Bandes sons

Musiques actuelles: la synchro, un petit air d'eldorado

  • PubliĂ© le 5 juillet 2020 Ă  02:57
  • ActualisĂ© le 5 juillet 2020 Ă  07:46
Le trio des Naive New Beaters, le 28 février 2020 à Paris

La synchro? C'est la bande son d'une publicité, d'un film, d'une série ou d'un jeu vidéo. Et pour des musiciens privés de concerts par la crise sanitaire, une manne financiÚre et une source d'exposition.

MĂȘme ceux qui ne connaissent pas les Naive New Beaters les ont dĂ©jĂ  entendus. Dans le jingle de "L'Oeil du 20h" sur France 2, dans un jeu vidĂ©o estampillĂ© NBA, dans une publicitĂ© pour une chaĂźne hĂŽteliĂšre ou une voiture. "On n'a aucun complexe Ă  travailler avec une marque, sauf si ça va Ă  l'encontre de nos convictions", confie Ă  l'AFP Eurobelix, un des membres du trio Ă©lectro. "C'est une partie non nĂ©gligeable de notre Ă©cosystĂšme".

"Dans les années 1990, il y avait 50% de refus d'artistes d'associer leur musique à une publicité, aujourd'hui je dirais 20%", décrypte pour l'AFP Charles-Henri de Pierrefeu, chez Universal. Olivier Lefebvre, chez Tbwa/Else, agence-interface, rapporte à l'AFP un refus de Brian May, guitariste-cofondateur de Queen "car il n'avait pas besoin d'argent: ça nous a obligé à transformer la contrainte en créativité et on a trouvé autre chose qui marche mieux".

"Mais en rÚgle générale, les artistes sont devenus pragmatiques, les fans n'y trouvent pas grand chose à redire, c'est entré dans les m?urs, et depuis la crise du disque, c'est un coup de pouce, ça huile les rouages", ajoute Charles-Henri de Pierrefeu, mémoire du secteur.

- "Cercle vertueux" -

Un exemple de gros budget? Entre "1,5 et 2 millions d'euros, une campagne mondiale, une marque de luxe, tous mĂ©dias, Ă©talĂ©e sur deux ans", somme Ă  rĂ©partir, pour schĂ©matiser, entre auteurs et producteurs. MĂȘme souvenir en haut de l'Ă©chelle - "entre 500.000 et 1 million d'euros par type de droits" - pour AurĂ©lien Viot, chez Because. "Pour un standard en France, c'est entre 100.000 et 150.000 euros, tout compris", avance encore Charles-Henri de Pierrefeu. "Pour un jeune groupe en dĂ©marrage, le tarif global c'est entre 30.000 et 50.000. Aujourd'hui, la hiĂ©rarchie a un peu changĂ©, une musique dans une trĂšs bonne sĂ©rie peut ĂȘtre plus bĂ©nĂ©fique que la pub pour un cercle vertueux".

Netflix est un gros consommateur. Lionel Liminana - cerveau, barbe et guitare de groupes rock comme les Liminanas ou encore L'EpĂ©e - a co-composĂ© la B.O. du long-mĂ©trage "The Last Days Of American Crime", sorti rĂ©cemment sur la plateforme. Pour celui qui a "toujours rĂȘvĂ© de faire de la musique de film", comme il le glisse Ă  l'AFP, se sont enchaĂźnĂ©s "coup de fil de la maison de disque", "lecture du comics d'origine dans le train" et rencontre avec le rĂ©alisateur Olivier Megaton, "devenu un ami".

- "BibliothĂšques sonores" -

Quels sont donc les circuits de la synchro? Quand Charles-Henri de Pierrefeu a commencé au début des années 1990, il était "un peu seul". Mais depuis les années 2000, toutes les maisons de disques et tous les labels s'y sont mis.

Avec, en gros, trois branches: le catalogue -morceaux déjà commercialisés-, la librairie musicale -titres non commercialisés- et la composition originale. Aurélien Viot s'est, entre autres, attaché à développer le deuxiÚme service chez Because. "Je demande à tous nos artistes de faire des morceaux, qui entrent dans une base de données accessible aux clients. Auparavant, c'était jugé comme de la 'musique au mÚtre', de la 'musique d'ascenseur', mais depuis quelques années, il y a de la qualité", détaille-t-il à l'AFP.

"Maintenant, les bibliothÚques sonores sont bien faites et pas chÚres", acquiesce auprÚs de l'AFP Pierre Colleu, de Bpc Studio, spécialisé dans la musique de film, qui subit cette concurrence. Octave Noire, artiste électro, a ainsi eu la bonne surprise de voir une "musique faite il y a 7-8 ans", comme il le narre à l'AFP, repérée récemment via une grille de recherche pour la série "Miracle Workers" sur Netflix. En 2019, la synchronisation représentait en France un chiffre d'affaires de 23 millions d'euros, avec une progression de 4,5%.

AFP

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