Actualités du monde

Moscou et Washington accentuent la pression pour une trĂȘve en Syrie

  • PubliĂ© le 24 fĂ©vrier 2016 Ă  20:08
Un convoi d'aide humanitaire à son arrivée le 23 février 2016 à Kafra Batna localité rebelle de la périphérie de Damas assiégée par le régime

La Russie et les Etats-Unis ont accentuĂ© la pression mercredi sur leurs alliĂ©s dans la guerre en Syrie en vue de faire respecter un cessez-le-feu censĂ© entrer en vigueur samedi mais qui est loin d'ĂȘtre acquis tant la situation est complexe sur le terrain.


Ce cessez-le-feu est néanmoins partiel car il exclut les puissants groupes jihadistes Etat islamique (EI) et Front Al-Nosra (branche syrienne d'Al-Qaïda) qui contrÎlent de larges pans du territoire et sont visés par les offensives de l'armée aidée par les raids russes ainsi que par les frappes de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis.
Dans ce conflit dévastateur qui dure depuis prÚs de cinq ans, la Russie et l'Iran soutiennent le régime de Bachar al-Assad alors que les Etats-Unis, l'Arabie saoudite et la Turquie appuient les rebelles syriens et le cessez-le-feu devrait théoriquement s'appliquer à ces deux protagonistes.
Mais les rebelles sont trÚs affaiblis face à la montée en puissance des groupes jihadistes et donc marginalisés dans l'équation syrienne. Le régime lui a repris du terrain aprÚs l'aide de Moscou.
Mercredi, la Russie a annoncĂ© que M. Assad avait confirmĂ© ĂȘtre "prĂȘt Ă  contribuer Ă  la mise en oeuvre du cessez-le-feu", qu'il a qualifiĂ© comme "un pas important vers un rĂšglement politique du conflit", selon un communiquĂ© diffusĂ© aprĂšs une conversation tĂ©lĂ©phonique entre le prĂ©sident syrien et Vladimir Poutine.
Les deux hommes ont toutefois "souligné l'importance d'une lutte sans compromis contre l'EI, le Front al-Nosra et les autres groupes terroristes considérés comme tels par l'ONU", selon le Kremlin.
- Iraniens et Saoudiens pour la trĂȘve -
Le président russe Poutine, qui avait parlé la veille à son homologue américain Barack Obama, s'est entretenu aussi avec le roi Salmane d'Arabie saoudite, qui finance des groupes rebelles, et avec le président iranien Hassan Rohani qui a envoyé des conseillers militaires aider le régime syrien.
Selon le Kremlin, le roi saoudien "a salué" l'accord de cessez-le-feu.
L'Iran a aussi dit soutenir l'accord.
La veille, le pouvoir en Syrie, tout en disant oui Ă  la trĂȘve avait affirmĂ© qu'il poursuivrait ses "opĂ©rations militaires pour lutter contre Daech (acronyme en arabe de l'EI), Al-Nosra et les autres groupes terroristes qui leur sont liĂ©s".
Les rebelles craignent que le rĂ©gime ne profite de cette exclusion pour frapper les rĂ©gions oĂč ils sont alliĂ©s avec Al-Nosra, comme dans Idleb (nord-ouest) ou Alep (nord).
Les frappes et les combats se poursuivaient mercredi sur l'ensemble des fronts, avec huit civils dont deux enfants tués dans la province d'Idleb par des frappes russes, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Le cessez-le-feu prĂ©vu pour vendredi Ă  22H00 GMT (samedi Ă  00H00 locale) a Ă©tĂ© acceptĂ© Ă©galement par l'opposition mĂȘme si celle-ci a rĂ©pĂ©tĂ© ses conditions.
Sur le terrain, des rebelles et des civils ont exprimé leurs doutes sur le cessez-le-feu dans le conflit qui a fait plus de 270.000 morts et déplacé plus de la moitié de la population.
Mais pour les analystes, au-delĂ  des problĂšmes de fond et d'une trĂȘve difficilement applicable, ce qui ressort est une coordination "plus Ă©troite" entre Russes et AmĂ©ricains.
- Plan B? -
La proposition de trĂȘve, dont les modalitĂ©s ont Ă©tĂ© dĂ©finies par Moscou et Washington, intervient environ trois semaines aprĂšs l'Ă©chec de nĂ©gociations de paix Ă  GenĂšve et aprĂšs qu'une trĂȘve censĂ©e entrer en vigueur vendredi dernier, conformĂ©ment Ă  un accord parrainĂ© par Moscou et Washington, a Ă©tĂ© ignorĂ©e.
Vu l'échec des tentatives précédentes, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a admis mardi au Sénat qu'un éventuel "plan B" pour la Syrie était examiné en cas d'échec du processus diplomatique.
"Nous allons savoir dans un mois ou deux si ce processus de transition est vraiment sérieux", a relaté M. Kerry. "Si ce n'est pas le cas (...) des options d'un plan B sont évidemment examinées", a-t-il insisté, mais sans donner de précisions.
Des informations sur cet hypothétique "plan B", qui mettrait davantage l'accent sur l'option militaire, ont circulé début février entre des diplomates et dans la presse.
"Nous partons du principe qu'il y a eu tellement d'efforts consentis pour arriver à ce communiqué conjoint (avec les Etats-Unis), qu'il est nécessaire de le mettre en oeuvre dÚs maintenant et de ne pas travailler sur des plans B", a déclaré la porte-parole de la diplomatie russe.
Intervenue dans le conflit il y a une dizaine de jours en bombardant une importante milice kurde syrienne prĂšs de sa frontiĂšre, la Turquie a elle estimĂ© que cette milice "terroriste" devrait ĂȘtre exclue de l'accord de cessez-le-feu, tout comme l'EI et Al-Nosra et a Ă©mis des doutes sur la viabilitĂ© de la trĂȘve.

Par Federica ANDREOL - © 2016 AFP
guest
0 Commentaires