Tirs Ă  la kalachnikov

Narcotrafic: le long du tram Ă  Avignon, la fusillade de trop

  • PubliĂ© le 14 mars 2025 Ă  13:42
  • ActualisĂ© le 14 mars 2025 Ă  13:46
Police nationale

Il est 17h00 dimanche 2 mars, le tramway circule sur la Rocade Ă  Avignon quand soudain des hommes sur deux scooters commencent Ă  se tirer dessus.

Le chauffeur du tram accélÚre, grille des feux. Par miracle, personne n'est blessé. Mais c'est la fusillade de trop.

Une quinzaine de douilles sont retrouvées, certaines dans des voitures ou des appartements. L'un tirait à la kalachnikov, l'autre au pistolet automatique, selon une source policiÚre.

Au moment oĂč l'AssemblĂ©e nationale discutera Ă  partir de lundi de la proposition de loi "visant Ă  sortir la France du piĂšge du narcotrafic", Avignon - comme Grenoble ou Rennes -, est un exemple de ces villes moyennes rattrapĂ©es par ce flĂ©au.

Quelques jours plus tĂŽt, trois autres fusillades avaient fait plusieurs blessĂ©s. Et un jeune homme de 21 ans avait Ă©tĂ© tuĂ© Ă  l'arrĂȘt de tram "BarbiĂšre-Cap Sud", dans un probable rĂšglement de compte avec les dealers de la citĂ© Saint-Chamand, au terminus de la ligne. Une poussette passait par lĂ .

"Avant ça rafalait à une heure du matin pour se montrer. AprÚs on est parti sur les +jambisations+, on vient tirer sur un membre inférieur de quelqu'un. Maintenant la nouveauté c'est que ça se passe beaucoup plus tÎt et c'est beaucoup plus violent", explique à l'AFP le commissaire Charles Barion, responsable de la police judiciaire de cette ville du Vaucluse, l'un des départements les plus pauvres de France.

Et tout se déroule le long de l'unique ligne du tram, inaugurée en 2019 et qui devait désenclaver les quartiers sud de la cité des papes, classée à l'Unesco. "Le tram fait le tour de tous les points de deal" et "c'est le moyen de transport le plus sûr pour les dealers", relÚve le commissaire.

A deux pas du tram BarbiĂšre, le "menu" de la drogue taggĂ© sur un mur et des inscriptions "Drive" tĂ©moignent d'un trafic bien rodĂ©. Le point de deal "Coffee 2c Barbiere" est mĂȘme rĂ©fĂ©rencĂ© sur Google Maps !

- Ados confinés -

"On se sent en danger, sur la lune on serait bien. Ici c'est comme un p'tit Marseille", lùche une habitante, HélÚne Avcioglu, 52 ans.

"Mes parents m'interdisent de sortir", témoigne Kévin 17 ans, sauf pour un bowling ou faire un peu de sport le week-end. Le lycéen ne cache pas sa peur: "quand ça commence à tirer comme ça, ça nous concerne tous".

En 2021, l'assassinat en plein jour du policier Eric Masson par un petit dealer de 19 ans, condamné à 30 ans de prison, avait traumatisé la ville. Depuis la situation ne s'est pas améliorée.

Avec ces récentes fusillades, les élus ont à nouveau exigé des renforts permanents de forces mobiles et le démantÚlement des 12 points de deal identifiés qui peuvent rapporter quotidiennement entre 20 et 40.000 euros.

Les chauffeurs du tram, qui transporte 10.000 personnes par jour, ont marquĂ© le coup en arrĂȘtant de desservir ces quartiers pendant une semaine, rĂ©clamant d’hypothĂ©tiques "garanties pour ne pas se retrouver sous le feu des balles", selon AndrĂ© Saliba, dĂ©lĂ©guĂ© FO du rĂ©seau de transports Orizo.

Le sentiment d'impuissance est fort. Dans un courrier au ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, la maire socialiste, Cécile Helle, reconnaßt que la rénovation urbaine, la bibliothÚque, les "initiatives culturelles et sportives", la centaine de policiers municipaux, les 530 caméras de vidéosurveillance déployées, tout cela vient "se fracasser à la réalité d'une société dans laquelle la violence s'est banalisée à tous les coins de rue".

- "Place nette"... ou "vide" ? -

Depuis une dizaine de jours, une soixantaine de CRS et une quinzaine de CRS à moto sont déployés et patrouillent notamment aux abords des transports, selon la préfecture. Mais pour combien de temps ?

En tous cas, un calme précaire est revenu.

"Il y a maintenant la police H24. Avec les impÎts qu'on paie ils pourraient nous mettre l'armée", lance un employé du bailleur social Grand Delta Habitat.

Mais si "on veut reprendre une France comme on l'aime, il faut aussi rouvrir des maisons de quartiers. Avant, on avait des MJC, la police de proximité, mais Sarkozy a tout nettoyé au karcher", a-t-il poursuivi, estimant que ces quartiers vivent aujourd'hui les conséquences des décisions prises par l'ancien président de la République et ex-ministre de l'Intérieur.

L'actuel locataire de la place Beauvau, Bruno Retailleau, a promis la semaine derniÚre au Sénat de "combattre ces narcoracailles" avec une "réponse globale", judiciaire, sécuritaire et administrative.

"Votre prédécesseur, Gérald Darmanin, enchaßnait les opérations spectaculaires +place nette+. Mais une place nette, sans projet c'est une place vide", lui lançait juste avant le sénateur PS du Vaucluse, Lucien Stanzione.

AFP

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4 Commentaires
mireille
mireille
1 an

legalisation= pas de revenus pour les dealers! la canada portugal suisse allemagne ne sont pas stupides comme les français et moins corrompus! qu est ce qu on attend pour s attaquer au traffic d armes? les kalashs circulent mais on s en fout ?

HULK
HULK
1 an

"La fusillade de trop"? HĂ©las non. Il y en aura d'autres, les solutions apportĂ©es ne sont pas Ă  la mesure du problĂšme. Voyez Ă  LA RÉUNION. Trop de laxisme au dĂ©part et maintenant on voit le rĂ©sultat. Cette sal..rie nous a envahi. A quand la premiĂšre fusillade dans la rue?

isabelle
isabelle
1 an

@hulk merci sarko rataillo darmain chirac et compagnie ils touchent des pots de vin et voila le resultat,la repression ne marche pas ,par contre education prevention formation soins .....

norml fr
norml fr
1 an

IL EST TEMPS. Temps de changer de braquet, de politique, de vision.

Il est temps de remettre Ă  plat les solutions disponibles, d’analyser nos Ă©checs depuis plus d’un demi-siĂšcle et de s’inspirer des succĂšs Ă  l’étranger.

Il est temps de profiter de l’expĂ©rience de ceux qui rĂ©ussissent.

Il est temps de dĂ©pĂ©naliser l’usage des stupĂ©fiants et de lĂ©galiser la production et la distribution de cannabis pour lutter contre le marchĂ© noir.

Il est temps de proposer des produits sĂ»rs Ă  prĂšs de 6 millions de Français, de consacrer l’argent de l’État Ă  la prĂ©vention plutĂŽt qu’à la rĂ©pression.

Il est temps de retirer 70 % du marchĂ© Ă©conomique aux narcotrafiquants, d’arrĂȘter de dĂ©penser naĂŻvement des milliards pour ne capter que quelques millions.

Il est temps de faire place nette, vraiment, et pas seulement devant les caméras.

Il est temps de fournir Ă  l’agriculture française un nouvel Ă©lan issu d’un savoir-faire qu’elle maĂźtrise depuis plus d’un millĂ©naire.

Il est temps de penser le chanvre autrement.

Il est temps de relire les rapports du CESE, du CAE, et de la Mission d’Information sur la rĂ©glementation et l’impact des diffĂ©rents usages du cannabis.

Il est temps de donner un coup fatal au narcotrafic qui pourrit la vie des Français.

Il est temps de mettre un terme Ă  une interdiction contre-productive.

Il est temps de dĂ©finir un cadre lĂ©gal Ă©quitable pour l’accessibilitĂ© des produits du cannabis, d’autoriser son autoproduction, premiĂšre arme contre le trafic.

Il est temps de lancer une production nationale lĂ©gale et d’établir un juste niveau de taxation.

Il est temps de reprendre le contrÎle par une politique de régulation intelligente.

Il est temps de devenir adulte et responsable sur un sujet qui n’a jamais Ă©tĂ© et ne sera jamais rĂ©glĂ© par la prohibition.

Il est temps de prĂ©parer un avenir plus sĂ»r, plus juste, pour nos enfants. Comme au Canada, en Allemagne, aux USA, et dans tant d’autres pays, il est temps d’appliquer la seule solution efficace contre le narcotrafic.

Il est plus que temps de construire une société plus humaine et plus responsable avec la légalisation du cannabis.