Il fuyait la Birmanie

Naufrage de Rohingyas au Bangladesh - 12 morts, des dizaines de disparus

  • PubliĂ© le 9 octobre 2017 Ă  08:55
  • ActualisĂ© le 9 octobre 2017 Ă  09:02
Des réfugiés rohingyas sont transportés en camion jusqu'au camp de Teknaf, le 8 octobre 2017 au Bangladesh

Au moins 12 personnes sont mortes et des dizaines portées disparues aprÚs le naufrage d'un bateau de Rohingyas musulmans fuyant la Birmanie, dernier drame d'une crise ayant poussé plus d'un demi-million de réfugiés au Bangladesh en six semaines.


"Il y avait prÚs de cent personnes à bord", a déclaré à l'AFP Alauddin Nayan, responsable des garde-cÎtes.
Sur la centaine de passagers, une petite quarantaine étaient des adultes, "le reste étaient des enfants", selon les témoignages des survivants, a précisé le commandant.
"Nous avons parlé à plusieurs survivants. L'un d'entre eux a dit que le bateau transportait 80 à 100 personnes, dont 30 à 35 hommes", a déclaré Abdul Jalil, un responsable des garde-cÎtes bangladais.
Ce nouveau naufrage s'est produit dimanche soir prÚs du village cÎtier de Galachar, dans le Golfe du Bengale, non loin de l'embouchure de la riviÚre Naf, qui sépare la Birmanie et le Bangladesh.
Les Rohingyas y affrontent une mer agitée depuis des semaines, pour échapper à la répression de l'armée birmane déclenchée aprÚs des attaques de postes-frontiÚres par des rebelles rohingyas.
- Fin de la trĂšve -
Douze corps avaient Ă©tĂ© retrouvĂ©s lundi matin: "Dix enfants, une femme ĂągĂ©e et un homme", selon les garde-cĂŽtes, qui ont repĂȘchĂ© plusieurs survivants en mer.
Selon les autorités bangladaises, des passagers auraient pu réussir à regagner la cÎte cÎté birman, le naufrage s'étant produit non loin de la cÎte birmane.
L'ONU juge que l'armée birmane et les milices bouddhistes se livrent à une épuration ethnique contre la minorité musulmane.
AccusĂ©e d'incendier des villages pour inciter les Rohingyas au dĂ©part, l'armĂ©e birmane rĂ©pond en mettant en cause les rebelles rohingyas eux-mĂȘmes. Des accusations invĂ©rifiables, les autoritĂ©s birmanes interdisant l'accĂšs Ă  la zone de conflit.
AprĂšs quelques jours d'accalmie, l'exode des Rohingyas vers le Bangladesh a repris, principalement en raison du manque de nourriture dans l'ouest de la Birmanie, oĂč la souffrance est "inimaginable" selon l'ONU.
Environ 2.000 réfugiés continuent à arriver chaque jour, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Et la crise ne donne pas de signes d'amélioration: les rebelles de l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (ARSA) ont rappelé samedi que le cessez-le-feu unilatéral d'un mois, déclaré le 10 septembre, s'achevait lundi soir à minuit.
"Si, à n'importe quelle étape, le gouvernement birman se montre ouvert à la paix, alors l'ARSA lui réservera un bon accueil et agira en réciprocité", assure l'ARSA, avec lequel le gouvernement birman refuse tout dialogue.
Une nouvelle flambée de violences relancerait l'exode vers le Bangladesh et y aggraverait la crise humanitaire.


- La 'mÚre' menacée à Oxford -


Alors que les rĂ©fugiĂ©s vivent dans des conditions sanitaires dĂ©plorables, abritĂ©s sous des bĂąches plastiques et sans sanitaires en nombre suffisant, l'ONU s'inquiĂšte du projet d'extension du camp de Kutupalong, oĂč vivent dĂ©jĂ  plus de 300.000 rĂ©fugiĂ©s Rohingyas. Sa capacitĂ© pourrait ĂȘtre portĂ©e Ă  800.000 places, pour faire face Ă  une crise partie pour durer.
Pendant ce temps, en Birmanie, le ressentiment envers la communauté internationale, accusée de parti pris pro-rohingya, reste fort.
Le journal officiel Global New Light of Myanmar titrait en Une sur une opération de protestation contre le retrait du portrait de la Prix Nobel de la paix des murs de l'université d'Oxford.
Des peintres se sont rĂ©unis pour peindre celle qui reste une icĂŽne dans son pays, oĂč il est commun de l'appeler "mĂšre".
"Notre confiance totale en notre mÚre est irrévocable", dit U Nay Aung Shu, de l'Association des artistes traditionnels.
Aung San Suu Kyi est trÚs critiquée à l'étranger pour son peu d'empathie envers les Rohingyas, considérés comme une des minorités les plus persécutées au monde, dans ce pays marqué par un fort nationalisme bouddhiste.
Elle doit composer avec une armée qui reste trÚs puissante, malgré l'autodissolution de la junte en 2011, ainsi qu'une opinion publique largement xénophobe et anti-musulmane.

Par Pauline CURTET - © 2017 AFP

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