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Migrants: Erdogan met la pression sur l'UE en menaçant de ne pas respecter l'accord

  • PubliĂ© le 7 avril 2016 Ă  17:42
Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d'un discours à Ankara, le avril 2016

Tout l'accord, sinon pas d'accord: la Turquie a mis la pression jeudi sur l'Union européenne (UE) pour qu'elle applique ses engagements dans le cadre du plan controversé de retour des migrants, déjà au ralenti aprÚs un démarrage en fanfare lundi.


Le prĂ©sident Recep Tayyip Erdogan a prĂ©venu que la Turquie ne remplirait pas sa part du marchĂ© si l'UE ne respectait pas elle-mĂȘme ses promesses, Ă©voquant notamment l'exemption des visas dĂšs juin pour les citoyens turcs voulant se rendre en Europe.
"Il y a des conditions précises. Si jamais l'Union européenne n'effectue pas les pas nécessaires, ne tient pas ses engagements, alors la Turquie n'appliquera pas l'accord", a déclaré M. Erdogan lors d'un discours à Ankara.
"Tout se passera en fonction de ce qui a été promis", a-t-il insisté.
Cet accord, signé le 18 mars, vise à dissuader les passages clandestins en Europe, confrontée à sa pire crise migratoire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
La Turquie s'y est engagée à accepter le retour sur son sol de tous les migrants entrés illégalement en GrÚce depuis le 20 mars. Le plan prévoit en outre que pour chaque réfugié syrien renvoyé en Turquie, un autre sera "réinstallé" dans un pays européen dans la limite de 72.000 places.
En contrepartie, les Européens ont accepté de relancer les discussions d'intégration de la Turquie à l'UE et à accélérer le processus de libéralisation des visas pour les Turcs, mais en soulignant qu'ils ne transigeraient pas sur les critÚres à remplir.
"La Turquie en est encore loin", a indiqué à l'AFP Marc Pierini, analyste à la fondation Carnegie Europe et ancien ambassadeur de l'UE à Ankara. "Il serait faux de considérer que la Turquie va bénéficier d'un +rabais+ sur les conditions d'entrée dans l'UE juste à cause des réfugiés", a-t-il ajouté.
Sur le plan financier, l'UE a promis une aide pouvant aller jusqu'à six milliards d'euros. "Il y a eu des promesses, mais rien n'en sort pour l'instant", a déploré M. Erdogan.
- Pause des renvois, grĂšve de la faim -
L'accord est officiellement appliqué depuis lundi, quand un premier groupe de 202 personnes a été ramené de GrÚce en Turquie. Mais le processus s'est depuis embourbé, AthÚnes faisant face à une explosion des demandes d'asile que ses autorités sont obligées de traiter avant toute expulsion.
La GrĂšce, qui dit ĂȘtre confrontĂ©e Ă  une pĂ©nurie de juristes et d'interprĂštes, a estimĂ© mercredi que le traitement des dossiers entraĂźnerait une "pause" de 15 jours des renvois.
Dans le "hotspot" de Moria, sur l'Ăźle grecque de Lesbos, oĂč restent enfermĂ©s au moins 3.000 migrants, un groupe de 70 Pakistanais a commencĂ© jeudi une grĂšve de la faim pour protester contre son Ă©ventuel renvoi en Turquie.
Le gouvernement grec a commencé à transférer du camp de Moria vers le camp ouvert de Kara Tepe, sur l'ßle de Lesbos, des familles avec enfants et des personnes vulnérables, une opération "visant à décharger Moria", selon une source gouvernementale.
Symbole de la crise migratoire que l'Europe affronte depuis l'année derniÚre, l'ßle de Lesbos, devenue la principale porte d'entrée des migrants, accueillera le pape François le 16 avril pour une visite, a confirmé jeudi le Vatican.
L'accord signĂ© entre l'UE et Ankara est vivement critiquĂ© par des ONG, qui considĂšrent notamment que la Turquie ne peut pas ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un "pays sĂ»r" pour les rĂ©fugiĂ©s syriens.
Voisine de la Syrie, la Turquie accueille quelque 2,7 millions de réfugiés syriens fuyant leur pays en guerre, dont 250.000 vivent dans des camps, et a déjà dépensé quelque 10 milliards de dollars pour subvenir à leurs besoins, selon M. Erdogan.
"Nous avons reçu beaucoup de remerciements pour notre action pour les réfugiés et contre les terroristes", a déclaré le président turc jeudi. "Nous ne faisons pas cela pour les remerciements".

Par Laurent ABADIE - © 2016 AFP
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