Relations internationales

Netanyahu poursuit son offensive contre l'Iran Ă  Paris

  • PubliĂ© le 5 juin 2018 Ă  06:54
  • ActualisĂ© le 5 juin 2018 Ă  07:14
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (G) et le Président français Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse à Paris le 10 décembre 2017

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu poursuit mardi à Paris son offensive pour tenter de créer un front commun contre l'Iran, lors d'une visite controversée trois semaines aprÚs les affrontements sanglants à Gaza.


Le chef du gouvernement israĂ©lien a plantĂ© le dĂ©cor dĂšs le premier jour de sa tournĂ©e europĂ©enne, lundi Ă  Berlin, en mettant en garde Angela Merkel contre un nouvel afflux de rĂ©fugiĂ©s syriens si rien n'est fait pour contenir l'influence croissante de TĂ©hĂ©ran au Moyen-Orient.AprĂšs la chanceliĂšre allemande, le prĂ©sident français Emmanuel Macron va rĂ©itĂ©rer Ă  son tour la nĂ©cessitĂ© de sauvegarder l'accord sur le nuclĂ©aire iranien qui, Ă  dĂ©faut d'ĂȘtre parfait, offre aux yeux des EuropĂ©ens le seul garde-fou contre la prolifĂ©ration nuclĂ©aire dans la rĂ©gion.

Selon ce texte signĂ© en 2015 et dont les Etats-Unis sont sortis avec fracas le 8 mai, l'Iran renonce Ă  toute ambition nuclĂ©aire militaire en Ă©change d'une levĂ©e des sanctions internationales qui paralysent son Ă©conomie.Benjamin Netanyahu, qui a ralliĂ© l'AmĂ©rique de Donald Trump sur sa ligne, martĂšle pour sa part que l'accord n'empĂȘchera pas l'Iran de se doter de la bombe atomique et l'aide Ă  financer son expansion rĂ©gionale (Syrie, Liban, Irak), au dĂ©triment de la sĂ©curitĂ© d'IsraĂ«l, en renflouant son Ă©conomie.

Les deux dirigeants - qui se rencontrent pour la troisiĂšme fois Ă  Paris depuis juillet 2017 - devraient constater une nouvelle fois leurs divergences sur les moyens de ramener la stabilitĂ© dans la rĂ©gion, tout en faisant la mĂȘme analyse des menaces.

- Approche frontale -

Le "diagnostic est partagĂ© sur le fait que la prĂ©sence militaire de l'Iran ou de groupes pro-iraniens en Syrie reprĂ©sente une menace durable", relĂšve la prĂ©sidence française.Mais Paris appelle Ă  complĂ©ter l'accord existant en discutant avec l'Iran de ses activitĂ©s balistiques et de son influence rĂ©gionale, lĂ  oĂč IsraĂ«l est sur une approche beaucoup plus frontale pour forcer TĂ©hĂ©ran Ă  renĂ©gocier l'accord nuclĂ©aire.

"L'objectif de Benjamin Netanyahu c'est de sortir du tĂȘte-Ă -tĂȘte avec Washington" et de "contraindre a minima les EuropĂ©ens Ă  renforcer l'accord existant", si besoin en rĂ©introduisant des sanctions contre l'Iran, estime Laurent Khalfa, chercheur associĂ© Ă  l'Institut Prospective et SĂ©curitĂ© en Europe (IPSE) Ă  Paris.

L'Etat hĂ©breu mise pour cela sur deux leviers, la menace de sanctions amĂ©ricaines contre les entreprises europĂ©ennes - qui ne sont pas encore entrĂ©es en vigueur - et l'axe entre les Etats-Unis, IsraĂ«l et l'Arabie saoudite, dit-il.Face Ă  l'urgence iranienne, le conflit israĂ©lo-palestinien se trouve relĂ©guĂ© Ă  l'arriĂšre-plan, mĂȘme si le prĂ©sident palestinien Mahmoud Abbas est attendu prochainement Ă  Paris et si Emmanuel Macron doit se rendre en IsraĂ«l et dans les Territoires palestiniens d'ici la fin de l'annĂ©e.

En décembre 2017, le président français avait exhorté Benjamin Netanyahu à faire des "gestes" envers les Palestiniens mais le processus de paix semble plus enlisé que jamais depuis la reconnaissance par Washington de Jérusalem comme capitale d'Israël.

- "Start-up nation" -

La situation s'est encore envenimée aprÚs la mort d'au moins 61 Palestiniens, tués par des tirs israéliens lors de manifestations le 14 mai le long de la barriÚre séparant la bande de Gaza d'Israël.Emmanuel Macron a condamné "les violences des forces armées israéliennes" tout en rappelant "son attachement à la sécurité d'Israël", une position jugée trop simpliste dans l'Etat hébreu et trop complaisante à gauche de l'échiquier politique en France.

Les associations pro-palestiennes ont appelé à manifester contre Benjamin Netanyahu, qu'elles accusent de "crimes de guerre", dans toutes les grandes villes de France en fin d'aprÚs-midi.Trois syndicats français de journalistes ont aussi jugé "insupportable" qu'il soit reçu par le président Macron.

Les deux dirigeants veulent de leur cĂŽtĂ© mettre Ă  profit la Saison culturelle croisĂ©e France-IsraĂ«l qu'ils lanceront mardi soir, Ă  l'occasion des 70 ans de l'Etat d'IsraĂ«l, pour montrer ce qui rassemble les deux pays."Macron a une approche extrĂȘmement pragmatique, avec une volontĂ© de dĂ©coupler le sujet du conflit israĂ©lo-palestinien du volet de la coopĂ©ration bilatĂ©rale", estime Laurent Khalfa en notant l'intĂ©rĂȘt du prĂ©sident pour le modĂšle israĂ©lien de "start-up nation".

Le président et le Premier ministre inaugureront d'ailleurs une exposition retraçant les innovations technologiques israéliennes, israel@lights, au Grand Palais.
 AFP

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