Un marché important

New York interdit la commercialisation du foie gras Ă  partir de 2022

  • PubliĂ© le 31 octobre 2019 Ă  02:55
  • ActualisĂ© le 31 octobre 2019 Ă  05:14
Le gavage des canards Ă  Ferndale (New York), oĂč se trouve l'exploitation Hudson Valley Foie Gras

Le conseil municipal de New York a adopté mercredi un texte interdisant la commercialisation du foie gras à partir de 2022, une décision qui devrait priver l'industrie, locale en particulier, d'un marché important.

Plusieurs dirigeants d'entreprises de la filiĂšre dans la rĂ©gion de New York ont indiquĂ© Ă  l'AFP leur intention de contester en justice cette loi, qui doit encore ĂȘtre ratifiĂ©e par le maire de New York, Bill de Blasio.

L'issue du vote de mercredi faisait peu de doute: une majorité d'élus avaient affiché leur soutien à ce texte, présenté en début d'année par plusieurs conseillers municipaux.

A compter de fin 2022, soit dans trois ans, il sera interdit de vendre du foie gras, d'en servir ou mĂȘme d'en dĂ©tenir. Les contrevenants s'exposeront Ă  une amende comprise entre 500 et 2.000 dollars, susceptible d'ĂȘtre renouvelĂ©e toutes les 24 heures. New York rejoindra ainsi l'Etat de Californie, oĂč la commercialisation est interdite depuis janvier, mĂȘme si la bataille judiciaire continue autour de cette dĂ©cision.

La production de foie gras est interdite dans plusieurs pays, notamment le Danemark, le Royaume-Uni ou l'Australie. "C'est une journée historique pour les droits des animaux à New York", a commenté, aprÚs le vote, Matthew Dominguez, conseiller politique de l'association "Voters for Animal Rights" ("Les électeurs pour les droits des animaux"), qui a joué un rÎle majeur dans ce dossier.

Le texte adopté mercredi précise que l'interdiction concerne les produits issus du gavage des animaux, pratique dénoncée par les élus ainsi que par plusieurs associations de protection des animaux. Pour Matthew Dominguez, le gavage est une "atrocité".

L'association de défense des animaux Animal Welfare Institute a salué, dans un tweet, la fin de la commercialisation à New York de "cette nourriture de luxe inhumaine".

Il existe aujourd'hui une offre de foie gras obtenu sans gavage, mais ses volumes sont insignifiants Ă  l'Ă©chelle de l'industrie. Une start-up française, Aviwell, travaille par ailleurs Ă  un procĂ©dĂ© alternatif qui pourrait ĂȘtre utilisĂ© par l'industrie.

- "On va se battre" -

Outre amateurs, dĂ©taillants et restaurateurs, les premiers touchĂ©s par la mesure seront les deux gros producteurs installĂ©s au nord de New York, Hudson Valley Foie Gras et La Belle Farm. Le foie gras de ces deux exploitations alimente une partie importante du marchĂ© new-yorkais, mĂȘme si la mesure aurait aussi un impact pour des producteurs français.

Aux opposants, qui assurent que les animaux souffrent du gavage, Hudson Valley Foie Gras rĂ©pond que la quantitĂ© de grains administrĂ©e aux canards ne dĂ©passe pas celle qu'ils pourraient manger d'eux-mĂȘmes.

Ils soulignent aussi que le gésier du canard a naturellement une fonction de stockage et n'a pas la sensibilité de celui d'un homme. "On va se battre", a réagi Ariane Daguin, fondatrice et PDG de D'Artagnan, un intermédiaire qui alimente en foie gras une bonne partie du marché new-yorkais. "On va faire un procÚs."

Pour elle, la nouvelle loi "n'est pas constitutionnelle du tout". "Ce n'est pas à un conseil municipal de décider ce qui est cruel ou pas pour les animaux." L'entrée en vigueur de la mesure "serait dramatique" pour D'Artagnan, dit-elle, car foie gras et morceaux de canard gras pÚsent environ 10% de son chiffre d'affaires, soit 15 millions de dollars.

Pour Izzy Yanay, co-fondateur d'Hudson Valley Foie Gras, les activistes s'en sont pris à sa filiÚre parce qu'elle est modeste par rapport aux géants de l'élevage et de l'agroalimentaire. "C'est trÚs facile de nous attaquer", dit le chef d'entreprise qui annonce une "tragédie" pour une partie de ses 400 employés si la mesure entrait en application.

"Cela fait 40 ans qu'ils attendent cette victoire", a-t-il poursuivi en faisant allusion aux défenseurs des droits des animaux. "Ils ont fait une brÚche dans le mur de verre. Maintenant, ils ont leur précédent", qui va leur permettre, selon lui, de s'attaquer à d'autres industries.

"Tout élevage et production est inhumain. Pourquoi prendre un petit comme ça?" a réagi Hugue Dufour, chef du restaurant M. Wells Steakhouse, dans le quartier du Queens. "Ceux qui s'en tirent, c'est encore le fast-food, les grandes chaßnes", a ajouté le chef, qui sert du foie gras dans son établissement.

AFP

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