rappeler aux élus qu'ils "doivent prendre leurs responsabilités et au besoin légiférer pour faire en sorte que tout ce qu'on vient de vivre ne se reproduise plus", détaille Fabien Vanhemelryck, Secrétaire général d'Alliance.
"Le nĆud gordien c'est l'application des peines existantes, notamment pour tout ce qui est en bas du spectre, c'est-Ă -dire les agressions du quotidien", "lĂ oĂč le sentiment d'impunitĂ© se crĂ©e et se nourrit", estime aussi Patrice Ribeiro, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de Synergie Officiers.
Mathieu Zagrodzki, chercheur associĂ© au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pĂ©nales (Cesdip), rappelait toutefois dimanche auprĂšs de l'AFP que les peines planchers, mises en place sous Nicolas Sarkozy et abrogĂ©es en 2014, avaient Ă©tĂ© "relativement peu mises en Ćuvre", les juges pouvant y dĂ©roger.
AFP



