Une expertise confirme son décÚs par asphyxie

Mort d'Adama Traoré: ce que contient l'expertise

  • PubliĂ© le 5 juillet 2017 Ă  23:06
Rassemblement en hommage à Adama Traoré, le 22 novembre 2016 à Beaumont-sur-Oise en région parisienne

Un an aprÚs la mort d'Adama Traoré, une expertise confirme sa mort par asphyxie, reliée à des fragilités antérieures, mais sans résoudre l'inconnue au coeur de l'affaire: a-t-elle été provoquée par l'interpellation des gendarmes ce 19 juillet 2016 ?<br>Lors de son arrestation aprÚs une course-poursuite, le jeune homme ùgé de 24 ans avait été maintenu au sol sous "le poids des corps" de trois gendarmes, selon les déclarations de l'un des militaires qui assurait n'avoir porté aucun coup.


"Une des causes possibles de la mort, c'est le placage ventral des gendarmes qui contribue Ă  une compression thoracique", affirme Yassine Bouzrou, l'avocat de la famille qui dĂ©nonce depuis le dĂ©but une "bavure". Lundi, les juges d'instruction parisiens, qui ont repris en dĂ©cembre cette enquĂȘte ouverte Ă  Pontoise, ont reçu la contre-expertise anatomo-pathologique que l'avocat avait demandĂ© en vue de confirmer cette hypothĂšse.

"L'ensemble de ces constatations permet de conclure que la mort est secondaire (consécutive, ndlr) à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation - à l'occasion d'un épisode d'effort et de stress - d'un état antérieur plurifactoriel", écrivent les médecins au terme de leur rapport, dont l'AFP a eu connaissance. Parmi ces facteurs, ils citent notamment une anomalie cardiaque (une "cardiomégalie" modérée) et une maladie inflammatoire.

Une formulation qui laisse ouverte la question des circonstances du décÚs d'Adama Traoré, dont la mort avait entraßné plusieurs nuits de violences à Beaumont-sur-Oise (Val d'Oise) et ses environs. La premiÚre autopsie avait conclu à une "absence de cause immédiate au décÚs", mais identifié un "syndrome asphyxique" et des "lésions d'allure infectieuse". Dans sa communication, jugée "partielle et partiale" par Me Bouzrou, le procureur de Pontoise n'avait alors pas mentionné cette asphyxie mais invoqué une "infection trÚs grave" pour expliquer la mort du jeune homme.

La thÚse avait suscité la colÚre de l'entourage d'Adama Traoré mais été vite balayée par la contre-autopsie, qui avait relevé "l'absence de point d'appel infectieux". Elle concluait à une mort par "syndrome asphyxique" à confirmer par un examen anatomo-pathologique. Réalisé en septembre, ce premier examen approfondi des organes avait avancé l'hypothÚse d'une cardiomyopathie "exposant M. Traoré au risque de mort subite" et relevé plusieurs anomalies pouvant avoir contribué au décÚs.

- "Etat antérieur plurifactoriel" -

C'est cet examen que discute le rapport dĂ©posĂ© lundi, rĂ©alisĂ© Ă  partir des mĂȘmes prĂ©lĂšvements, le corps du jeune homme Ă©tant enterrĂ© au Mali. Selon ses auteurs, l'hypothĂšse d'une cardiomyopathie "ne peut ĂȘtre retenue avec certitude", et de nouveau ils Ă©cartent tout "Ă©tat infectieux antĂ©rieur".

En revanche, les experts mĂ©dicaux relĂšvent plusieurs fragilitĂ©s potentiellement Ă  l'origine de l'asphyxie, notamment une "cardiomĂ©galie" qui, "bien que modĂ©rĂ©e", "peut s'ĂȘtre dĂ©compensĂ©e sur un mode aigu Ă  l'occasion d'un effort (trouble du rythme ? poussĂ©e d'insuffisance cardiaque ?)".

Avant de prendre le poids des gendarmes sur lui lors de son arrestation, Adama TraorĂ© avait couru pour fuir Ă  un contrĂŽle d'identitĂ© dans l'aprĂšs-midi de ce jour de canicule. RattrapĂ©, il Ă©tait parvenu Ă  s'Ă©chapper avant d'ĂȘtre retrouvĂ© dans un appartement et maĂźtrisĂ©.
Le jeune homme avait alors confié ses "difficultés à respirer". Il avait perdu connaissance lors de son transport vers la brigade de Persan.
Une autre interrogation porte sur les secours prodiguĂ©s Ă  Adama TraorĂ©. Un des pompiers appelĂ©s sur place a dĂ©clarĂ© aux enquĂȘteurs que le jeune homme n'avait pas Ă©tĂ© placĂ© en position latĂ©rale de sĂ©curitĂ© mais Ă©tait face contre terre, menottĂ©, et qu'un gendarme lui avait indiquĂ© qu'il "simulait" un malaise.

Son décÚs avait été constaté environ une heure et demie aprÚs son interpellation.

AFP

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