Gastronomie

Mexique : dans l'univers des "tacos", les femmes se taillent une place Ă  la machette

  • PubliĂ© le 28 janvier 2024 Ă  02:57
  • ActualisĂ© le 28 janvier 2024 Ă  07:13
Maria del Pilar Cortes (g) dans son restaurant de tacos "Las Corazonas" du quartier de Tepito, l'un des plus chauds de Mexico, le 9 janvier 2024 ( AFP / Rodrigo Oropeza )

"Deux tacos aux tripes ?", lance aux clients Maria del Pilar Cortes, 75 ans, du fond de son petit local situĂ© dans l'un des quartiers les plus chauds de Mexico oĂč elle vend les cĂ©lĂšbres petites crĂȘpes farcies.

Avec sa sƓur, la frĂȘle cuisiniĂšre fait partie des rares femmes Ă  prĂ©parer ce plat emblĂ©matique de la gastronomie locale, Ă  base de "tortilla" (mini-crĂȘpes Ă  la farine de maĂŻs) garnie de viande,d'oignon, de coriandre, de carrĂ© d'ananas parfois.

Maria del Pilar Cortes attrape un morceau de viande d'abats dans une grande marmite, le hache Ă  la machette, et le glisse dans deux "tortillas". Le client est visiblement ravi.

Avec sa sƓur Maria Guadalupe, elle gĂšre "Las corazonas", le seul restaurant de tacos - "taqueria" - tenu par des femmes Ă  Tepito, quartier qui a donnĂ© son nom au principal gang de la ville ("Union Tepito").

"C'est une fiertĂ©" d'ĂȘtre "un exemple pour d'autres femmes, qui elles aussi en sont capables", dĂ©clare Maria Guadalupe Cortes, 70 ans, la sƓur cadette.

Au total le Mexique compte prÚs de 92.000 taquerias, dont 11.000 dans la capitale selon les données de l'Institut national de statistiques et de géographie.

- Des "taquerias" partout -

En d'autres termes, 94% des quelque neuf millions d'habitants de la capitale vivent à moins de cinq minutes à pied d'une "taqueria", selon le géographe Baruch Sangines, qui compare ce chiffre aux boulangeries à Paris.

La tradition mexicaine veut que les femmes vendent plutĂŽt des quesadillas, grandes tortillas remplies de fromage fondu.

"Ce qui se passe, c'est que la machette pÚse lourd et elles n'y arrivent pas, elles se fatiguent, je pense que c'est pour ça", croit savoir David Pérez, 45 ans, gérant d'un stand de tacos dans le centre de Mexico.

Cette division du travail relÚve du "domaine culturel", soutient le géographe Baruch Sangines. "Il s'agit de coutumes, comme le fait que nous mangions certains types de tacos le soir et d'autres le matin."

Dans le sud de la ville, le restaurant "Tacos de la Muñecas" a pris depuis 1985 la tradition à contrepied: 23 femmes sont employées dans ce grand local orange et vert.

"Quand ma mÚre a commencé" les tacos, "on lui a suggéré d'engager des hommes", explique Teresa Hernandez, propriétaire et fille de la fondatrice du lieu. "Mais ma mÚre a dit qu'elle n'allait pas licencier une de ses employées pour amener des hommes."

Au contraire: l'organisation des horaires permet aux mÚres de famille de s'occuper de leurs enfants - voire de gagner en indépendance vis-à-vis de maris parfois abusifs.

AFP

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