Italie

Moins de migrants mais sans doute plus de clandestins

  • PubliĂ© le 15 dĂ©cembre 2018 Ă  18:45
  • ActualisĂ© le 15 dĂ©cembre 2018 Ă  19:22
Manifestation à Rome contre la politique sociale du gouvernement et son décret-loi réformant le systÚme d'accueil des demandeurs d'asile, le 15 décembre 2018

En six mois de pouvoir en Italie, la Ligue (extrĂȘme droite) a obtenu un quasi-blocage des arrivĂ©es de migrants mais les experts redoutent que ses mesures augmentent le nombre et la marginalisation des clandestins dans la pĂ©ninsule.

DĂšs son arrivĂ©e au ministĂšre de l'IntĂ©rieur en juin, Matteo Salvini, patron de la Ligue, a mis en place sa promesse de fermer les ports aux navires secourant des migrants au large de la Libye, qu'ils soient d'ONG, commerciaux ou mĂȘme garde-cĂŽtes italiens.

Il a Ă©tĂ© aidĂ© par les accords controversĂ©s conclus par son prĂ©dĂ©cesseur de centre gauche pour bloquer les migrants en Libye, mais les rĂ©sultats sont nets: le ministĂšre fait Ă©tat de 9.500 arrivĂ©es sur les cĂŽtes entre juin et novembre, dont les deux tiers par des routes secondaires via la Tunisie, la Turquie ou l'AlgĂ©rie, contre 57.000 sur la mĂȘme pĂ©riode l'an dernier.

ParallÚlement, M. Salvini a réussi à faire adopter en un temps record un décret-loi trÚs controversé réformant le systÚme d'accueil des demandeurs d'asile et limitant fortement les permis de séjour.
Face à la fronde d'une poignée d'élus du Mouvement 5 étoiles (M5S, anti-systÚme), le gouvernement d'union Ligue/M5S a dû poser la question de confiance au Sénat puis à la Chambre des députés, mais le texte, paru au journal officiel le 3 décembre, est bien en vigueur.
"Les vrais réfugiés ont plus de droits, tandis que ceux qui ne fuyaient pas la guerre mais au contraire apportaient la guerre chez nous en ont beaucoup moins, comme il me semble juste", a résumé M. Salvini cette semaine à la presse étrangÚre.

Sa principale mesure est d'abolir les permis de séjour humanitaires accordés jusqu'à présent aux personnes vulnérables, familles ou femmes seules avec enfants, victimes de traumatismes pendant leur périple vers l'Italie...
Depuis 2008, plus de 120.000 personnes avaient obtenu un titre de sĂ©jour humanitaire, valable deux ans et renouvelable. Leur seul moyen de rester lĂ©galement en Italie, mĂȘme pour les tout jeunes majeurs encore scolarisĂ©s, sera de le convertir en titre de sĂ©jour pour motif de travail, une procĂ©dure trĂšs complexe.

Doutes sur la sécurité

Ces derniÚres années et jusqu'en août, les commissions d'asile ont accordé en moyenne le statut de réfugié à 8% des demandeurs, la protection subsidiaire à 8% et le permis humanitaire à 25%. Suite à des consignes de fermeté de M. Salvini, elles ont anticipé la fin des permis humanitaires, qui sont passés à 17% en septembre, 13% en octobre et 5% en novembre, tandis que les rejets augmentaient en parallÚle.

Sur les prÚs de 26.000 demandes examinées pendant ces trois mois, cela représente environ 3.400 déboutés supplémentaires. Au total, entre les permis actuels qui ne seront pas renouvelés et ceux qui ne seront plus accordés, le chiffre de "100.000 clandestins en plus est une estimation basse", explique Valeria Carlini, porte-parole du Conseil italien pour les réfugiés (CIR).
ParallĂšlement, les possibilitĂ©s d'expulsions restent trĂšs limitĂ©es, mĂȘme si le dĂ©cret-loi Salvini porte Ă  180 jours la durĂ©e possible de la rĂ©tention administrative. Faute d'accords avec les pays d'origine, l'Italie n'a procĂ©dĂ© qu'Ă  6.514 reconduites Ă  la frontiĂšre en 2017 et il n'est pas garanti que ce chiffre soit atteint cette annĂ©e.
Et d'autres mesures touchent ceux qui sont déjà bien installés. La durée minimum d'examen des demandes de naturalisation est portée de 2 à 4 ans, les projets d'intégration par la culture sont gelés et le projet de budget 2019 prévoit de réserver la carte famille nombreuses aux citoyens européens et d'instaurer une taxe de 1,5% sur les transferts d'argent hors UE.

Les mesures risquent aussi de supprimer des milliers d'emplois dans les centres d'accueil des demandeurs d'asile, qui hĂ©bergent encore 142.000 personnes (contre 186.000 il y a un an), mais dont les services doivent ĂȘtre rĂ©duits au minimum, avec une dotation passĂ©e de 35 Ă  19 euros par jour et par personne.

Des centaines de personnes sont attendues samedi aprÚs-midi dans le centre de Rome pour manifester contre le racisme et le décret Salvini sur l'immigration.

AFP

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