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Migrants: au large de la Libye, une flottille humanitaire essentielle

  • PubliĂ© le 6 aoĂ»t 2016 Ă  13:07
Des migrants montent à bord de l'Aquarius, aprÚs avoir été secourus le 24 mai 2016 en mer Méditerranée par SOS Méditerranée

Il y a deux ans, un petit navire privé s'aventurait au cÎté des militaires portant secours aux migrants au large de la Libye.

Aujourd'hui, une dizaine de navires humanitaires financés par des dons privés patrouillent, assurant plus de 20% des opérations.
La premiÚre initiative est venue de Christopher et Regina Catrambone, un riche couple italo-américain révolté par le naufrage qui a fait plus de 365 morts en octobre 2013 au large de l'ßle italienne de Lampedusa.
En aoĂ»t 2014, leur association Moas (Station d'assistance offshore pour les migrants) lançait le Phoenix, un bateau de pĂȘche de 40 mĂštres Ă©quipĂ© d'un drone mais faisant pĂąle figure face Ă  la vaste opĂ©ration Mare Nostrum, menĂ©e par la marine et les gardes-cĂŽtes italiens.
Il a pourtant secouru 3.000 personnes en six semaines. Et alors que, sous la pression européenne, l'Italie se résolvait à abandonner Mare Nostrum fin 2014, le Moas a fait des émules.
"On ne pouvait pas laisser les gens mourir comme ça", explique Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée, une organisation ancrée en France, en Allemagne et en Italie.
Les navires humanitaires sont désormais une dizaine à patrouiller au large de la Libye, affrétés par le Moas, Médecins sans frontiÚres (MSF), SOS Méditerranée, les maßtres-nageurs catalans de Proactiva Open Arms (espagnole) et les Allemands de Sea-Watch, Sea-Eye ou encore Jugend Rettet.
Certains comme MSF et Sea-Watch sont arrivĂ©s en 2015, d'autres comme Proactiva sont d'abord intervenus en mer EgĂ©e avant de passer Ă  la MĂ©diterranĂ©e centrale... Jusqu'au Iuventa de Jugend Rettet, dans le grand bain dĂšs son premier jour de mission la semaine derniĂšre: six canots pneumatiques surchargĂ©s Ă  sĂ©curiser en mĂȘme temps.
Cinq des navires actuellement engagés, le Phoenix et le Responder (Moas), le Bourbon Argos et le Dignity (MSF) et l'Aquarius (SOS Méditerranée et MSF), ont la capacité de conduire les migrants en Italie.
En cela, ils complÚtent à leur maniÚre le dispositif militaire européen actuel: marine et gardes-cÎtes italiens, opération anti-passeurs Sophia, agence européenne de contrÎle des frontiÚres Frontex, marine irlandaise...
- 'Difficile de partir' -
Les autres bateaux humanitaires, plus petits, repÚrent les embarcations en difficulté, distribuent des gilets de sauvetage, maintiennent le calme et fournissent les soins d'urgence avant l'arrivée d'un bateau de secours plus grand.
Pour les gardes-cĂŽtes italiens, qui coordonnent les secours au large de la Libye, cette contribution est "trĂšs utile", explique Ă  l'AFP leur porte-parole, le commandant Filippo Marini.
La situation des migrants qui appellent Ă  l'aide est toujours critique, "il faut donc arriver vite, et pour cela, il faut chercher Ă  ĂȘtre le plus nombreux possible", ajoute-t-il en prĂ©cisant que sur les prĂšs de 98.000 migrants secourus cette annĂ©e, 20.300 l'ont Ă©tĂ© directement par des navires humanitaires.
L'aide est cependant variée. "Dans certains cas, nous avons littéralement tiré des gens de l'eau, dans d'autres nous avons sécurisé des canots, ou encore envoyé notre médecin à bord d'un navire militaire pour examiner des migrants", explique Gerard Canals, chef de mission de Proactiva Open Arms.
Tous ces gestes ne s'improvisent pas. Les ONG doivent trouver des marins expérimentés pour faire marcher les bateaux, des secouristes capables de faire face à des dizaines, voire des centaines, de personnes tétanisées par l'hypothermie ou la panique, un personnel médical équipé et formé pour les soins à des migrants ayant subi tortures ou abus en Libye...
Outre la récolte des dons pour boucler des budgets allant de 670.000 euros pour Proactiva à plus de 4 millions par an pour Moas et MSF, le recrutement est donc un défi. D'autant que si les équipes de MSF sont rémunérées, le bénévolat qui domine ailleurs oblige à une forte rotation.
Mais les ONG "gagnent chaque jour en expérience et cela leur permet d'apporter des réponses efficaces", salue le commandant Marini.
Malgré cette mobilisation, au moins 3.000 migrants sont morts ou ont disparus en mer cette année. "Nous sauvons autant de gens que possible, mais nous ne faisons pas partie de la solution", insiste Ruben Neugebauer, porte-parole de Sea-Watch, en appelant comme les autres ONG à l'instauration de voies légales.
"Nous n'avons pas l'intention de rester pour toujours, mais tant que nous ne voyons pas d'alternative -- et cela ne veut pas dire repousser les gens vers la Libye--, c'est difficile de partir", renchérit Jens Pagotto, chef de mission en Sicile de MSF.

Par Anne PADIEU - © 2016 AFP
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